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17.11.2009

34e dimanche ordinaire B

Homélie du 34e dimanche ordinaire, B : Le Christ, Roi de l'Univers

Dn 7, 13-14 ; Ap 1, 5-8 ; Jn 18, 33-37

Qui dit roi, empereur, président ou tout simplement chef d'Etat, pense "pouvoir" et approuve l'avis de Valéry pour qui "le pouvoir et l'argent ont le prestige de l'infini". Aujourd'hui, invités à fêter le Christ, Roi de l'Univers, saisissons l'occasion pour tenter de découvrir quelque peu les liens et les oppositions, les ressemblances et les différences entre les royaumes de la terre et le Royaume de Dieu, entre la société politique et la communauté spirituelle.

Au temps de Jésus, les plus pieux des Juifs espéraient et attendaient la venue d'un Messie politico-religieux. Un leader capable de prendre la tête d'une organisation de libération de la Palestine, occupée à l'époque par les Romains.

Jésus, qui défendait les faibles et les opprimés, guérissait les malades et nourrissait les affamés, paraissait un candidat idéal. "Mais Jésus, sachant qu'on allait venir l'enlever pour le faire roi, se retira seul dans la montagne" (Jn 6, 15).

Ce genre de dérive se répète chaque fois que l'on confond cité terrestre et Royaume de Dieu. Chaque fois que l'on confond le pouvoir et le service.

Quand la liturgie nous invitait à chanter, en latin : "Le Christ est vainqueur, le Christ règne, le Christ commande", elle ne cautionnait pas et n'encourageait pas pour autant les aventures politiques de ceux qui proclamaient "Rex vaincra !".

Et cependant, interrogé par le pouvoir politique, Jésus affirme sa royauté. Une royauté qui est dans le monde, mais qui ne vient pas et qui n'est pas de ce monde. Le Christ n'est en concurrence avec aucun César. Il ne règne pas sur des Etats, des territoires, ou des nations, mais sur les cœurs qui l'accueillent librement.

Origène écrivait : "Le règne de Dieu vient sans qu'on puisse le remarquer. On ne dira pas : le voilà. Il est ici. Ou bien : Il est là. Car voilà que le règne de Dieu est au-dedans de vous. Et en effet, elle est tout près de nous cette Parole, elle est dans notre bouche et dans notre cœur". Même langage avec Augustin qui dit avec sagesse : "… C'est le fait de bien vivre dans le monde qui anticipe, hâte et concrétise déjà le Royaume de Dieu dans l'Histoire…".

Son Royaume s'établit dès ici-bas et durera jusqu'à la fin des temps. Mais il contiendra jusqu'à la moisson un mélange d'ivraie et de bon grain. Ce Royaume de Dieu est Bonne Nouvelle pour tous et il témoigne de la vérité et de la justice, de l'amour, de la miséricorde et de la paix. Le règne de Dieu est d'abord au-dedans de nous, non pour y être enfermé, mais pour rayonner. Le Christ est donc Roi et, contrairement aux puissants de la terre, c'est quand il est abandonné des siens, livré au tribunal, enchaîné et humilié, que Jésus reconnaît sa royauté, la justifie et en donne le sens. Le prophète dit la Vérité sur Dieu, sur l'être humain, sur le monde… il doit être exécuté !

Mais ce Royaume de Dieu qui n'est pas de ce monde, mais qui est bien dans le monde, n'invite pas à s'évader dans l'au-delà, ni à se réfugier dans la piété pure. Bien au contraire, comme le rappelle le concile Vatican II : "La politique est un aspect décisif de l'agir humain et elle ne peut donc être étrangère à la foi".

Déjà en 1927, le pape Pie XI avait scandalisé les bonnes âmes de son temps en déclarant avec netteté : "Le domaine de la politique est le champ de la plus vaste charité, la charité politique." Dieu ne fait pas de politique, il n'en est pas moins "au fondement des exigences éthiques de toute vie politique".

C'est pourquoi les chrétiens doivent contribuer à construire une cité terrestre la plus conforme possible à la dignité qu'il convient de reconnaître à tout être humain, image de Dieu.

La Bonne Nouvelle de Jésus Christ ne s'incarne pas seulement dans des chants et des prières, mais dans des actes et le vécu de l'existence sociale. C'est vrai que le message du Christ "transcende les frontières habituelles de la vie politique", mais en même temps "il s'insère pleinement dans ce qui la constitue".

Si donc je me déclare disciple du Christ qui est le défenseur des faibles, qui nourrit les affamés, qui rend justice aux opprimés…, je dois aussi m'en souvenir et le prouver dans l'anonymat de l'isoloir. Tout comme un chrétien, conscient de ses responsabilités de levain dans la pâte, ne peut se désolidariser de ses frères et sœurs humains en fuyant ses responsabilités par l'abstention, tel un Pilate se lavant les mains.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

10.11.2009

Homélie du 33e dimanche ordinaire B

Homélie du 33e dimanche ordinaire B

Dn 12, 1-3 ; He 10, 11-14. 18 ; Mc 13, 24-32 

Sur tous les tons et dans toutes les langues, des experts de plus en plus nombreux nous prédisent des bouleversements planétaires. Il est vrai que des signes inquiétants se multiplient : fonte des glaciers, inondations spectaculaires, incendies ravageurs, les "canicules tueuses" (1)… sans oublier des épidémies qui provoquent de véritables hécatombes. Ce n’est pas pour autant une très prochaine fin du monde. D’autant plus que d’autres signes scientifiques, notamment, permettent d’espérer pour notre planète un long avenir de plus en plus surprenant. Par contre, il faut nous rappeler que chaque décès est déjà, pour la personne concernée, la fin de ce monde. Or, cette mort peut toujours nous surprendre. Qui que nous soyons. A n’importe quel âge. Et que dire alors de la mort du Christ et de sa résurrection, qui marquent aussi la fin d’un monde et l’inauguration d’un nouveau ? Les textes liturgiques de ce dimanche, nous invitent à méditer les différentes facettes de ce mystère.

L’extrait d’évangile a été appelé "l’Apocalypse de Marc". En bref, c’est un mot d’origine grecque, qui signifie "révélation". Il est surtout utilisé à propos de "révélations divines". Nous sommes dans le domaine de la littérature, le genre apocalyptique. Des textes inspirés, ou prétendus tels, qui visent, notamment à prédire la date de la fin des temps et la venue d’un " messie ". Le livre de Daniel est l’un des premiers exemples du genre. A l'époque où se développe une littérature de divination : c’est-à-dire l’astrologie, la magie, le spiritisme, les prédictions. C’est là que l’on retrouve les mêmes questions que celles d’aujourd’hui, dans toutes les cultures et dans toutes les religions. Quand le monde ou les mondes vont-ils disparaître ? Qui sortira vainqueur ? le bien ou le mal ? D’où, un vocabulaire, un style particulier et des images semblables : éclipses de soleil ou de lune, apparitions d’anges ou de démons, bouleversements cosmiques, tremblements de terre et inondations, qui viennent illustrer le message.

L’apocalypse de Jean, elle, c’est autre chose. Le langage et les images sont identiques, mais il s’agit-là d’un texte mystique d’inspiration spécifiquement chrétienne.

Quand Marc a mis au point son récit, il a, évidemment, fait écho à la situation et aux problèmes de son temps. Une période très agitée, où l’angoisse est généralisée. Jésus, par exemple, avait déjà fait allusion à la prochaine ruine du Temple. A l'époque de Marc, les chrétiens de Rome subissent une violente persécution. Aujourd’hui, Marc aurait évoqué les terribles ravages du Sida, les génocides, le cataclysme des inondations et des famines, les tsunami, les bombes vivantes. Il aurait cité les témoignages des rescapés des attentats aveugles. En ce temps-là, comme aujourd’hui et en d’autres temps, il y avait aussi de faux prophètes, des intégristes et des révolutionnaires fondamentalistes, prêts à tout.

Mais la clé de cet évangile, c’est la comparaison du figuier. En plein hiver, les premières pousses annoncent le printemps, qui sera suivi de l’été. Nous sommes donc invités à discerner dans les situations les plus tragiques quelques signes de l’été qui approche. Ainsi, jadis, on vénérait le soleil, la lune, les étoiles, comme les dieux. Avec la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, le vieux monde de l’idolâtrie païenne doit disparaître pour faire place à un monde nouveau. Ce qui n’a rien à voir avec une fin catastrophique. Jésus invite simplement à la vigilance. C’est-à-dire rester en tenue de service, garder l’œil ouvert, ne pas se démobiliser, ne pas s’endormir. Inutile donc d’entretenir l’obsession de "la fin du monde". Le monde ancien s’en va, écrivait Gérard Bessière, et le monde nouveau naît à tout moment, chaque fois qu’il y a plus d’amour, de solidarité et de justice. C’est à nous d’humaniser la terre pour humaniser la vie. A nous d’être des pierres vivantes pour un monde nouveau. A chaque instant, nous pouvons y contribuer.

Alors, n’attendons pas demain, arrêtons de gémir, mettons-nous à l’œuvre, qui que nous soyons et tels que nous sommes. Jusqu’à présent, je n’ai rien fait, disait un jour François d’Assise. Aujourd’hui, je commence.

(1) "Il était une fois la canicule", roman, Michelle d'Astier de la Vigerie, Sarment/Jubilé 2005, 14 €.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

03.11.2009

Homélie du 32e dimanche ordinaire B

Homélie du 32e dimanche ordinaire B

1 R 17, 10-16 ; He 9, 24-28 ; Mc 12, 38-44

Dans le match qui oppose Jésus aux scribes, il ne faut pas nous considérer comme des spectateurs qui comptent les coups et qui se réjouissent de voir des vaniteux et des prétentieux recevoir une volée de bois vert… Jésus prend un exemple. Mais, au-delà de la catégorie des scribes, qui sont les scientifiques et interprètes officiels des Ecritures, il vise tous ceux qui, de près ou de loin, leur ressemblent… Et qui oserait dire honnêtement qu'il est toujours et totalement étranger à ce portrait et à ce comportement ?

Ici, Jésus menace d'une sévère condamnation, non pas des gangsters ou des assassins, mais des croyants, pratiquants très cultivés qui, tout en étant pieux, veulent partout se mettre en valeur. Par leurs toilettes et leurs vêtements luxueux, ils cherchent à éblouir les passants, ils mendient l'admiration du public, ils sont infiniment soucieux de leur image de marque et cultivent avec soin leur réputation mondaine. De plus, ils se battent pour les préséances, les honneurs, les premières places sur la liste des donateurs ou même dans les dîners… Leur vie quotidienne et leurs relations humaines sont bien souvent empoisonnées par des vanités et des susceptibilités très puériles.

Avec cela, ils sont avares, rapaces, impitoyables et sans cœur quand il s'agit de leurs sous… Et tant pis pour la justice… Ils sont même capables de s'enrichir au détriment des plus pauvres. L'argent n'a pas d'odeur.

Mais il n'y a pas que les scribes qui ont besoin de mise en garde et d'examen de conscience… Les croyants pratiquants les plus généreux de leurs biens temporels ne doivent pas se faire trop d'illusions sur la qualité de leur générosité… Voyez, dit Jésus, beaucoup de gens riches donnent de grosses sommes, des billets bleus, des billets verts… C'est très bien. Mais ils ont puisé dans leur superflu. Voyez cette pauvre veuve, et donc, à l'époque, sans traitement, sans pension, sans travail, sans indemnité. Elle est, au temps de Jésus, le symbole de la faiblesse, de la solitude, de l'insécurité. Une marginale ! Elle dépose deux leptes, les plus petites pièces de la monnaie alors en circulation. Quelques centimes. Mais elle les a pris sur sa misère, sur son minimum vital, sur son nécessaire… Et voilà, dit Jésus, la plus généreuse. Une grande dame !

Nous retrouvons le même avertissement, la même leçon, dans la première lecture. Ici, l'exemple est encore plus percutant, car la veuve fait partie d'une nation ennemie, et elle n'est même pas croyante… Non seulement elle est pauvre, mais c'est une période de famine et celui qui lui tend la main est un étranger et un ennemi de sa race.

Dans les deux cas, ce qui est souligné et loué, ce n'est pas la foi, c'est la qualité du cœur, totalement ouvert et capable de prendre des risques : toutes deux ont donné leur vie, comme Jésus la donnera lui-même. Un amour qui prend les risques du don total et qui ne calcule pas… La confiance l'emporte sur la peur.

L'Evangile ne nous donne pas de solutions toutes faites. Mais nous sommes, vous et moi, de ces gens qui fréquentent le Temple, qui participons aux offrandes et aux partages. Nous ne connaissons pas la famine, mais nous vivons en période de crise… Il y a ceux qui ont à peine le nécessaire, d'autres qui bénéficient de larges superflus..

Moi, je n'ai de leçon à faire à personne. Nous avons tous à méditer ces exemples et les durs avertissements qui les accompagnent. On nous donne même des païens en exemple. Il y a matière à réflexion, et pas seulement pour aujourd'hui.

Ne cherchons pas trente-six bonnes excuses pour éviter l'affrontement et nous réfugier dans la fuite !

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

27.10.2009

Homélie du 31e dimanche ordinaire B

Homélie du 31e dimanche ordinaire B

Dt 6, 2-6 ; He 7, 23-28 ; Mc 12, 28b-34Pascal Obispo, musicien, parolier et chanteur,… Elie Chouraqui, réalisateur populaire et metteur en scène, ensemble, ont mis sur pied une comédie musicale sur "Les dix commandements", ou la Bible en danses et chansons. Et la chanson phare est faite pour donner au public, comme son titre l'indique, "l'envie d'aimer". Mais, en même temps, de redécouvrir le Décalogue. Et son actualité. Car le Décalogue est vraiment un texte pour aujourd'hui. Il rejoint d'ailleurs l'actualité liturgique qui, par Moïse et Jésus, vient de nous rappeler que les deux amours, de Dieu et du prochain, ne font qu'un. Cet inséparable duo résume toutes les lois et tous les commandements, qu'ils soient 10 ou 613. Nous avons cependant besoin qu'on nous le rappelle constamment.

 

Nous avons beau dire et répéter, écrire et chanter qu'il est "si simple d'aimer", que l'"essentiel est d'aimer", ou qu'il "suffit d'aimer", la perpétuelle difficulté c'est qu'en définitive nous ne savons pas réellement ce que peut signifier ce mot magique. D'autant plus que les êtres humains projettent sur lui toutes leurs attentes démesurées, leurs espoirs les plus fous et leurs fantasmes. Et bien souvent sans s'en rendre compte, en ne cherchant rien d'autre qu'eux-mêmes.

D'où la question : Quand donc arriverons-nous à nous débarrasser tout à fait de nos illusions d'amour pour en découvrir le vrai secret ? Un secret révélé il y a plus de trois mille ans. Mais qui a dû être régulièrement répété, commenté et réactualisé, tout au long d'une histoire parsemée de désobéissances, d'égoïsmes et de refus d'écouter. Même depuis la venue du Christ, nos 2000 ans de christianisme, et leur moisson abondante de fruits spirituels, sociaux et culturels, ont été abîmés par des injustices, des haines et des guerres à tous les niveaux. Et cela continue.

C'est pourquoi, depuis Moïse et régulièrement, surtout en période de drame et de tragédie, d'intolérance, de haine et de guerre, des prophètes rappellent à temps et à contretemps, et même au péril de leur vie, qu'il faut retourner aux sources et au secret de la vie relationnelle et de la vie harmonieuse, non seulement dans le couple et la famille, mais aussi dans la société et toute l'humanité. Il s'agit donc de réfléchir à nouveau sans se lasser et d'en tirer les conséquences.

C'est d'ailleurs ainsi qu'est né le livre du Deutéronome, qui signifie "la deuxième loi", c'est-à-dire une deuxième expression des enseignements que la tradition attribuait déjà à Moïse. Des enseignements trop souvent oubliés, entraînant des conséquences dramatiques. Il n'y a pas d'autre remède que d'en revenir aux exigences de l'alliance et s'imposer une conversion en profondeur.

C'est ainsi que le premier et le deuxième commandement, indissolublement unis, constituent la priorité absolue qui s'impose en toutes circonstances. Plus et mieux qu'un commandement ou qu'un ordre, c'est un principe "incontournable". Une Parole de vie.

C'est ce même processus et c'est ce même esprit que l'on retrouve dans la comédie musicale des "Dix commandements". Bien sûr, et fatalement, elle paie son tribut au romanesque, à l'imaginaire et au légendaire. Mais son message est profondément incarné aujourd'hui. Ainsi, Pascal Obispo décrit ces dix commandements comme un chant d'amour, qui est à la base de toute notre culture, et même à l'origine de nos lois dites laïques. Ce chant rappelle que nous avons tous les mêmes racines et que, finalement, nous aspirons tous aux mêmes choses. Avec Chouraqui, il a voulu en faire une histoire forte, porteuse d'un message de paix et de fraternité, multiculturel et multireligieux, dans le plaisir même d'un spectacle très vivant. Ce qui se concrétise déjà dans la sélection des quatre hommes et des cinq femmes choisis, non seulement pour la qualité de leur voix, mais parce qu'ils sont juifs, musulmans, chrétiens et bouddhistes. Un signe et une leçon.

De plus, un prolongement écrit l'accompagne. Un livre, où un grand rabbin, un évêque catholique, un grand mufti et un porte-parole de la laïcité, dialoguent paisiblement et relisent ensemble d'une façon originale les Tables de la Loi de Moïse, les dix Paroles. L'objectif ? Tous ont conscience de se trouver confrontés au danger actuel des intégrismes et de l'intolérance, des égoïsmes et des divisions. Et cela dans une société marquée par la quête fébrile du profit et de l'argent. C'est le retour du Veau d'or. D'où, le souci des intervenants de proposer un nouvel examen des sources de l'éthique et répondre au besoin vital d'un dialogue interreligieux et interphilosophique, de manière, notamment, à ce que des croyants de diverses fois et religions, ainsi que des non-croyants, puissent penser ensemble l'avenir des valeurs humaines, et donc de l'humanité.

Cet échange de vues a paru comparable à celui du scribe et de Jésus. Hors de tout esprit de clocher. Le débat répercuté par l'ouvrage débouche dans un Appel public pour "vivre ensemble" plus humainement.

Aimer Dieu se réalise dans le geste quotidien de ceux et celles qui accueillent et respectent leur prochain. La compassion, la solidarité, sont des forces extraordinaires, qui font que chacun de nous devient le relais, le transmetteur de l'amour de Dieu. Il n'y a pas d'amour de Dieu possible sans amour du prochain. Et en commençant par ce dernier.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

Homélie du 31e dimanche ordinaire B

Dt 6, 2-6 ; He 7, 23-28 ; Mc 12, 28b-34

 

 

L'amour ! Sujet inépuisable, familier et passionnant… Mais l'amour est mis à toutes les sauces. Et celui évoqué par l'Evangile peut nous paraître très mystique, très éloigné de nos préoccupations quotidiennes…

Nous avons peine à croire que le prophète de Nazareth soit le plus grand expert et le meilleur conseiller pour tout amour, qu'il soit conjugal ou parental, amour du tout proche ou du lointain, de l'ami ou de l'ennemi, amour de Dieu ou amour des êtres humains.

Or, le Christ nous apprend que tous les amours se tiennent et se conditionnent l'un l'autre, à tel point que l'amour du prochain n'est pas seulement une exigence ou une conséquence de l'amour de Dieu, mais aussi, en un certain sens, sa condition préalable.

Seul celui ou celle qui aime son prochain peut effectivement savoir qui est Dieu et ce n'est qu'en aimant Dieu plus que tout que l'on est le mieux capable, consciemment ou non, d'accueillir l'autre, qu'il soit enfant, parent, conjoint ou voisin, gratuitement, sans le transformer en un instrument de notre égoïsme ou de notre propre volonté de puissance.

Il n'est certes pas facile d'aimer, et l'on voit même ceux qui s'aiment avoir bien de la peine à bien s'aimer. En réalité, l'amour, comme l'écrit le poète, est une fleur rare. Il ne survient que par-ci par-là. Des millions de gens sont dans l'illusion qu'ils s'aiment. Nous n'aurons jamais fini de nous débarrasser de nos illusions d'amour. Il nous faut donc constamment apprendre et réapprendre à aimer, pour nous dégager de ce bourbier d'égoïsme et de réactions primitives dans lesquelles nous sommes constamment enlisés.

Première leçon : elle vient du bon sens, confirmé d'ailleurs par le dictionnaire : Quel est le sens de l'amour ? Sa première et essentielle définition : Une disposition favorable de l'affection et de la volonté. Ou encore, une disposition à vouloir le bien d'un autre que soi et à se dévouer à lui.

Or, trop souvent, si pas la plupart du temps, nous confondons l'amour avec le seul attrait esthétique, physique ou de sympathie. Nous retenons l'affectivité en oubliant le rôle de la volonté. Et nous déclarons un peu vite aimer l'autre en ne recherchant réellement que nous-même, notre avantage, notre plaisir, notre intérêt.

Ce qui explique aussi que nous buttons sur le grand précepte de l'amour du prochain et surtout l'amour des ennemis. Nous avons tendance à les trouver impossibles parce que nous confondons l'amour et l'affection sensible… C'est d'ailleurs une des causes qui rend aujourd'hui bien des jeunes couples très fragiles, victimes d'une morale de la satisfaction personnelle et de la surcharge affective qu'ils attribuent au couple et à la famille.

Jésus ne cesse de nous rappeler, par la Parole, mais surtout par son comportement, que tout amour trouve sa source et sa haute qualité en Dieu. Et c'est précisément cette qualité qui donne un sens plénier et une parfaite qualité aux paroles et aux gestes d'amour.

Cela est vrai sur les deux plans : aussi bien au niveau des relations humaines que des relations avec Dieu. Il y a en effet des paroles et des gestes d'amour qui sont réalisés avec peu ou même pas du tout d'amour.

De même vis-à-vis de Dieu, si nos paroles de prière, si nos gestes de rite et de culte ne sont pas imprégnés de l'amour du prochain, ils ne sont pas amour de Dieu.

La défense des droits de Dieu n'est qu'illusion s'ils ne sont pas accompagnés de la défense des droits de la personne humaine. Piété, dévotions et pratiques extérieures ne sont rien sans la bienveillance pour pardonner, l'empressement pour servir, la patience pour supporter.

Et Jésus ne nous a proposé aucune recette, ni sur le plan conjugal ou familial, ni sur le plan social ou politique, mais il nous a donné l'exemple de sa vie. C'est elle qui doit nous inspirer et nous aider à trouver des solutions, toujours de compromis entre ce qui est possible et ce qui ne l'est pas.

Dans cette eucharistie, nous célébrons un amour du prochain porté par l'amour de Dieu. Et cet amour trouve son accomplissement. C'est le sommet de notre destinée. Une possibilité qui nous est offerte à tous et qui peut se vivre dans la platitude de la vie quotidienne.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

 

1925 - 2009

20.10.2009

Homélie du 30e dimanche ordinaire B

Homélie du 30e dimanche ordinaire B

Jr 31, 7-9 ; He 5,1-6 ; Mc 10, 46-52

Nous sommes dans le couloir du métro qui conduit à la gare centrale. A gauche et à droite, des mendiants assis, couchés, debout. En voici un qui porte au cou un carton où l'on peut lire : "aveugle de naissance". Imaginons qu'il nous crie tout d'un coup : "Prenez pitié de moi !". Quelle serait notre réaction ? Accélérer la marche, déposer une pièce ou un billet dans la casquette crasseuse qui est à ses pieds, ou lui demander : "Qu'est-ce que je peux faire pour vous ? Et imaginons encore qu'il nous réponde : "Non merci, rendez-moi plutôt la vue !".

Prenons ça comme une parabole qui vient illustrer une leçon de catéchèse pour adultes, à la manière des apôtres dans les premières communautés chrétiennes. Une leçon de catéchèse qui a été précédée d'une autre, présentée dimanche dernier, et dont l'histoire s'est déroulée presque au même endroit, avec pour acteurs Jésus et les Douze. Là, il s'agit de Jacques et Jean qui mendient : "Maître, exauce notre demande…" - "Que voudriez-vous que je fasse pour vous ?" - "Accorde-nous de siéger, l'un à ta droite et l'autre à ta gauche, dans ta gloire".

Tentons maintenant une petite expérience. Ecoutons Jésus nous dire aujourd'hui : "Que désires-tu que je fasse pour toi ?". Que vais-je répondre ? Qu'allons-nous accoucher comme réponse, sachant que Jésus a répondu positivement à la demande du "moins-que-rien" et opposé une fin de non recevoir à deux de ses chers disciples ? Et moi, qu'est-ce que je désire vraiment ?

Dans les deux récits qui se succèdent chez Marc, on voit donc les disciples prouver, à deux reprises, leur étonnante surdité et leur total aveuglement, en révélant leurs ambitions du pouvoir et se disputant les premières places. Ce qu'ils désiraient, c'est bien le rayonnement et les avantages du pouvoir. Et Jésus leur répond clairement : "Apprenez plutôt à servir… humblement ! … et vous serez guéris de vos aveuglements."

Le mendiant aveugle, par contre, bien que figé dans la solitude de sa cécité, n'en est pas moins un homme en recherche. En criant "Fils de David", il fait un acte de foi remarquable, car si ce nom ne nous dit rien de particulier aujourd'hui, il était à l'époque, selon la tradition, réservé au Messie attendu par le peuple élu. Contrairement aux disciples et à la foule, Bartimée pressent que le jeune prophète de Nazareth n'est pas un simple leader politique. Le cri du mendiant est déjà un acte de foi. Il reconnaît Jésus, non pas avec des yeux physiques, mais avec les yeux de la foi.

D'ailleurs, Jésus s'arrête, il prend le cri au sérieux, au contraire de la foule et de ses proches collaborateurs. Plus fort encore, il appelle celui que tout le monde veut faire taire, alors que c'est lui qui a été le plus clairvoyant. Ce que Jésus confirme en lui disant : "Va, ta foi t'a sauvé" et non pas : "Sois guéri" ou "Je te guéris".

C'est la foi qui provoque le dessillement des yeux. C'est la foi qui libère et sauve. C'est elle qui donne même le courage et la force de prendre ses distances envers les richesses terrestres et les tentations du pouvoir. C'est d'ailleurs ce qu'a fait Bartimée en laissant sur le bord de la route son seul bien, son manteau, pour devenir un véritable disciple, c'est-à-dire suivre Jésus. Ce que Jésus n'avait pas pu obtenir du "jeune homme riche". Dans l'Ecriture, dans l'Evangile, comme aujourd'hui encore, voir signifie croire en Jésus et le suivre.

Ce qui nous invite à l'examen de conscience, car nous sommes sans doute croyants pour une part, mais aussi sans doute, pour une autre part, atteints de cécité. "Seigneur, augmente en nous la foi et ouvre nos yeux".

Il y a encore d'autres leçons à tirer. Ainsi, la présence du mendiant sur le bas-côté de la route et son "Kyrie eleison" crié à tue-tête symbolisent aussi les cris, les larmes et les supplications de tous ceux et celles qui sont refoulés et même piétinés par toute foule aveugle et pressée.

Aujourd'hui comme hier, les foules, même celles qui entourent et applaudissent un prophète vedette, restent aisément insensibles aux cris de détresse de ceux-là même qu'elles repoussent, bousculent, ou piétinent. Et les disciples ne font pas exception. Or, Jésus, dans l'épisode raconté ce jour, marche vers Jérusalem. Non pas comme la foule et les disciples le croient, avec l'intention de renverser le gouvernement en place et rétablir l'indépendance d'Israël, mais bien pour sauver des personnes, et surtout les plus éprouvées, les plus malmenées. Les sauver, c'est-à-dire les réhabiliter dans la société de leur temps, leur rendre la dignité propre à toute personne humaine, mais aussi les intégrer dans cette communauté d'amour, dans ce Royaume de Dieu dont Jésus pose les fondements. Il s'agit donc à la fois d'une libération religieuse, spirituelle, mais incarnée, c'est-à-dire aussi sociale.

Nous pouvons également nous mettre à la place de Bartimée, parce qu'il peut nous arriver d'être arrêtés au bord du chemin, ne sachant plus à quel saint nous vouer, quelle direction prendre ou donner à notre vie. N'hésitons pas à crier pour que nos yeux s'ouvrent, nos oreilles, notre intelligence aussi. Et notre cœur.

En fait, nous avons très souvent peur de voir clair, car cela suppose un changement de point de vue, des sécurités matérielles et même religieuses à remettre en question, des choix à modifier.

Si nous sommes rassemblés chaque dimanche, ce n'est pas seulement pour prier et rendre grâce, c'est aussi et en premier lieu parce que Jésus veut nous apprendre à voir clair, à voir plus clair. Nous apprendre à voir un peu comme il voit. Reste à savoir si nous sommes conscients de notre cécité et de nos vues trop courtes, si nous sommes prêts à demander la guérison pour conformer notre vie à celle dont Jésus témoigne et qu'il nous propose.

Mais, en définitive, que désirons-nous vraiment ? Une question à ruminer toute au long de la semaine.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

13.10.2009

Homélie du 29e dimanche ordinaire B

Homélie du 29e dimanche ordinaire B

Is 53, 10-11 ; He 4, 14-16 ; Mc 10, 35-45

On se croirait en pleine campagne électorale, à la veille même du scrutin. Les grosses pointures veulent déjà se partager les meilleures places dans le futur gouvernement. Or, ce que Jésus leur a promis, ce n'est pas du tout une prise de pouvoir d'ordre politique. Jésus n'est pas venu pour établir un nouveau royaume terrestre, dont il serait le monarque. Le Royaume, qu'il vient inaugurer et qu'il s'agira de bâtir, ne vient pas de ce monde, mais il est pleinement dans le monde. Totalement incarné. Ses sujets sont ceux et celles qui l'accueillent, c'est-à-dire qui se mettent à l'écoute de la Parole de révélation. Et cependant, malgré leur intimité avec le jeune prophète, les disciples tombent dans le piège de l'ambition du pouvoir. On peut dire que les futures premières colonnes de l'Eglise ont commencé par rêver de triomphes et bénéfices, de sièges à pourvoir, de portefeuilles à partager, de titres et d'honneurs à collectionner. Ils l'ont raconté eux-mêmes.

Il est vrai que l'accès au pouvoir, si petit soit-il, monte vite à la tête et entraîne un certain nombre de tentations, qui peuvent conduire peu à peu à la dérive autoritaire. Ces tentations n'épargnent personne, ni le politicien ministrable, ni la mère abbesse dans son cloître, ni les ministres du culte, le patron d'une P.M.E., ou la présidente d'un conseil paroissial.

La tentation du pouvoir et l'abus d'autorité peuvent se rencontrer aussi dans les écoles, les Eglises et même au sein des familles. Il y a des épouses et des enfants opprimés et même battus, il y a des maris et des gosses terrorisés.

Si l'on parcourt l'évangile, on voit ainsi régulièrement Jésus mettre le doigt sur tous ces petits signes de la vie quotidienne qui révèlent des désirs de puissance. S'accrocher au titre de maître ou de docteur, vouloir occuper les premières places dans les dîners, se gonfler et se pavaner dans des vêtements d'apparat, se vanter de ses pratiques religieuses et de ses générosités envers les pauvres. Les chefs, ou ceux qui se croient grands, font sentir leur pouvoir, rappelait Jésus à ses disciples. Et bien, parmi vous, ajoutait-il, il ne doit pas en être ainsi. Ne vous trompez pas d'ambition. La grandeur, la noblesse, est dans le service. C'est ce que Jésus a dit, répété et vécu, au risque de nombreux ennuis, oppositions et humiliations. Et jusqu'au risque même de sa vie.

C'est ainsi qu'il a payé, comme d'autres prophètes après lui et encore aujourd'hui, le prix fort de l'incompréhension, de l'opposition, de l'excommunication et de la condamnation à mort. Ce qui veut dire que pour ceux et celles qui se réclament du Christ, la priorité n'est pas au succès, à la gloire, ni au prestige, mais au service. Le service gratuit. Un service à risques.

C'est ce qui explique que les premières générations chrétiennes ont très vite considéré le mystérieux Serviteur présenté par Isaïe comme la figure prophétique de Jésus de Nazareth.

Mais que représente actuellement cette figure de Jésus serviteur ? Est-elle encore parlante ? Globalement, on dit qu'aujourd'hui l'idéal du service est à la fois exalté et décrié. Voyez la publicité. Elle vante constamment les innombrables services offerts à la clientèle : stations-services, libre service, service après vente… Mais il ne s'agit pas de service gratuit. La juste rémunération de toute prestation de service, même parfois en famille, est devenue un principe intangible. L'idéal du pur service n'a plus la cote. Il est même décrié. Nul ne veut plus être, dit-on, le serviteur ou le domestique d'autrui (sous-entendu : l'esclave d'un autre), taillable et corvéable à merci. Sauf rémunération assurée.

Et, c'est précisément le terme "esclave" qu'utilise Jésus. Alors que ses disciples rêvent de supériorité et de domination, le maître parle de ceux qui sont au dernier rang de la société. Une image frappante pour expliquer qu'il n'est pas un chef autoritaire, mais bien l'humble serviteur de tous. Il faut donc apprendre à donner plutôt qu'à dominer.

Or, il y a des services très périlleux. Par exemple, militer et donc protester contre l'hypocrisie, l'oppression, l'exploitation de l'homme par l'homme, et autres services à grands risques, qui peuvent même conduire au martyre.

Plus modestement, qu'en est-il dans l'Eglise, dans nos communautés et dans nos groupes ? Sommes-nous prêts, non seulement à rendre volontiers service, mais même à assumer un service ? Déjà dans la société, par exemple, on peut s'engager dans un service social, un service d'entraide, un service médical, juridique, ou encore un service politique, c'est-à-dire se mettre au service du "vivre ensemble", que l'on peut réaliser dans le même esprit que Jésus. Car, s'il n'y a pas une politique chrétienne, il y a une pratique chrétienne de la politique.

Au sein de la communauté Eglise, on peut aussi être en service, exercer une mission, un ministère : ministère sacerdotal, ministère de la Parole, de la catéchèse, ministère œcuménique, ministère de la compassion, celui de l'entraide… et bien d'autres… Chacun a même un rôle à jouer dans la mutation impérative du ministère sacerdotal. Ce sont d'ailleurs les laïcs qui, au premier siècle de l'Eglise, ont inventé des ministères nouveaux, correspondant aux besoins nouveaux de la communauté chrétienne et de sa mission. On demande donc aujourd'hui des innovateurs et des pionniers, hommes et femmes.

Aujourd'hui aussi, il est bon également de rendre grâce pour tous ceux et celles qui assument, ici ou ailleurs, un ministère. Merci. Et nous prierons pour que se lèvent d'autres et nouvelles vocations au service et à la mission.

 

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

06.10.2009

Homélie du 28e dimanche ordinaire B

Homélie du 28e dimanche ordinaire B

Sg 7, 7-11 ; He 4, 12-13 ; Mc 10, 17-30

Cet épisode de la vie de Jésus est très bien connu sous le titre "Le jeune homme riche". Un véritable cliché. Ce qui ne cadre pas exactement avec le texte évangélique qui parle d'un homme qui a observé les commandements depuis sa jeunesse. Il n'est donc plus tout jeune, d'autant plus qu'il avait de grands biens. Ou, comme le traduit André Chouraqui, "de nombreuses possessions". Ou encore, dans la Bible du chanoine Osty : "beaucoup de propriétés". Matthieu est le seul à introduire le terme "jeune" en fin de récit. Luc, lui, parle d'un "notable très riche".

Mais pourquoi parle-t-on toujours d'un "jeune homme riche" ? Peut-être parce qu'on réduit l'épisode de l'homme riche à la seule catégorie des appels à la vocation sacerdotale ou religieuse. Les commandements de Dieu, dirons-nous, sont destinés à tous, et les conseils évangéliques à quelques-uns. Les chrétiens auraient donc le choix entre un chemin ordinaire pour les "simples chrétiens", et un chemin plus noble, celui de la vie consacrée. Alors, on transforme l'homme riche d'hier en jeune homme riche d'aujourd'hui, croyant sincère, pratiquant fidèle, fils de riche, qui aurait pu devenir prêtre ou entrer au couvent. Mais il a trouvé cette vocation au-dessus de ses forces. Il n'a pas eu le courage d'invoquer le Seigneur pour qui tout est possible, et il s'en est retourné, profiter honnêtement de ses biens.

Une interprétation singulièrement étriquée et dangereusement réductrice. De son vivant, Jésus n'a jamais appelé pour le sacerdoce ni pour la vie religieuse. Il a appelé des disciples et ces disciples ont tous les âges, il y a des hommes et des femmes, des mariés et des célibataires.

Quand Marc évoque cet épisode dans sa prédication et sa catéchèse, il s'adresse à toute la communauté chrétienne et non pas à quelques-uns. C'est à la communauté qu'il propose l'exemple de l'homme riche comme thème d'examen de conscience et de mise en garde. Une invitation à réfléchir sur l'attitude qu'elle doit avoir envers la propriété, les richesses et la pauvreté.

Tout disciple du Christ, quel que soit son âge, son métier ou sa vocation, est appelé à s'attacher au Christ, jusqu'à le préférer à tout et à le suivre jusqu'à être capable de "vendre ses biens", soit au sens littéral, soit au sens symbolique. Symbolique, c'est-à-dire se libérer de tout esclavage, être libre de ses mouvements, détacher les amarres qui freinent ou qui paralysent. On ne peut marcher dans deux directions à la fois, on ne peut pas servir Dieu et Mammon, ni dans le monde, ni au couvent.

"Chaque fois qu'un être humain accepte de perdre quelque chose, de subir un détriment pour que d'autres puissent vivre ou mieux vivre, il "suit le Christ"." Ou encore "accepter de tout perdre plutôt que de gagner quoi que ce soit par violence, par fraude, par chantage, par orgueil ou égoïsme, c'est aussi suivre le Christ". (M. Domergue, s.j.).

Pour ce qui est des richesses au sens matériel du terme, tous les chrétiens, même les plus convaincus, les plus engagés, doivent comprendre et sans cesse se rappeler que la richesse constitue à la fois un avantage et un danger, une chance et un piège, une puissance et un obstacle.

Jésus ne condamne pas pour autant les richesses et ne canonise pas la pauvreté. Il n'a jamais considéré ses compatriotes fortunés comme des pestiférés. Il a répondu à leurs invitations et partagé leurs repas. "Jésus, précise Luc, était suivi par les Douze et par des femmes qui les aidaient de leurs biens".

Ce qui n'a pas empêché Jésus d'adresser aux possédants un appel aussi clair qu'exigeant. Selon la conception biblique, seul le détachement parfait permet l'Amour, l'union dans l'Unique, source de lumière et de beauté.

Ce qui est en jeu ici, ce n'est donc pas la pauvreté matérielle, mais la charité, car on peut être pauvre, même volontairement, sans que ce détachement fasse grandir la charité et s'exprime dans un amour réel pour les pauvres.

Mais l'expérience tout comme l'actualité quotidienne rejoignent celles de la Bible pour constater que l'argent est souvent la cause d'illusion ou d'autosuffisance qui détournent de Dieu et de l'amour des autres. "Qui a de l'argent, dit un proverbe russe, met dans sa poche ceux qui n'en ont pas".

L'écrivain Bernard Chouraqui, dans un de ses livres évoquant le danger de l'argent, explique que son invention a permis de dépouiller les malheureux sans prendre le risque de les affronter au couteau. C'est lui aussi qui permet, sans rien perdre de sa respectabilité, d'écraser tous les autres. Avec impunité garantie.

L'histoire de l'homme riche nous est bien destinée. A tous, sans exception. C'est bien un appel à la vocation chrétienne. Mais rappelons-nous que seul le maître de l'impossible peut nous libérer des liens et entraves qui freinent notre marche à sa suite.

Chrétiens, nous sommes appelés à le suivre et nous sommes envoyés en mission, comme nous le rappelle le mois d'octobre consacré à la mission universelle.

Bonne route avec lui ! C'est un souhait et un programme.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

29.09.2009

Homélie du 27e dimanche ordinaire B

Homélie du 27e dimanche ordinaire B

Gn 2, 18-24 ; He 2, 9-11 ; Mc 10, 2-16

Est-il permis ?… Est-ce défendu ?… Est-ce obligatoire ou facultatif ?… En posant des questions de ce genre, nous nous situons sur un plan juridique et relativement étroit et, avec l'arrière-pensée peut-être même inconsciente de connaître les limites du devoir, pour ne pas en faire plus qu'il ne faut strictement, et surtout ne pas en faire trop.

Par contre, Jésus se situe toujours à un autre plan, celui de l'idéal, et d'un idéal de charité, c'est-à-dire l'amour dans le sens le plus parfait du mot. Et là, il n'est plus question de limites, ni de frontières, ni d'observances précises que l'on peut calculer et comptabiliser. Les interlocuteurs de Jésus discutent règlement et lui les renvoie aux principes fondateurs et au parfait idéal.

La perfection de l'amour entre un homme et une femme se situe au niveau de la communion, comme l'alliance de Dieu avec son peuple. Et les exigences de cette alliance ne dépendent pas du droit. Elles ne sont pas réalisées ni garanties par la simple observance d'un règlement précis. Et elles ne sont même pas menacées par un droit juridique à la rupture.

L'alliance idéale, qu'elle soit entre l'être humain et Dieu, entre l'homme et la femme, entre membres d'une communauté, est faite de dialogues et de marches communes, de partages de joies et de franchissements d'obstacles. Elle est dynamique, capable de recommencements et de développements.

L'indissolubilité n'est pas une sécurité juridique, ni une assurance tous risques. C'est une responsabilité à assumer pour maintenir et poursuivre ce dialogue et cette alliance d'amour. Ce n'est pas une loi difficile, c'est un programme donné. Nous ne devons pas nous cacher les difficultés ni les échecs. Mais il est nécessaire dans ce domaine comme en d'autres, de rappeler l'idéal et les moyens qui permettent vraiment d'y tendre. Il nous fait constamment apprendre et réapprendre à aimer. Et l'on ne peut pas aimer vraiment sans se nourrir à la source même de l'amour.

Il est vrai que les ambitions de Dieu sur ceux et celles qui sont "à son image et à sa ressemblance" sont éblouissantes, mais vertigineuses. Ne sommes-nous pas tous appelés à l'amour parfait, la fidélité indissoluble, le pardon sans frontières, la justice sans parenthèses, une fraternité et une solidarité qui frisent l'héroïsme ?

Malgré les faillites et les échecs, ou plutôt à cause d'eux, l'Eglise ne cesse de répéter à temps et à contretemps la doctrine de l'indissolubilité du mariage. Un principe d'autant plus logique et profondément humain que d'instinct l'amour se veut éternel et que la fidélité assure sa stabilité.

Aux hommes et aux femmes de l'ère atomique et de l'ordinateur, le Christ répète le message des origines. "Ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas !"… Et nous voici renvoyés à l'ère du potier qui façonne la glaise informe pour créer des merveilles. Aujourd'hui encore, c'est l'émouvant mythe biblique de la création qui nous révèle par l'image le mystère même de Dieu et de l'humain, créé comme à sa ressemblance… Dans ce récit naïf d'un vieux prêtre hébreu du VIe siècle avant Jésus Christ, tout est dit sur la réalité profonde de ce qu'est l'humain, homme et femme, et de ce qu'est le couple.

Hélas ! les esprits forts et désespérément superficiels s'inspireront de la "côte d'Adam" pour nourrir leurs gaudrioles. Le démon de l'antiféminisme fera même mentir les textes jusqu'à piéger des esprits éclairés, comme il le fit jadis pour Augustin et Bossuet. Le premier estimant que "l'homme seul est pleinement image de Dieu (1). Et le second n'hésitant pas à inviter les femmes de son temps "à songer après tout qu'elles viennent d'un os surnuméraire" (1).

Il faut retourner au programme du commencement avec la pureté et la simplicité d'un cœur d'enfant pour découvrir avec émerveillement ce qu'est l'amour vrai qui fonde le couple… Et travailler tous les jours avec tendresse et respect, foi et courage, pour créer chaque jour le mariage et le rendre patiemment indissoluble.

Dieu est présent au milieu du combat pour que ne soit pas ternie son image.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

(1) "La vie quotidienne des femmes au grand siècle", Claude Dulong, Ed. Hachette, pp. 15-16.

22.09.2009

Homélie du 26e dimanche ordinaire B

Homélie du 26e dimanche ordinaire B

Nb 11, 25-29 ; Jc 5, 1-6 ; Mc 9, 38-43, 45, 47-48

Pas facile ce Jean, l’un des "Douze" ! Une vraie soupe au lait ! Ce n’est certes pas sans raison que Jésus lui avait imposé, ainsi qu’à son frère Jacques, le nom de Boanergès, c’est-à-dire "fils du tonnerre" (Mc 3.17). Pas content du tout ce petit préféré de Jésus à son retour de mission. Vexé et mécontent, ne voilà-t-il pas qu’il pique une crise de jalousie ! Et pour cause ! Triés sur le volet, choisis comme disciples dûment mandatés et personnellement envoyés, ils avaient reçu "pouvoir sur les esprits impurs". Un admirable service, mais un privilège enivrant.

Ces engagés d’élite, assurés et fiers de leur monopole, ont cependant rencontré de la concurrence. Ils étaient partis accomplir des miracles au nom de Jésus, et les voici témoins de miracles accomplis sans eux au nom de Jésus par un homme sans ordination ni mandat. Un parfait inconnu. Scandale ! Le sang des vrais apôtres n’a fait qu’un tour. "Nous avons voulu l’en empêcher, explique le fils du tonnerre, car il n’est pas de ceux qui nous suivent… ". Peut-être même, dirions-nous aujourd’hui, un non-pratiquant, un exclu, un marginal, un immigré… Si ces gens-là se mettent à libérer les premiers venus de leurs fardeaux, les aider et les guérir, où sont donc nos privilèges ? N’est-ce pas le monde à l’envers ?

Même chose au temps de Moïse, Eldad et Medad n’avaient pas non plus été choisis par Moïse, comme les 70 anciens, pour partager son pouvoir… Et voici que ces deux "laissés pour compte" se mettent à prophétiser sans consécration, ni ordre, ni autorisation de Moïse. L’Esprit de Dieu est passé au-dessus de la tête de son "délégué" pour confier son message à des "hors cadres".

Moïse aurait pu lui aussi piquer une crise de jalousie, faire sentir et respecter son autorité. Mais c’est Josué, son très fidèle serviteur, qui fut jaloux à sa place en suppliant son maître de mettre fin à ces sortes de manifestations charismatiques, vues comme des menaces pour l’institution. Moïse, le grand Moïse tolérant et singulièrement ouvert, lui, avait perçu d’emblée la divine indépendance de l’Esprit qui "refuse de limiter son action à ceux et celles qu’il investit pourtant d’autorité". Loin d’être vexé, jaloux, de cette apparente rivalité et de crier à l’usurpation de son pouvoir, Moïse, au contraire, discerne et reconnaît la présence de l’Esprit et s’en réjouit jusqu’à ébaucher un rêve. Pourvu que ça continue afin que le peuple des croyants devienne tout entier un vrai peuple de prophètes !

La réaction de Jésus est de la même veine. Elle confirme et amplifie le jugement de Moïse. Pas de panique, réplique-t-il à son disciple à la susceptibilité ombrageuse. "Celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas aussitôt après mal parler de moi ; celui qui n’est pas contre nous est pour nous" D’ailleurs, la simple charité d’un verre d’eau ne restera pas sans récompense. Par contre, tout qui fait trébucher le moindre des croyants, tout qui empêche même un "petit" d’être fidèle à Dieu, celui-là n’échappera pas à la punition.

Jésus est plus grand que l’Eglise, son corps mystique. Et ceux et celles qui sont de fait avec lui, sont plus nombreux que ses disciples dûment reconnus et enregistrés. Où sont les citoyens du royaume nouveau ? Sinon partout où un véritable amour est à l’œuvre comme un écho de l’Evangile. Pour faire des miracles et chasser les esprits mauvais, il faut combattre le mal avec ardeur et patience, cesser d’exploiter les faibles, se laisser amputer de la main rapace d’Harpagon, de l’œil intolérant et jaloux, du pied qui écrase les pauvres et patauge dans "le plaisir et le luxe"… "pendant qu’on massacre les gens", comme l’écrit Jacques avec quelque virulence (2e lecture).

Le rassemblement eucharistique n’est pas non plus celui des bons et des purs, jaloux de leurs privilèges, de leurs pouvoirs à défendre bec et ongles contre ceux qui ne seraient pas de la même chapelle. Le rassemblement eucharistique du Christ est un appel à croître dans un amour et une justice aux frontières grandes ouvertes. Une invitation à éliminer ce qui constitue aux yeux de bien des gens la contradiction qui pourrait exister entre notre pratique religieuse et l’ensemble de notre vie sociale journalière.

En fait, personne n’a le monopole de l’amour authentique, ni de la prophétie, ni de la justice... Tout comme le Samaritain, dont Jésus, un jour, a fait l’éloge. Et qui, lui non plus, n’était pas des nôtres… Voilà bien matière à réflexion.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

15.09.2009

Homélie du 25e dimanche ordinaire B

Homélie du 25e dimanche ordinaire B

Sg 2, 12, 17-20 ; Jc 3, 16 - 4,3 ; Mc 9, 30-37

Il nous arrive probablement de temps en temps de rêver à la situation des premiers disciples, à leur chance extraordinaire de côtoyer chaque jour celui que l'on attendait depuis des siècles comme le libérateur et le restaurateur d'Israël. Prier ensemble à la synagogue, partager le petit déjeuner, se promener au bord du lac. Nous imaginons la richesse des conversations, l'éblouissement des découvertes, l'expérience enivrante des succès de foule. Ils sont les premiers témoins d'une révolution en marche. Ils bénéficient d'expériences spirituelles inouïes. Songez à la transfiguration de Jésus dont ils ont été les seuls témoins.

C'est d'ailleurs après cet événement que se situe le récit évangélique d'aujourd'hui. Or, cet évangile de Marc, que l'on dit être l'écho direct de la voix de Pierre et de sa catéchèse, nous apprend que la première préoccupation de ces jeunes gens, à ce moment-là, n'était pas d'ordre mystique, ni spirituel, ni pastoral, mais un "plan de carrière", oui. Ils ont été choisis par Jésus, ils ont répondu "oui" à cette surprenante vocation, et ils étaient encore tenaillés par l'ambition du pouvoir, la convoitise des privilèges et des préséances.

Ils se voyaient déjà occupant des places de ministres et de conseillers du nouveau roi. Les deux frères Jacques et Jean, plus gourmands encore que les autres, n'ont d'ailleurs pas hésité à mettre cartes sur table en s'adressant à Jésus lui-même. Directement, raconte Marc. Par l'intermédiaire de leur maman, dit Matthieu. Mais, dans les deux cas, il s'agissait d'obtenir, dans le futur gouvernement, les deux places les plus enviées. Ils sont prêts à se battre pour se partager le gâteau. Un vrai panier de crabes. Ce qui entraîne nécessairement des jalousies, envies et rivalités, comme on en voit encore des exemples aujourd'hui. Or, parmi les trois évangélistes qui racontent ces empoignades et ces prises de bec très nature, mais fort peu évangéliques, deux en sont des témoins directs et même des acteurs.

Ces apôtres reconnaissent donc très franchement qu'à cette époque ils n'avaient encore rien compris à leur rôle, ni au sens exact que Jésus voulait donner à l'autorité et au pouvoir. C'est-à-dire une autorité de service, car le Messie n'était pas venu pour être servi, mais pour servir. Un Jésus qui refuse également le calcul des mérites ou les exigences aveugles des droits acquis. Jésus a toujours dénoncé la course au pouvoir, la course aux honneurs, la course aux privilèges, l'obsession des préséances et toutes les jalousies et rivalités qui les provoquent.

Intimes de Jésus, les apôtres n'étaient pas des anges. Nous non plus. Et les premières communautés chrétiennes n'avaient rien d'idyllique, comme on l'imagine un peu légèrement. Elles ont été aussi déchirées par des conflits internes dont Jacques a dénoncé les causes et les ravages. A commencer par le mauvais usage de la langue. "Ce petit membre qui se vante de grands effets (…) et que personne ne peut dompter", alors qu'il est "plein d'un poison mortel". Avec la langue, nous bénissons le Seigneur et Père et, avec elle aussi, nous maudissons les hommes et les femmes qui sont à l'image de Dieu. C'est de la même bouche que sortent prières et méchancetés, bénédictions et malédictions. Conclusion de Jacques : "Si quelqu'un se croit religieux sans tenir sa langue en bride, sa religion est vaine" (Jc 1, 26).

La lettre de Jacques évoque aussi d'autres responsabilités, personnelles et collectives. D'où viennent les guerres, d'où viennent les conflits entre vous, sinon de l'envie et la jalousie, la volonté de puissance, un désir insatiable et lancinant de posséder richesses et pouvoir. Il arrive même chez les croyants, et c'est Jacques qui le dit, que l'envie se transforme en prière : on se sert de Dieu pour obtenir autant sinon plus et mieux que le voisin. Il décrit précisément le mécanisme de la naissance et du développement de l'enrichissement coupable. Ce qui relève de l'adoration du veau d'or. L'idole de tous les temps, le dieu dollar, à qui l'on sacrifie tous les jours des vies humaines.

Or, dans l'esprit de la Bible, s'enrichir en "dépouillant les démunis, les faibles, les désarmés, est considéré comme une insulte faite à Dieu lui-même". Les conflits collectifs s'enracinent toujours dans la convoitise des individus. Il faut donc commencer à faire le ménage chez soi. D'autant plus que nous sommes tous plus ou moins sollicités par des tentations dont les racines sont en nous.

Ces enseignements ont été traduits dans l'Evangile en paraboles et gestes, en images. Aujourd'hui, en photos, ils auraient fait la Une de tous les journaux. On a vu Sr Teresa embrassant un handicapé, la princesse Diana prenant un petit sidéen dans ses bras, le pape soulevant un enfant malade ou embrassant un jeune blessé. Tout comme on a pu voir jadis Hitler et Staline se faire photographier avec un enfant dans les bras. Mais la même scène touchante n'a pas nécessairement le même sens ni le même témoignage à donner.

Au temps de Jésus, les enfants ne comptaient pour rien. Ils étaient les premiers parmi les dédaignés. Ils ne font l'objet d'aucune considération, mais bien de mépris. Dans la tradition biblique, ils sont un symbole de faiblesse plutôt que d'innocence. Ils représentaient donc tous ceux et celles qui ne comptent pas dans la société, qui n'ont ni pouvoir, ni argent, ni parole.

L'enfant que Jésus accueille n'est pas notre "enfant roi", mais le représentant des pauvres, des gosses des rues, des marginaux, des exclus, des plus vulnérables. Et Jésus nous dit que les personnes, les familles, les groupes, les communautés qui accueillent et se mettent au service des plus fragiles, des plus éprouvés de ce monde, accueillent non seulement le Christ, mais Dieu qui l'a envoyé. La vraie grandeur est celle du serviteur. Chercher à servir et non à être servi.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

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