09.02.2010
Homélie du 6e dimanche ordinaire C
Homélie du 6e dimanche ordinaire C
Jr 17, 5-8 ; 1 Co 15, 12-16, 20 ; Lc 6, 17. 20-26
Vous connaissez sans doute l'énorme succès des jeux télévisés, dont les vainqueurs peuvent gagner des millions. Une vraie béatitude. A croire que le bonheur s'achète. Mais au fond de nous-mêmes, nous savons qu'il n'en est rien.
Une émission de télévision sur le thème " Heureux, vous qui êtes pauvres, le Royaume de Dieu est à vous ", n'aurait sans doute pas le même succès. Il est vrai qu'un avenir d'abondance, de réussite et de plaisirs gratuits, est plus mobilisateur que le Royaume de Dieu. Mais ce Royaume de Dieu dès ici-bas, n'est pas un lieu particulier, tel un paradis terrestre. Il s'agit plutôt d'une situation, d'un état, de vraie liberté et de pleine ouverture. Etre libéré de l'esprit d'orgueil et de suffisance. Ne plus être recroquevillé sur soi-même, reconnaître ses limites et ses faiblesses, et donc aussi ses pauvretés. C'est ainsi que l'on acquiert la pauvreté du cœur, qui est une véritable richesse pour l'esprit.
Mais rares, semble-t-il, ceux et celles qui s'abreuvent à la meilleure source. D'instinct, on lorgne vers la puissance, la richesse, les influences, les relations : l'Avoir et le Pouvoir. Alors même qu'il faut chercher ailleurs des appuis et des sécurités, rappelaient déjà les prophètes du premier Testament. Tout comme il est vrai que l'appétit, puis la boulimie d'argent dans la course au bonheur, devient vite violence, détournement et crime. Je songe au commerce de la drogue, celui des armes, les hold-up sanglants, les détournements de l'argent public, et jusqu'au trafic des êtres humains à petite et grande échelle. Mais, sans aller jusqu'à ces extrêmes, nous cherchons trop souvent du mauvais côté.
C'était déjà vrai au temps du prophète Jérémie. Il vit à une époque d'idolâtrie, de corruption et d'aveuglement politique. Les dix paroles de sagesse, les dix commandements, deviennent gênants et l'on s'efforce de les oublier. Commentaire de Jérémie : "Le peuple a abandonné la source vive qu'est le Seigneur, pour se creuser des citernes craquelées, qui ne tiennent pas l'eau" (Jr 2, 13). Or, c'est précisément en se laissant éclairer et guider par cette Loi que l'on peut aboutir à une vie plénière. En effet, loin d'empêcher de vivre heureux, elle est un précieux allié. Les chemins qu'elle indique sont les plus sûrs. La sagesse qu'elle inspire produit la meilleure qualité de vie, la meilleure façon de vivre heureux. Ce qui implique des choix. Notamment, celui de renoncer aux idoles de l'or, du pouvoir, du plaisir à tout prix. L'abondance ne crée pas le bonheur.
L'Evangile est bien une Bonne Nouvelle. Non seulement, il nous invite au bonheur, mais il nous en fait découvrir les vraies sources. En toute vérité et simplicité, sans utiliser les appâts de la publicité, qui embellit jusqu'au mensonge. Vivre les Béatitudes, c'est donc une manière d'être, évangélique. Ce qui n'a rien à voir avec un certain mépris des biens de la terre ni l'exaltation romantique, ou quelque peu fanatique, de la misère ou de la mendicité. De toute manière, une expérience séculaire le prouve, la pauvreté matérielle, même volontaire, ne conduit pas nécessairement à la pauvreté spirituelle. C'est même parfois le contraire. Par contre, ne pas se soucier que de ses intérêts personnels, se vouloir plus solidaire des éprouvés, lutter pour plus de justice, c'est déjà faire œuvre de pauvreté spirituelle.
Un siècle avant François d'Assise, un des Pères de l'Eglise enseignait que la vraie pauvreté de l'esprit, qui donne le bonheur, est plus dans l'humilité du cœur que dans la restriction des biens domestiques. Elle consiste plus à se défaire de son orgueil qu'à mépriser la fortune matérielle. On possède quelquefois sa fortune d'une manière utile, disait-il. Il est même sot et ridicule de se dépouiller de ses richesses et de s'enfoncer dans les défauts des riches. Sa conclusion : "Rien n'est même plus détestable qu'un pauvre orgueilleux".
De toute façon, que l'on soit riche ou pauvre matériellement, personne n'échappe à la pauvreté d'une santé devenue précaire, ni à celle du vieillissement. Autant d'occasions, et d'autres encore, de vivre l'humilité et la solidarité spirituelle avec la foule immense de tous les appauvris et éprouvés de ce monde.
Pour conclure, une question : Connaissez-vous "Les théories du parachute" ? (1) C'est un livre de François Desplats, journaliste de télévision et de radio, marié, père de quatre enfants, qui pendant plus de quatre ans s'est battu contre un cancer révélé brutalement. Il a raconté son combat. C'est la foi chrétienne de cet amoureux de la mer qui lui a permis "d'affronter le gros temps de sa dernière épreuve". Durant cette ultime étape, il a même rêvé de réaliser un film dont le sujet serait… devinez… : "Les Béatitudes" : "Je veux dire merci à Dieu, car je sais que même si la mer se déchaîne, il n'est pas prêt de me lâcher la main".
- Ed. Anne Carrière
P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 - 2008
12:59 Publié dans temps ordinaire C | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : béatitude, bonheur, heureux, richesse, pauvreté, source, boulimie, violence, misère, mendicité
02.02.2010
Homélie du 5e dimanche ordinaire C
Homélie du 5e dimanche ordinaire C
Is 6, 1-8 ; 1 Co, 15, 1-11 ; Lc 5, 1-11
C’est sur sa propre barque, et en plein travail, que Simon, le petit patron pêcheur, s’est fait interpeller par un charpentier, qui n’y connaissait rien dans le repérage des bancs de poissons, ni dans le lancer des filets. Tellement peu qu’il s’est fendu d’un conseil saugrenu et dangereux. Mais Simon-Pierre lui fait confiance jusqu’à prendre le risque d’avancer au large. En réalité, l’objectif de Jésus était tout autre. Il s’agissait de confier à une poignée de pêcheurs une toute autre mission. Celle que recevront plus tard tous les baptisés. Non pas une mission de pouvoir, mais une mission de service. Appelé et envoyé pour annoncer. Une vocation chrétienne générale, et donc pas nécessairement une vocation sacerdotale ni une vocation religieuse.
Je prends d’autres exemples. Ainsi, il y avait une fois... un jeune aristocrate appartenant au milieu distingué de la capitale de son pays. Il fréquentait assidûment les grands de ce monde. Proche du Palais, il connaissait jusqu’aux dessous de la politique. Ardent patriote, il était sans doute voué à une brillante carrière. Un jour, il assiste à une liturgie solennelle, et il est bouleversé d’entendre chanter "Saint, Saint, le Seigneur, Dieu de l’Univers, la terre est remplie de ta gloire...". Or, c’est un royaliste convaincu. Et voilà qu’à 25 ans, il découvre tout d’un coup que finalement c’est Dieu le véritable roi, le roi des rois. C’est donc lui qui mérite parfaite obéissance et total dévouement. Alors, il prend conscience de la vanité de ses choix, de l’orgueil qui le mène et qui aveugle aussi son peuple, plus préoccupé d’argent et de plaisir, que de fidélité à la Parole de Dieu.
Cet homme, au caractère décidé, intrépide, se porte alors volontaire au service de Dieu et de sa Parole. C’est ainsi que cet aristocrate politicien va se faire l’audacieux et infatigable témoin et le porte parole du Seigneur. Il ne se laissera rebuter ni par l’indifférence ni par l’hostilité ni par les oppositions et les moqueries de ses concitoyens. Il ne fut ni prêtre ni religieux, mais tout simplement époux et père de famille. Il fut surnommé le Prince des prophètes. Il s’appelait Isaïe..
Autre exemple, celui d’un intellectuel, spécialiste de la Bible, ultra conservateur, fanatique des "traditions". Un homme intolérant. Il fut en son temps un adversaire et un persécuteur impitoyable des chrétiens. Or, un jour, le temps d’un éclair, il comprend l’horreur de son comportement. Il est retourné comme une crêpe. Devient apôtre de Jésus Christ. Mais il lui faudra du temps pour se faire accepter, car les chrétiens qui le connaissaient en avaient peur. Il est bien connu sous le nom de Paul de Tarse. C’est même une colonne de l’Eglise.
Plus près de nous, connaissez-vous Madeleine Cinquin ? Elle a connu une jeunesse frivole. Cerise sur le gâteau, elle était dotée d’ "un caractère épouvantable, têtue, capricieuse, autoritaire et coléreuse". Ce qui ne l’empêchera pas d’entrer au couvent. Elle sera professeur de Lettres, jusqu’à l’âge de sa pension, mais toujours pour des élèves de la haute bourgeoisie, aussi bien française que turque, tunisienne ou égyptienne. Puis, tout d’un coup, à 60 ans, elle veut consacrer le reste de sa vie aux lépreux. Mais le nonce en Egypte lui propose un bidonville de chiffonniers. Elle y verra un appel et dira oui à l’ "enfer". Madeleine, dite Sœur Emmanuelle, restera toujours aussi têtue.
Dieu n’appelle jamais des "parfaits". Il appelle n’importe qui, n’importe comment et n’importe où.
A notre époque, par exemple, il peut surprendre n’importe qui, interpeller, appeler, sur le quai du métro ou dans une grande surface. Il en est qui l’ont rencontré en soignant des blessés, d’autres durant leur séjour en prison, à la suite d’une épreuve ou d’une lecture d’évangile, d’un service rendu ou reçu, ou encore d’un témoignage découvert sur le petit écran. Celui que l’on a surnommé le grand silencieux n’est jamais muet. Il nous fait signe constamment, en plein travail ou en plein bouchon, au restaurant ou dans la buanderie. Il faut cependant reconnaître que tout appel suscite d’emblée un certain désarroi, peut-être même une belle frayeur. L’interpellé prend brusquement conscience de ses limites et des risques encourus. Isaïe, par exemple, a commencé par trembler et à paniquer. Mais il a pressenti que Yahwé avait besoin des humains pour s’adresser aux humains. Il s’est porté volontaire, pour servir de messager d’une Parole qui invitait à la conversion son propre peuple, empêtré dans toutes sortes de "combines" humaines. Ce qui traduisait un manque de foi en Dieu, et un oubli de l’essentiel.
Au-delà des jugements et des calculs de la prudence humaine, tout relève en définitive du domaine de la confiance. Tout dépend d’elle. Ce sont bien là les risques de la foi. Et l’on n’a rien sans risque !
P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 - 2008
12:40 Publié dans temps ordinaire C | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : barque, filet, pêcheur, poisson, mission, baptisé, vocation, appel, envoi, prophète
26.01.2010
Homélie du 4e dimanche ordinaire C
Homélie du 4e dimanche ordinaire C
Jr 1, 4-5, 17-19 ; 1 Co 12, 31 - 13, 13 ; Lc 4, 21-30
Il est bien agréable et enrichissant de pouvoir savourer discours, conférences ou homélies d'un orateur de talent quand son art est mis au service de ses compétences. Connaissance ou témoignage bien et clairement exprimé est régal pour l'oreille, réconfort pour le cœur, nourriture pour l'esprit. Le commentaire qu'a fait Jésus du livre d'Isaïe dans la synagogue de Nazareth a séduit son auditoire. "Tous exprimaient leur admiration à l'égard de Jésus et s'étonnaient des paroles merveilleuses qu'il prononçait".
Accueil bien chaleureux, mais de courte durée. Le charme fut rompu par ce refus borné de recevoir une leçon de ce simple "fils de Joseph", charpentier du village. Jugement superficiel et mesquin, orgueilleuse résistance à tout changement et conversion. Jalousie aussi et déception d'avoir moins reçu que ceux de Capharnaüm, le village voisin.
Comble de l'intolérable, voici que ces pieux croyants et pratiquants sont comparés aux plus fidèles de leurs ancêtres dans la foi ! Le lieu de prière devint aussitôt foire d'empoigne… Explosion de colère, cri de fureur, mouvement de protestation. Jésus est conspué, empoigné, chassé de la synagogue et menacé de mort. Il s'en est fallu de bien peu pour qu'on le retrouve le crâne fracassé au fond du ravin. Un classique dans l'histoire des prophètes.
Ceux qui accueillent le Christ et ses messagers sont souvent aussi ceux qui les rejettent et les condamnent. Applaudissement pour la "vedette", la grandeur et la beauté de l'idéal proclamé. Mais indifférence, sinon opposition d'inertie ou de violence aux exigences présentées.
Le prophète est celui ou celle qui a reçu de Dieu le don ou charisme de la parole, non pour flatter ou détruire, mais pour dénoncer et encourager, critiquer et bâtir. Ils se doivent d'être témoins de Dieu, passionnés d'amour et de vérité, et capables de "faire face à tout le pays, à ses chefs, à ses prêtres et à tout le peuple". Ils sont faits pour combattre et sont combattus, même par ceux de leur famille, de leur patrie, de leur religion. Comme une "ville fortifiée, une colonne de fer, un rempart de bronze", ils ont mission de secouer, de guérir et d'éclairer ceux qui sont aveuglés par leurs préjugés, leurs étroitesses et leur péché, au risque d'être incompris, marginalisés, persécutés par ceux-là mêmes qu'ils viennent guérir et sauver.
Chose étrange, nous supportons mal la fonction critique des prophètes. Elle nous irrite et nous scandalise. Il est vrai que ce mot de sagesse et d'amour est barbouillé de méchancetés, défiguré par la jalousie, suspect sinon odieux à beaucoup. La critique n'est-elle pas devenue synonyme de jugement sévère, défavorable et souvent méchant à l'image de nos critiques hypocrites "de salon", où l'on se délecte de calomnies et de médisances sur le dos des absents ?
La critique ordinaire ou vulgaire est fruit de la jalousie ou de la rancune, une façon vaniteuse et infantile de vouloir se grandir en abaissant les autres.
La véritable critique, au contraire, est un art qui exige beaucoup d'humilité et de confiance. Un art d'aimer. Ce merveilleux don de Dieu, décrit par Paul, qui n'entretient ni jalousie, ni rancune, ne cherche pas son intérêt, trouve sa joie dans ce qui est vrai et refuse de se réjouir de ce qui est mal.
Qui a reçu le charisme de la parole et "cherche à obtenir ce qu'il y a de meilleur", c'est-à-dire la charité, ose aimer dans la vérité. C'est ainsi qu'un saint Bernard a bravé la colère des courtisans et défié la béate admiration des foules en faisant entendre haut et fort ses critiques et ses mises en garde au pape Eugène III. Et que dire de Catherine de Sienne harcelant Grégoire IX pour qu'il abandonne Avignon et rentre à Rome !
Qui n'aime pas en toute vérité applaudit aveuglément, encense, flatte, ment et se tait, au risque de voir la vedette, le guide ou le proche, répéter des erreurs, se tromper de chemin ou tomber dans un piège. Heureuse critique, au contraire, exprimée dans l'amour, reçue dans la confiance, et qui permet à l'autre de corriger sa trajectoire, rectifier sa route, purifier ses pensées, voir un peu plus clair et progresser dans le bien.
A tous les niveaux, et jusque dans la vie quotidienne, la parole d'amour et de vérité "est une chose extraordinaire quand on accepte d'être parfois blessé pour mieux communier".
P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 - 2008
13:30 Publié dans temps ordinaire C | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : prophète, fils de joseph, vedette, charisme, mission, témoignage, critique, charité, communier
19.01.2010
Homélie du 3e dimanche ordinaire C
Homélie du 3e dimanche ordinaire C
Ne 8, 1-10 ; Ps 18 ; 1 Co 12, 12-30 ; Lc 1, 1-4 ; 4, 14-21
Contrairement à ce que nous a expliqué la première lecture, nous ne sommes pas aujourd’hui rassemblés sur la place, devant la Porte des eaux, ni dans la synagogue de Nazareth, mais dans notre église paroissiale. Aucun de ceux et celles qui ont ouvert le Livre et proclamé la Parole ne s’appelle Esdras. Ni Jésus. Et même si vous avez été attentifs à cette Parole, puis au commentaire qui va suivre, il n’est pas dit pour autant que vous allez tous fondre en larmes.
Cependant, il y a entre les diverses époques des éléments communs : un jour particulier, un rassemblement de croyants, le Livre saint, la Bonne Nouvelle proclamée, suivie d’un commentaire... L’assemblée est à l’écoute de la Parole, une Parole sur Dieu, que nous appelons "Parole de Dieu". Les auditeurs vont pouvoir ainsi prendre conscience de l’écart qui existe entre l’Ecriture et la pratique concrète dans la vie de la communauté, dans celle de chacun, et dans la vie de la société et du monde. C’est pourquoi le livre de Néhémie évoque des cris, des pleurs, pour exprimer à la fois la prise de conscience, l’accablement, mais aussi le repentir des fidèles.
Vous aurez remarqué, dans la première célébration, une véritable vénération de la Parole, exprimée par des signes et des attitudes de respect. Elle est aussi acclamée, suivie d’une action de grâce, puis d’un repas de fête. Il en fut ainsi depuis environ 4 siècles avant Jésus Christ. Et ce déroulement liturgique a été repris par l’Eglise chrétienne, avec quelques nuances, évidemment. Aujourd’hui, et depuis longtemps, de telles célébrations ne durent pas, habituellement, du lever du jour jusqu’à midi.
Mais il y a surtout un élément essentiel, identique, difficile à comprendre, et surtout à accepter : "Cette Parole de l’Ecriture que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit".
De quoi s’agit-il ? D’une Bonne Nouvelle aux pauvres, l’annonce d’une libération pour les prisonniers et les opprimés. Et même, pour les aveugles, le retour à la lumière. Or, d’une certaine manière, nous sommes tous des pauvres, des prisonniers et des aveugles. Chacun peut être prisonnier, et même esclave, de l’argent, du confort, du mensonge, de la chair, de la haine, du plaisir, de la boisson, de l’appétit de pouvoir, etc. Et donc, être également aveugle ou aveuglé dans ces différents domaines. Nous avons tous besoin d’être libérés de quelque chose. Il faut savoir le reconnaître.
Il y a également les défavorisés économiques ou sociaux. Tous ceux et celles qui, dans un domaine ou l’autre, sont sans appuis, sans repères, sans boussole ni gouvernail. Ou tout simplement à la merci des puissants. La Bonne Nouvelle d’une délivrance peut donc avoir des aspects physiques, politiques, spirituels et matériels. L’être humain est un, et tout se tient.
Faut-il attendre un miracle aujourd’hui plutôt qu’hier ou demain, avant ou après les élections, avant ou après les expéditions dans la Lune ? Non, c’est toujours pour aujourd’hui. C’est aujourd’hui que cette Bonne Nouvelle est annoncée et proposée à notre foi, à notre initiative. Nous bénéficions nous aussi de la puissance de l’Esprit. Nous aussi, nous sommes envoyés pour porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, aux opprimés, aux enchaînés, aux aveugles. Nous recevons, en effet, mission, pouvoir et moyens, pour participer, modestement peut-être, mais réellement, aux semailles, à l’incarnation de l’Evangile dans l’aujourd’hui de notre temps. Cette actualisation, nous pouvons même la découvrir dans les informations quotidiennes de la planète. Pas seulement parmi les chrétiens, ni uniquement parmi les croyants affichés. Voyez la somme des dévouements parfois héroïques lors des inondations ou des tremblements de terre. Des gestes courageux de pardon et de réconciliation.
Dieu compte sur nous pour faire des miracles. Nous ne pouvons pas donner la foi à qui ne l’a pas. Mais il est en notre pouvoir d’offrir notre propre témoignage. Nous ne pouvons pas arrêter seul toutes les guerres ni toutes les injustices. Par contre, là où nous sommes, nous pouvons toujours être ou ne pas être un artisan de paix, un semeur ou un destructeur d’unité. Il y a tant de choses possibles à notre portée, et que nous ne faisons pas. Que ce soit sur le plan personnel ou familial, professionnel ou ecclésial, politique ou social.
Nous clôturons la semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Quel pas allons-nous faire pour améliorer tant soit peu l’unité du corps du Christ qui n’en finit pas d’être déchiré.
L’une de nos tentations habituelles est de renvoyer l’Evangile en arrière, il y a vingt siècles, d’en admirer l’annonce et la fécondité passées, alors qu’il nous appartient de prendre nous-mêmes aujourd’hui les risques de sa proclamation et de son témoignage.
Mais il faut bien reconnaître, comme la suite de l’évangile nous le prouve, que la Parole de Dieu ne cesse d’étonner et de faire peur. A Nazareth, et après son homélie, Jésus s’est fait agresser et même menacer de mort. Il est vrai que la Parole Vivante dérange toujours. Elle secoue. Elle conteste la sécurité des habitudes et des certitudes abusives. Et chacun doit reconnaître qu’il est plus facile de communier paisiblement au corps sacramentel du Christ que de communier vraiment au Christ Parole. Or, ce qui est premier et essentiel dans l’eucharistie, c’est la communion de cœur, d’esprit et de volonté, au Christ, Verbe de Dieu et Pain partagé. C’est elle qui donne en définitive sens et efficacité à la communion sacramentelle, au Pain de Vie, à condition qu’il soit partagé.
P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 - 2008
13:36 Publié dans temps ordinaire C | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : livre, parole, célébration, aujourd'hui, unité, corps, témoignage, pauvre, aveugle, prisonnier
12.01.2010
Homélie du 2e dimanche ordinaire C
Homélie du 2e dimanche ordinaire, C
Is 62, 1-5 ; 1 Co 12, 4-11 ; Jn 2, 1-11
Il y a quelques années, je me souviens avoir été surpris par une phrase d'un petit article paru dans l'une des lettres des Equipes Notre-Dame, en Belgique : "Voyage de noces au travers des Ecritures Saintes". Ce qui, dans un certain sens, pourrait très bien convenir pour les textes de l'Ecriture présentés dans la liturgie de ce dimanche. Il est question, en effet, d'épousailles et de noces, de fêtes, de cadeau et de bon vin. Il est vrai que dans ce que nous appelons l'"Histoire du Salut", on découvre un Dieu littéralement passionné pour les êtres humains. Et, comme le rappelle Simon Faivre dans son ouvrage intitulé : "Au fil des dimanches, à l'école des Ecritures" (1), "Dieu cherche inlassablement à rencontrer l'humain, à lui parler, à faire Alliance avec lui. C'est toute la Bible qui est une longue histoire d'Amour, qui prépare le jour des Noces. Des Noces éternelles".
La première lecture nous a mis de plein pied dans cette symbolique nuptiale. L'amoureux transi, c'est le Seigneur lui-même. Quant à la bien-aimée, objet de ses rêves, c'est la belle Jérusalem, qui symbolise tout le peuple d'Israël. Et au-delà de lui, l'humanité tout entière, celle de tous les temps. Et donc, celle d'aujourd'hui, dont nous sommes.
Dans un premier temps, l'alliance a été conclue, mais le contrat n'a pas été très bien respecté. Les infidélités se sont multipliées et aggravées, jusqu'au divorce. Et cependant, des retrouvailles sont toujours possibles. Le pardon n'est pas une utopie, et la conversion non plus. Car Dieu est toujours follement amoureux de son peuple. Que sa fiancée revienne à lui et il l'épousera. Ce qui vaut pour le peuple d'Israël, pour l'Eglise et pour chacun de nous.
Même symbolique avec la communauté des chrétiens de Corinthe, c'est-à-dire une Eglise en qui le Seigneur met sa préférence, sa fiancée, son épouse ! C'est du moins l'idéal présenté par Paul aux baptisés qui ont fait alliance avec le Christ par la foi. Mais les paroissiens de Paul lui donnent du fil à retordre. L'unité et la communion des membres pour faire corps est déjà menacée. On constate une sorte de concurrence entre les différents charismes, des jalousies et des disputes à propos de certaines manifestations spirituelles et responsabilités confiées aux uns et aux autres.
Que les dons soient très diversifiés, que les fonctions et les services soient variés, c'est normal et même nécessaire. Ceux et celles qui sont doués pour le chant, ne le sont pas nécessairement pour l'enseignement ou la prédication. Et l'inverse est tout aussi vrai. Cependant, à la source, c'est le même Esprit. Tout doit contribuer au bien commun, à l'unité, à l'harmonie, à l'édification du corps, d'une famille. Un seul corps. Or, un corps a de nombreux organes qui ont des fonctions très diverses. Mais toutes sont utiles et nécessaires à l'ensemble. C'est précisément le critère d'authenticité : cela sert-il au bien commun ?
Avec Jean, nous entrons dans l'évangile des signes, où l'enseignement à communiquer est traduit en images et en symboles. Symboles, qui servent de support à une autre réalité qui ne se révèle qu'au regard de la foi Le récit de Cana, raconté 50 ans après la mort et la résurrection de Jésus, n'est donc pas du tout un reportage filmé au cours d'une noce villageoise de l'époque. Mais bien l'occasion d'une catéchèse imagée qui, au-delà de l'anecdote, nous livre une signification cachée, mais fondamentale.
Jésus est venu en quelque sorte inaugurer la religion de l'Esprit. Très vite, il s'est heurté à des chefs religieux et à de nombreux fidèles, prisonniers d'une religion de la lettre. Ce qui n'a pas tout à fait disparu à l'époque de Jean. Il s'agit donc de redresser la barre, corriger des déviations, reconnaître les erreurs et les fautes, pour en revenir à l'authenticité de la source. Autrement dit, retrouver la fidélité à l'esprit d'amour qui est celui de l'Alliance. Celle des noces entre Dieu et son peuple. Pour cela, il ne suffit pas d'obéir littéralement à des lois juridiques, rituelles ou dévotionnelles. Par contre, il s'agit de vivre un amour partagé. C'est pourquoi Dieu, en Jésus, devient même l'un d'entre nous. Il faut donc faire place aux joies de la noce et au vin nouveau de l'Esprit. Ce qui s'exprime, se nourrit, s'entretient par le repas de la Parole et du Pain. C'est-à-dire l'eucharistie.
Au-delà du signe sacramentel, ce renouveau dans l'Esprit vient bouleverser des habitudes et dénoncer des conformismes. Le temps est donc venu d'abandonner les vieilles outres. C'est-à-dire tout ce qui est désormais périmé. Ce qui est symbolisé par les jarres dont le chiffre 6 souligne l'imperfection. Quant à l'eau qu'elles contiennent, c'est un liquide inodore, incolore et sans saveur, qui peut représenter l'eau de nos vies. Mais elle va être transformée en bon vin par la Bonne Nouvelle de l'Evangile. La joie doit donc l'emporter sur les inquiétudes, les peurs et les étroitesses. L'Esprit de Jésus entraîne une transformation profonde de l'ensemble de l'existence humaine. Nous entrons dans le régime du don gratuit. On peut dire également que les jarres vides évoquent les responsables religieux imprévoyants. Par conséquent, le maître du repas peut être l'image d'Israël, celle aussi de notre communauté de foi, ou tout simplement la nôtre, quand nous nous révélons incapables d'accueillir l'Esprit de Jésus et le renouvellement qu'il apporte dans le temps présent.
Marie, elle, avait bien compris. Elle s'en remet au Christ en toute confiance et suggère à tout le monde de lui obéir : "Faites tout ce qu'il vous dira". Ce qui est d'ailleurs la conclusion de Jean lui-même : "Ses disciples crurent en lui". Un éloge de la foi.
C'est ainsi que l'eucharistie nous permet, à l'écoute de la Parole, de clarifier et renouveler nos engagements, c'est-à-dire notre alliance de foi, dans un climat de fête. L'eucharistie est comme une célébration des noces entre Jésus et son peuple. Un peuple dont nous sommes.
(1) Ed. Soceval,2000
P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 - 2008
11:42 Publié dans temps ordinaire C | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : noces, vin, alliance, contrat, divorce, amoureux, fiancée, cana, symbole, eucharistie



