07.04.2009
Homélie du jour de Pâques B
Homélie du jour de Pâques, B
Ac 10, 34a. 37-43 ; Col 3, 1-4 ou 1 Co 5, 6b-8 ; Jn 20, 1-9 ou Mc 16, 1-8
Rêve déçu, intensément tristes, découragées, trois femmes de la première compagnie de Jésus (pas celle des jésuites, mais des premiers disciples) se rendaient au cimetière avec des fleurs et du parfum. Mais le récit de Marc n’est pas un reportage pris sur le vif. Il n’y a pas eu de scène filmée ni de micro tendu. Ces pages de catéchèse sont déjà un écho de l’expérience spirituelle d’une communauté de croyants, où se mêlent les souvenirs, les faits et les symboles. Par contre, la peur, elle, est bien là. Le choc de l’émotion religieuse, la stupeur de ceux et celles qui s’approchent de Dieu et qui découvrent tout d’un coup à l’endroit la surprenante réalité que l’on voit d’habitude à l’envers. C’est-à-dire le monde des réalités spirituelles.
Le Christ de chair et d’os n’est plus là. Mais bien le Christ de la foi. C’est le message du Christ, et le Christ messager qui est au centre du récit : Le Nazaréen, Dieu l’a ressuscité. La mort est donc renversée, elle a changé de sens. Le crucifié mort est vivant.
Voilà une affirmation tranchante, sans preuves, sans explications. Une vérité exorbitante, présentée comme un fait accompli. Mais où est-il ? Ni là, ni ici, mais ailleurs. Dans un univers nouveau qu’elles devront découvrir. Une présence et un message qui les envoient en mission. Elles reçoivent un ordre de marche : Allez dire aux disciples, allez dire à Pierre... Mais elles s’enfuirent bouleversées, toutes tremblantes et en claquant des dents. Il est vrai qu’il y avait de quoi. Révélations et manifestations divines ont toujours provoqué l’effroi, la crainte et le tremblement. Mais, souligne Marc, elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur. C’est ici que se termine son évangile.
Les spécialistes sont d’accord pour affirmer que la suite, l’épilogue, n’est pas de la plume de l’évangéliste, mais un "appendice" ajouté après coup pour offrir une finale heureuse. Car, en fait, elles ont finalement transmis leur message, comme on le voit chez Matthieu, Luc et Jean. Heureusement. Sinon, les disciples n’auraient rien su de l'événement et nous non plus. Mais il ne suffira pas de le dire et le redire avec des mots, il faudra en témoigner. Autrement dit, le mettre au monde dans la communauté des croyants, accoucher de son corps mystique. Elles vont donner corps à la Parole, enfanter des humains à la vie nouvelle, par la foi au Ressuscité.
Peut-on se fier à des femmes, se disaient les disciples ? Ainsi, des femmes, à qui la Loi juive déniait la capacité juridique de témoigner, vont témoigner de la résurrection du Christ et les sortir de leurs préoccupations terre-à-terre dont ils étaient prisonniers. C’est elles qui vont les ramener à tout ce que Jésus leur avait promis et confié, mais qui fut balayé par le désarroi et les abandons à l’heure de la Passion.
De fait, elles ont parlé aux Onze et à tous les autres, précise Luc. Résultat ? Elles furent mal reçues. Ils n’ont pas cru un mot de ce qu’elles racontaient et ont pris leurs paroles pour du délire... Des radotages de bonnes femmes !
Mais quand des hommes viendront faire part de leur rencontre et de leur expérience du Ressuscité, ils ne seront pas mieux reçus. Ce qui veut dire que l’incrédulité est plus spontanée que la foi. Ce n’est d’ailleurs que lentement et péniblement que la foi au Ressuscité s’est imposée aux apôtres comme venant de Dieu... Ce n’est pas plus facile pour nous ni plus rapide.
Quant à la preuve, car on réclame toujours des preuves, ce ne sera pas un tombeau vide, ni un saint suaire, ni un rapport de police, mais la transformation surprenante et profonde d’une poignée de poltrons en croyants audacieux. Un miracle ! "Les événements de la Pâque de l’an 30, écrit un exégète, ont transformé des femmes craintives en messagères et des lâches ou traîtres en témoins confessants".
C’est d’ailleurs ce que l’on attend aujourd’hui de notre foi. Il nous faut mettre au tombeau notre esprit du monde et notre incrédulité, pour mener une vie nouvelle, une vie de ressuscité. Faire mourir ce qu’on appelle le vieil homme et laisser vivre un être nouveau, renouvelé.
Il n’empêche que nous rêvons facilement, jusqu’à en être avides, de signes venus du ciel, de preuves palpables, tangibles, visibles, indiscutables. Des témoignages irrésistibles, un raisonnement parfait, qui puissent nous rendre la foi plus facile ou plus claire. Voyez la course aux révélations, aux secrets, aux apparitions... Or, nous n’aurons pas de preuves en dehors de la foi. Par contre, la foi transforme les relations entre les êtres et les rapports entre les choses. C’est là que l’on attend aujourd’hui des témoins et des acteurs, heureux et fiers d’être des disciples du Ressuscité. On doit pouvoir les reconnaître à leur tête, des têtes de sauvés. Non pas simplement à leurs chants, ou à la saveur de leurs alleluias, mais à leur manière de vivre, de se comporter, de parler, de pardonner, d’être solidaires et de partager. D'authentiques artisans de paix. Des témoins crédibles.
P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
17:03 Publié dans Pâques | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : pâque, résurrection, vie, mort, cimetière, femme, foi, témoin, ressuscité
30.04.2008
homélie du 7e dimanche de Pâques A
Homélie du 7e dimanche de Pâques A
Ac 1, 12-14 ; 1 P 4, 13-16 ; Jn 17, 1-11
La gloire s'invite à de nombreux rendez-vous et dans bien des domaines. "La 61e édition du Festival de Cannes s'annonce prometteuse", titrait la LLB le 24 avril, en précisant que nos compatriotes Jean Pierre et Luc Dardenne faisaient partie des "grands noms de cette cuvée". Par contre, le rêve d'une gloire olympique s'est finalement brisé pour l'équipe féminine belge de hockey… La gloire est un mot d'actualité, un mot toujours moderne. La gloire, c'est le couronnement de la célébrité. On peut rêver de gloire et croire qu'elle offre le bonheur. On voit des artistes, des sportifs, des hommes et des femmes de science, des politiques… qui atteignent même le sommet de la gloire. Une gloire acquise, méritée, pour avoir réalisé des actions hors du commun et qu'un large public juge remarquable. La gloire rayonne, elle est prestige, elle suscite l'admiration, le respect, la reconnaissance.
Il nous arrive aussi, comme beaucoup d'autres, de chanter "Gloire à Dieu au plus haut des cieux…". Mais, pas nécessairement avec enthousiasme et emportés par un élan de foi.
Dans la lecture de Pierre et la prière de Jésus à son Père, il est beaucoup question de "gloire". Une gloire qui nous concerne, puisque nous pouvons bénéficier de la gloire de Dieu, et même y participer. Quand la Bible parle de la gloire de Dieu, elle évoque à la fois sa richesse d'être, l'éclat de son rayonnement, la qualité de son influence, les merveilles qu'il accomplit. Ces richesses et ce rayonnement, Dieu les contemple en quelque sorte dans le miroir de son Fils qui, à son tour, les présente et les fait connaître aux humains.
Le Christ, Parole de Dieu, révèle la richesse et les œuvres de Dieu. Sa gloire. Et les croyants, à leur tour, deviennent miroirs et réflecteurs du rayonnement de la divinité et lui rendent gloire, non pas seulement en applaudissant, mais en le faisant connaître et apprécier, en rayonnant la vérité, la beauté, la bonté, le bonheur et la joie. Les témoins constituent la meilleure publicité de Dieu et le plus sûr rayonnement de sa gloire.
Si vous lisez la prière de Jésus, si vous le laissez prier en vous, vous découvrirez un modèle, où la contemplation n'est pas séparée de l'action, ni l'engagement indépendant de la louange. La suite de la prière le précise davantage.
C'est ce qu'ont voulu exprimer certains artistes par leurs sculptures et mosaïques qui ornent tympans et voûtes de cathédrales (1).
La célébration de l'eucharistie, elle aussi, est un condensé de l'Evangile. Par la Parole, Dieu y révèle tout son poids. Elle présente et célèbre les signes d'un amour qui a triomphé de la mort. Elle invite à prier Dieu, par la prière et la louange du Fils. Elle envoie aussi dans le monde tous les célébrants que nous sommes, pour y révéler la gloire de Dieu, en témoigner par notre vie et les bons et beaux fruits que nous pouvons porter.
Et quand, pour conclure la prière eucharistique, le prêtre dit ou chante : "Par lui, avec lui et en lui… tout honneur et toute gloire, pour les siècles des siècles", l'Amen de l'assemblée ne fait pas souvent vibrer les vitres. Et cependant, il signifie notre "oui" à vivre accordés, en communion avec les sentiments du Christ qui vient de nous parler.
Louez le Seigneur par tout vous-même, disait S. Augustin. C'est-à-dire que votre langue et votre voix ne soient pas seules à louer Dieu. Louez-le aussi par votre conscience, par votre vie, par vos actions.
Evidemment, nous le louons quand nous sommes rassemblés dans l'église. Mais, lorsque chacun s'en retourne chez soi, il semble cesser de louer Dieu. Or, s'il ne cesse pas de bien vivre, il loue Dieu continuellement.
Ta louange ne cesse que lorsque tu te détournes de la justice et de ce qui plaît à Dieu. Si tu ne te détournes jamais d'une vie droite, ta bouche est peut-être muette, mais ta vie est une acclamation de Dieu, et Dieu prête l'oreille au chant de ton cœur.
Comme nos oreilles entendent nos voix, c'est ainsi que Dieu entend nos pensées.
P. Fabien Deleclos, franciscain
(1) "Portique de la gloire" (cathédrale Saint Jacques de Compostelle), "Christ en gloire" (Mosaïque de la cathédrale Monreale de Palerme)… Chartres…
12:35 Publié dans Pâques | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : gloire, rayonnement, témoin, miroir, louange
27.04.2008
homélie du 6e dimanche de Pâques A
Homélie du 6e dimanche de Pâques, A
Ac 8, 5-8, 14-17 ; 1 P 3, 15-18 ; Jn 14, 15-21
Dans le long discours de Jésus après la Cène, comme on le voit encore dans l'évangile de ce jour, il est beaucoup question de "monde". Aujourd'hui, ce mot est parfois utilisé à tort et à travers. Ce qui se comprend, car le même terme peut exprimer des réalités différentes, voire même contradictoires. De même, les mots de l'Evangile disent souvent autre chose que les définitions de notre langage courant. Il faut alors être attentif au contexte qui seul permet de faire le bon choix du sens. Or, que dit l'Evangile ? Jésus vient dans le monde et il est haï par le monde… Les apôtres sont envoyés dans le monde et le monde les prend en haine, parce que tout en étant du monde, ils ne sont pas du monde… Et cependant, ils sont tellement du monde et leur mission est tellement liée au monde que Jésus ne veut surtout pas les retirer du monde… C'est beaucoup de "monde" !
Pour S. Jean, ce monde auréolé de mal représente ceux qui se refusent à croire en Jésus et qui s'opposent au message de son Evangile. Il ne s'agit donc pas du monde de la création, ni de l'ensemble de l'humanité ou de ce que l'on peut appeler "le monde des humains". Ce n'est pas la société séculière ou profane qui serait mauvaise, par rapport au monde religieux qui serait bon. Il s'agit finalement d'un esprit, d'une mentalité qui n'est pas liée à un lieu, mais que chacun peut avoir et garder en soi. L'humanité en général, et chacun de nous en particulier, a son côté ombre et son côté lumière. Un ermite peut avoir l'esprit du monde en plein désert et l'on peut avoir l'esprit du Christ et en vivre très concrètement au cœur du monde.
La manière dont on perçoit et dont on comprend le monde est extrêmement importante, car le comportement du croyant et sa spiritualité en dépendent beaucoup.
Si l'on fait une lecture fondamentaliste de la Bible, c'est-à-dire si l'on prend tout à la lettre, sans tenir compte du contexte et de l'ensemble de la révélation, certains textes peuvent conduire à jeter sur le monde, en tant qu'humanité, un regard pessimiste et méfiant.
Alors, toute la création matérielle, toutes les réalités charnelles, toutes les conquêtes de la sciences et les fruits de la raison, sont jugés, si pas tous mauvais, au moins toujours suspects et dangereux. Alors, ce monde fait peur, il apparaît comme une menace pour la foi.
D'où, certaines spiritualités de fuite du monde, qui ont fait dire à certaines époques qu'il n'y avait pas de véritable sainteté possible pour des laïcs, empêtrés dans la vie du siècle. De telles spiritualités engendrent aisément des esprits sectaires, qui s'enferment volontiers dans des ghettos, qui cultivent une orthodoxie pure et dure, à l'abri d'un monde que l'on couvre d'imprécations en attendant qu'il disparaisse. C'est ce qu'on retrouve dans la plupart des sectes et certaines communautés intégristes.
A l'opposé, si l'on tient compte de l'ensemble de l'enseignement évangélique et de la vie de Jésus, cela donne une spiritualité non plus de fuite, mais d'incarnation dans le monde concret tel qu'il est et tel qu'il vit dans l'aujourd'hui de chaque époque.
Autrement dit, le monde s'inscrit toujours à l'intérieur d'un projet divin et inspire la spiritualité qu'il convient de pratiquer quotidiennement. C'est le levain que l'on mélange résolument à la pâte, au lieu de le garder au frigo, à l'abri.
C'est pourquoi, il y a eu très souvent dans le passé et encore aujourd'hui, des relations difficiles, tendues et parfois agressives, entre foi et monde, foi et raison, foi et sciences, foi et modernité. Comme si la foi pouvait être gênée, mise en péril ou contredite par la raison, la science et le progrès, qui sont aussi des dons de Dieu.
Grâce à Dieu, nous n'en sommes plus là aujourd'hui. Au moins dans son enseignement, l'Eglise ne boude pas la modernité au nom de la foi. Elle veut, au contraire, se rendre présente et attentive aux requêtes de ce monde vers lequel elle est envoyée, et c'est là qu'elle rejoint les questions fondamentales de l'être humain (1). Mais demeure toujours, pour l'Eglise comme pour chacun de nous, la tentation de la peur des changements, des nouveautés, et du repli frileux sur le passé.
Et pourquoi, finalement, les apôtres et après eux les chrétiens, sont-ils mis à part ? Pourquoi sont-ils haïs du monde ? Qu'est-ce qui les distingue de ce monde ? La fidélité à ses commandements. Un terme dur, qui évoque d'abord l'ordre et la discipline, l'injonction et la contrainte. Ne s'agit-il pas d'un frein aux élans créateurs, voire même une atteinte à la liberté ? Nous voici confrontés au monde des prescriptions et des règles, des lois et des préceptes ? Une chape de plomb.
Même si Jésus parle de SES commandements, nous verrons défiler sur nos petits écrans intérieurs le décalogue gravé par Moïse dans la pierre. En oubliant qu'avant d'être pétrifiées dans une lettre, ils sont d'abord des paroles d'Alliance, et donc des paroles d'Amour, qui révèlent un esprit, s'incarnent et se prouvent par un comportement. C'est pourquoi la Loi, enfermée dans la prison de sa lettre a la raideur des certitudes et le masque bariolé de vérités uniformément définitives. L'esprit, au contraire, est un souffle qui bouscule, transforme et inspire. Il pousse plus en avant et vers le haut. Il transforme même les cœurs de pierre en cœurs de chair, et la peur paralysante en dynamique confiance.
P. Fabien Deleclos, franciscain
Le Centre AVEC, créé "pour concrétiser les orientations prioritaires de la Compagnie de Jésus", édite la revue trimestrielle "Evangile et Justice", qui a récemment consacré deux numéros - 82 et 83 - à la "Mondialisation, quels droits pour les peuples ?". Ce périodique est devenu en janvier 2008 : "En question", avec un dossier sur "Notre modèle économique et social : Remises en cause et perspectives", n° 84. (Centre AVEC, rue Maurice Liétart, 31/4, B - 1150 Bruxelles. Tél. 02/738 08 28, @ : secretariat@centravec.be, www.centravec.be)
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20.04.2008
homélie du 5e dimanche de Pâques A
Homélie 5e dimanche de Pâques, A
Ac 6, 1-7 ; 1 P 2, 4-9 ; Jn 14, 1-12
Si vous cherchez dans l'annuaire officiel des téléphones, celui des CCP ou des ASBL, un groupe dénommé "Les adeptes de la voie", vous ne le trouverez pas. Même sur Internet, je n'ai trouvé que l'Adepte de la Voie du Saphir et la Voie du Phénix… Il est vrai qu'il peut exister sous une autre étiquette. On peut d'ailleurs faire partie des adeptes de la Voie sans le savoir.
Après la mort de Jésus, ses nouveaux disciples se sont appelés précisément les adeptes de la Voie, tout simplement parce qu'il s'était présenté lui-même comme étant la Voie, le Chemin... Il n'est pas seulement un nouveau guide, ni même une nouvelle manière de marcher, mais la route elle-même. En somme, Jésus prend la place occupée dans la Bible par la Loi. Celle des Dix Paroles de vérité et de vie, taillées dans la pierre. Les dix commandements. Avec Jésus, cette Parole de Dieu devient quelqu'un, la Parole incarnée. Une parole qui ne change pas, qui doit être proclamée pour être traduite et pratiquée dans une vie quotidienne qui, elle, ne cesse d'évoluer et de changer.
La première lecture nous apprend ainsi que les apôtres sont bien au service de la Parole. Ils ne peuvent pas la délaisser. Cependant, ils cumulent toutes les responsabilités et tous les services de la communauté, y compris les activités sociales. Mais la communauté va grandir, la situation se complique et les problèmes se multiplient. Il faudra donc en même temps agir en conformité avec l'esprit de l'Evangile et s'adapter à une situation tout à fait nouvelle. Autrement dit, il faut régulièrement réformer et innover pour rester fidèle.
Ce qui compte, c'est l'objectif à atteindre, quitte à modifier les méthodes et les moyens en fonction des problèmes et des époques. C'est pourquoi, par exemple, le Concile a rappelé que "l'Esprit Saint pousse l'Eglise à se renouveler, à se rajeunir, à se mettre à jour. C'est lui qui inspire les innovations indispensables pour qu'elle assure fidèlement ses priorités et ses missions".
La lettre de Pierre, elle aussi, a inspiré le Concile pour rendre à l'Eglise son véritable nom de "peuple de Dieu", et même "peuple de prêtres". Quant aux baptisés, ils sont des "pierres spirituelles", parce que taillées, façonnées par la Parole du Seigneur. Jadis, le Temple, bâti avec des pierres, permettait aux croyants de se rassembler pour entrer en communion avec Dieu par le culte et l'offrande des sacrifices d'animaux ou de produits de la terre. Maintenant, c'est l'espace de l'humanité tout entier qui est le vrai Temple. La pierre de fondation, c'est le Christ, dira S. Matthieu. La pierre sur laquelle chacun doit bâtir sa vie par la foi. Voilà pourquoi les chrétiens sont des pierres vivantes, intégrées à la construction du temple spirituel qui est l'Eglise.
Désormais cependant, il ne suffit plus d'accomplir des rites extérieurs, d'offrir des sacrifices d'animaux. Les vrais sacrifices sont spirituels. Ils s'expriment en offrande d'amour, en service des frères et sœurs en humanité. "J'étais un étranger, et vous m'avez recueilli. Nu et vous m'avez vêtu. Affamé et vous m'avez nourri" (Mt 25, 35). Voilà le vrai culte en esprit et en vérité… Et Dieu sait si les nus et les affamés sont légion, sans être étrangers pour autant.
Ainsi, le Chemin n'est pas simplement une religion, une mise en forme de textes de lois et de règlements, puisque Jésus nous dit que la loi c'est lui. Nous ne pouvons pas non plus posséder la vérité tout entière. Elle n'a pas de propriétaire, puisque Jésus nous dit qu'il est lui-même la vérité. La vérité n'est donc pas un système abstrait, ni un objet de connaissance qu'il suffit d'étudier, de retenir et de conserver. Elle n'est pas un ensemble de vérités à croire, ni une panoplie de dogmes. C'est essentiellement quelqu'un, qui est toujours à chercher, à découvrir, à rencontrer, à mieux connaître, à faire connaître. Plus fort encore, connaître Jésus, c'est déjà connaître le Père. C'est même déjà le voir, car les œuvres de Jésus sont les siennes. Et nous pouvons le voir aussi et le reconnaître à l'œuvre dans tous ceux et celles qui luttent contre les forces de mort, de haine et d'injustice, dans tous ceux et celles qui se font fraternellement proches de tous les blessés et les abîmés de notre société. C'est dans ces œuvres là qu'il est toujours vivant et agissant, reconnaissable.
Il ne suffit donc pas de chanter "bonne nouvelle pour les pauvres", ni de rompre le pain eucharistique. C'est à nous tous et à chacun d'entre nous d'être concrètement une Bonne Nouvelle pour les pauvres et les opprimés, en partageant "notre pain" avec eux.
Pour vivre nous-mêmes la résurrection, la proclamer et en témoigner, il s'agit donc de "faire mourir en soi tout égoïsme, tout désir de possession, toute envie de domination, toute violence". Et, dans le même mouvement "faire naître et vivre en soi le pardon, le partage, l'amour donné, l'espérance, la joie et la vie". Voilà le portrait robot d'un être nouveau, c'est-à-dire d'un(e) ressuscité(e).
P. Fabien Deleclos, franciscain
12:45 Publié dans Pâques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : adepte, Voie, Chemin, Vérité, Vie, ressuscité, bonne nouvelle
13.04.2008
Homélie du 4e dimanche de Pâques A
Homélie 4e dimanche de Pâques A
Ac 2, 14a. 36-41 ; 1 P 2, 20b-25 ; Jn 10, 1-10
Depuis bien des années déjà, des enquêtes et analyses sur la situation de l'Eglise catholique romaine évoquent, chiffres à l'appui, la raréfaction croissante de "la pratique religieuse", la crise des croyances traditionnelles, le pullulement des sectes et la baisse des vocations sacerdotales. Il peut certes y avoir des exceptions, mais c’est bien un constat contemporain. Et bien, pas du tout. Ce mouvement date de la fin du 18e siècle. Par contre, savez-vous qu'au 12e siècle, un certain Pierre le Chantre (1) affirmait qu’ "il faudrait moins d’églises, moins d’autels, moins de prêtres, et qu’ils soient plus sévèrement choisis." Quatre siècles plus tard, le service de la cathédrale de Strasbourg dispose en 1521, en plus d'un doyen, de nombreux vicaires et 120 prêtres altaristes (2), à peine formés (ils ne peuvent ni prêcher ni confesser), dont la seule activité consistait à réciter l'office et à "dire des messes" pour les défunts tout au long de la journée.
Il y a une bonne quarantaine d’années, face à la baisse des vocations sacerdotales, on instaure une journée mondiale de prière pour les vocations, sous-entendues sacerdotales… mais aussi religieuses. C'est le 4e dimanche après Pâques qui est choisi, puisqu’on y proclame l’évangile du Bon Pasteur, le vrai Berger. Celui qui se présente d’abord comme étant la porte de la bergerie, la porte des brebis.
Peu de temps après, le Concile allait redéfinir l’Eglise, non pas à partir d’une hiérarchie de prêtres, mais à partir du rassemblement des baptisés. On redécouvrait ainsi toutes les dimensions de la vocation chrétienne de base, qui est la source des autres vocations particulières… Etre chrétien, c’est répondre à l’appel du Christ. Une invitation à l’écouter, à le suivre, à se mettre à son service, à travailler dans son champ. Jésus n’a jamais dit qu’il envoyait des prêtres, mais bien des ouvriers, des disciples, hommes et femmes. Nous ne devons donc pas prier uniquement pour avoir des prêtres.
Ainsi, dans l'hebdomadaire "La Vie" du 3 avril 2008, un couple, qui assure l'aumônerie d'un hôpital, fait remarquer que "les jeunes retraités chrétiens pourraient être pour l'Eglise un vivier de vocations, si elle savait davantage les appeler à un ministère". Evoquant la "crise des vocations", il fait remarquer "qu'il s'agit plutôt d'une crise d'ordination". Leur souhait est dès lors que "l'Eglise appelle des hommes et des femmes, leur assure une formation et leur confie des missions".
En effet, pour que Jésus soit annoncé et connu, il faut que ceux et celles qui croient en lui accomplissent les œuvres qu’il a lui-même réalisées. Il importe donc qu’une Bonne Nouvelle soit annoncée aux pauvres, que les opprimés puissent être délivrés et que nous participions à la construction et au développement d’un royaume de justice et de paix.
Il est donc nécessaire que le corps du Christ, que nous formons en Eglise, s’organise et répartisse les responsabilités. C’est ainsi que le Concile a remis en honneur les engagements et les ministères laïcs. Non pas pour boucher des trous en attendant de nouveaux prêtres, mais pour exercer un certain nombre de responsabilités qui, au cours des siècles, leur ont été progressivement retirées pour devenir le monopole des clercs. Le Concile a donc voulu assurer une plus juste répartition des services, des ministères, et donc des responsabilités.
Mais la diminution croissante du nombre de prêtres et la multiplication des ministères laïcs ont posé des questions nouvelles que le Concile n’avait pas prévues. Par exemple, l’émancipation féminine. C’est ainsi que depuis une trentaine d’années, un certain nombre de d’évêques ont régulièrement demandé à Rome un examen de la question des femmes exerçant de fait un service diaconal, mais sans être ordonnées. La réponse a toujours été " non ".
Pourquoi cette peur ? Pour les plus réticents, le diaconat féminin est considéré comme un Cheval de Troie. Une fois dans la place… elles réclameront l’ordination sacerdotale. Ce qui est arrivé dans l’Eglise anglicane qui, maintenant, ordonne même des femmes évêques. Chez nous, catholiques romains, la question des diaconesses reste cependant ouverte. Il y a 7-8 ans, le cardinal Danneels disait à la radio, "Je ne vois pas d’objection à ce que des femmes soient diacres". Il existe d’ailleurs déjà un diaconat masculin, permanent, qui, lui, ne conduit pas au ministère presbytéral comme jadis.
De toute manière, l’Esprit n’abandonne pas son Eglise. Il n’est jamais, pourrait-on dire, à court d’idée pour relever de nouveaux défis, et, d’une manière inédite. Ce qui peut troubler ou heurter des habitudes. Or, la raréfaction des vocations sacerdotales traditionnelles peut avoir un impact positif. Une occasion providentielle pour stimuler l’esprit d’initiative et l’imagination. On constate, en effet, que des communautés chrétiennes inventent des pratiques nouvelles pour faire face à une situation inédite. De fait, de plus en plus de tâches pastorales sont assumées par des laïcs, dont de nombreuses femmes. Ce qui, loin de faire baisser le nombre de candidats au sacerdoce, en suscitent. "Sans ce laïcat, disait un évêque congolais, il n’y aurait pas chez nous autant de vocations sacerdotales. Le clergé a été promu par le laïcat. Prêtres, religieux et religieuses sont généralement issus de familles actives dans les paroisses".
Mais que devons-nous faire, disaient à la première pentecôte les futurs baptisés ? Soyez témoins de l’amour de Dieu et d’une manière ou d’une autre : donnez votre vie au nom de l’Evangile. Le baptême est un appel, une vocation. Un appel qui est répété et parfois précisé à tous les âges de la vie. Le Christ ne cesse pas de nous appeler. Encore faut-il l’écouter et oser s'engager.
P. Fabien Deleclos, franciscain
- "Missarum Sollemnia", J.A. Jungmann, T. 1, Ed. Montaigne, Paris 1950, p 171.
2. Id. p 170, note 20.
12:35 Publié dans Pâques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : vocation, Pasteur, Berger, prêtre, disciple, appel, témoin
06.04.2008
3e dimanche de Pâques A
Homélie 3e dimanche de Pâques A
Ac 2, 14, 22b-33 ; 1 P 1, 17-21 ; Lc 24, 13-35
Pouvez-vous imaginer des disciples qui marchent et parlent avec leur maître pendant plusieurs heures et sans le reconnaître ? La question peut être posée. Mais nous ne disposons pas de DVD sur l’événement. De toute manière, la réponse n’a aucune importance, parce que le récit de Luc n’appartient pas à la catégorie de l’histoire, ni à celle du reportage, ni à celle du roman. Par contre, il est conditionné par des préoccupations théologiques, catéchétiques et liturgiques. Ce que Luc veut nous expliquer, c’est le chemin qu’il faut parcourir pour accéder à la foi. Ce qui nous vaut une catéchèse sur le sens profond et la dynamique de la célébration eucharistique.
Voyez ces deux disciples pèlerins. Ils disposent d’un certain nombre de certitudes : Jésus est bien mort. Il a même été enseveli. Ils ont appris que des femmes avaient trouvé son tombeau vide. Ce que, d’après leurs dires, les apôtres ont contrôlé et confirmé, en ajoutant : Mais lui, ils ne l’ont pas vu. Et tout ce dont ils avaient rêvé est anéanti. Il y a de quoi être découragé et même déprimé.
Or, nous-mêmes, bien que nous proclamions chaque dimanche : "Le troisième jour, il est ressuscité des morts et monté aux cieux", il nous arrive d’être tristes ou découragés en avalant les kilomètres de notre pèlerinage terrestre. D’ailleurs, les motifs de déceptions ne manquent pas. Du côté de Dieu ou du Christ, c’est le silence. Côté du Royaume de justice et de paix, ce n’est guère brillant. Ce Royaume de Dieu dès ici-bas, annoncé, promis, inauguré, n’en finit pas d’être enseveli sous un torrent d’orgueil, d’injustices, d’intolérances et de violence. Les justes sont persécutés, les artisans de paix assassinés. Les faibles et les pauvres exploités. Et, tous les jours, des innocents paient pour les coupables. L’orage et la tempête font aussi des dégâts dans nos cœurs et nos consciences. Mais, nous apprend Luc, nous sommes souvent aveuglés. Nous ne reconnaissons pas le Christ à nos côtés. Nous ne reconnaissons pas l’Esprit à l’œuvre. Nos cœurs sont lents à croire. Nous ne comprenons pas, ou nous comprenons mal. Alors, que faire ? pour que nos yeux s’ouvrent sur " tout ce qui concerne Jésus ".
Et bien, explique l'évangéliste, il faut creuser les textes saints au-delà de la croûte des mots, pour atteindre la substance du message avec les yeux du cœur. Il nous faut brouter et ruminer les Ecritures. Ou, si vous voulez, creuser et labourer le champ biblique, pour y découvrir le trésor caché. Ou, peut-être, imiter les petits oiseaux qui picorent le grain sans se décourager. (D’ailleurs, l’Ecriture, la Parole, se mange plus qu’elle ne se lit).
La première conséquence de cette marche côte à côte, en découvrant les Ecritures, c’est que le Cœur commence à brûler. Et l’on a vraiment envie de poursuivre avec lui le chemin, et même de rester avec lui, invité à sa table ou à la nôtre. C’est alors que les écailles commencent à tomber, que les yeux s’ouvrent, et que l’on découvre dans le partage du pain, dans la communion des cœurs et des esprits, une manifestation du Ressuscité. A ce moment-là, on ne doit plus le voir, il disparaît. C’est une présence dans l’absence, puisque Luc nous dit : Dès qu’ils le reconnurent, il n’était plus là. Evidemment, puisque c’est le signe qui témoigne de la présence. Et c’est aux yeux de la foi qu’il nous apparaît.
Résultat final : Les deux compagnons se lèvent, se tapent au moins deux heures de marche, pour aller annoncer, partager, puis incarner la Bonne Nouvelle.
Jérusalem-Emmaüs et retour, c’est la rencontre et le rassemblement eucharistique dominical. Le Christ nous rejoint dans l’assemblée, peut-être fatigués, amorphes, découragés, affaiblis par le doute. Alors, il nous renvoie aux Ecritures. Il nous les explique, pour éclairer et augmenter notre foi, ranimer notre espérance, stimuler la dynamique évangélique. Il nous invite aussi à rendre grâce, à changer de regard, à le reconnaître dans le signe éloquent du partage du pain. Un partage que nous sommes invités à prolonger et à incarner dans celui des biens de la terre, dans les gestes de miséricorde et de pardon, d’amour véritable et de paix authentique. C’est pourquoi, il nous envoie en mission de témoignage, non seulement pour raconter ce qui se passe sur notre route, mais comment on peut reconnaître la présence du Ressuscité, pas seulement dans la fraction du pain, mais dans tous les autres partages avec ceux et celles qui ont faim de justice et de respect, de compréhension et de pardon.
Vivez ensemble fraternellement, nous dit-il. Vivez en solidarité. Et moi, au milieu de vous, je suis, et je resterai. C’est ainsi que tout partage devient signe de sa présence. Toute victoire de l’amour, de la solidarité, de la paix, et de la vie sur la violence et sur la mort, nous entraîne dans un processus de résurrection. C’est comme un accouchement continu, qui nous fait entrer chaque fois et de plus en plus dans une vie nouvelle.
Pour garder le message d'Emmaüs en mémoire, je vous confie un souvenir de voyage… Dans la chapelle catholique de l'Université d'Evanston (près de Chicago), l'autel est entouré de deux tabernacles identiques, sans portes. L'un pour la Parole, l'autre pour le Pain. Le Livre et le Pain, rassemblés. La Parole se fait chair, se fait Vie.
P. Fabien Deleclos, franciscain
23:00 Publié dans Pâques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Emmaüs, ressuscité, fraction du pain, Parole, tabernacle
30.03.2008
homélie du 2e dimanche de Pâques, A
Homélie du 2e dimanche de Pâques, A
Ac 2, 42-47 ; 1 P 1, 3-9 ; Jn 20, 19-31
Le Christ est ressuscité ! Heureuse mais bouleversante nouvelle. Et après ? C'est le temps du "croire sans voir", celui des "envoyés", messagers et porteurs de vie, de pardon et de paix. Des libérateurs. Temps aussi des fondateurs de communautés, qui seront chacune et ensemble l'Eglise, Corps du Christ, signes fragiles mais déjà perceptibles d'un monde nouveau, inauguré, mais encore à faire. A venir et cependant déjà présent.
Sur le terrain, la Bonne Nouvelle de Jésus Christ vainqueur de la mort et le souffle de l'Esprit ne provoquent pas pour autant des raz-de-marée. La poignée de re-nés, envoyés en mission, se heurtent d'emblée à un monde où se mêlent l'hostilité, la moquerie, l'indifférence ou l'opposition. Pour surmonter les obstacles et assurer la percée de l'Evangile, la Parole devra être confirmée par des actes et des signes, "afin que le monde croie". Une nécessité fondamentale et "incontournable", d'autant plus que la pierre d'angle sur laquelle tout repose est précisément celle "qu'ont rejetée les bâtisseurs" (Ps 117). Il faudra donc des garanties en béton.
Certes, la foi déplace les montagnes et rien ne résiste à l'Esprit. Mais il est tout aussi vrai que le disciple n'est pas au-dessus du Maître. "Ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront". De même, si "l'esprit est prompt, la chair est faible". Cependant, dans la logique de l'incarnation, utopie et réalisation sont faits pour s'entendre et vivre en harmonie. Le royaume définitif se bâtit dans le provisoire. Et le chemin de la sainteté n'est autre que celui de notre pèlerinage ordinaire qu'il nous faut parcourir les deux pieds sur la terre et les yeux fixés sur Jésus Christ, "lui que vous aimez sans l'avoir vu, en qui vous croyez sans le voir encore" (2e lecture).
Le livre des Actes des Apôtres nous révèle sans le moindre complexe et en toute humilité les grandeurs et les servitudes de l'incarnation. La séduisante noblesse de l'idéal, les décevantes imperfections et même les perversions de la pratique.
Aujourd'hui, saint Luc "nous donne d'entrevoir la nouvelle humanité à laquelle tous les humains de bonne volonté sont appelés". L'Eglise en est l'archétype, le modèle. L'édifice repose sur quatre piliers ou quatre fidélités : l'enseignement des apôtres, la communion fraternelle, la fraction du pain, la participation aux prières. Une fraternité, précise saint Luc, qui incite au partage des biens matériels, pour subvenir aux besoins de tous. Dans le concret de l'existence, ce n'est pas là une mince affaire. Nous en sommes témoins chaque jour. Et cela se passe aussi "près de chez nous". C'est ainsi qu'à Bruxelles est née l'agence immobilière sociale (AIS) "Frédéric Ozanam" (1). Une association au statut légal, dont la vocation consiste en la gestion de biens immobiliers pour loger les familles les plus démunies.
A tous les niveaux et à toutes les époques, l'authenticité de l'Eglise, sa fidélité au Christ et son rayonnement, vont dépendre de ses quatre colonnes. Négliger la Parole, c'est se priver de sève et de lumière. Pas de fidélité au Christ si ceux et celles qui se réclament de lui n'harmonisent pas leurs différences dans l'unité d'un corps. Pas de fidélité au Christ sans une persévérance dans la fraction du pain, "le premier jour de la semaine, car c'est alors que Jésus rend visite aux siens, sous les signes qui le révèlent et le voilent en même temps". C'est ce jour-là qu'il leur apporte le cadeau du pardon des péchés et celui de la paix, de la joie et de son Esprit qui les envoie en mission. Une célébration qui ne relève pas de l'obligation mais de la nécessité vitale. Encore faut-il que la liturgie du pain rompu se prolonge et s'incarne dans le partage des talents et des biens, sous peine d'être réduite à une pieuse dévotion qui ne serait plus qu'un semblant de foi. Et c'est encore la Parole, entendue et accueillie, qui inspire la véritable prière où la contemplation et l'action sont unies "pour le meilleur et pour le pire".
C'est toujours aux quatre piliers et aux quatre fidélités que reviennent les prophètes, les réformateurs et les fondateurs, quand ils veulent rendre à l'Eglise familiale, paroissiale, locale ou universelle, son véritable visage et la puissance de son rayonnement. Tout grand progrès, a-t-on dit, "est dû à l'utopie réalisée".
P. Fabien Deleclos, franciscain
- AIS "Frédéric Ozanam", rue Haute, 37 à 1000 Bruxelles, Tel/fax 02.502.73.20, aisfredericozanam@hotmail.com
22:55 Publié dans Pâques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ressuscité, croire, envoyé, libérateur, Eglise, foi, pilier
23.03.2008
Homélie du Jour de Pâques, A
Homélie du jour de Pâques, année A
Ac 10, 34a.37-43 ; 1 Co 5, 6-8 ; Mt 28, 1-10 ; (Jn 20, 1-9)
Le jour de Pâques, aux messes du matin, on peut lire l'évangile de la veillée pascale Mt 28, 1-10.
Ne cherchez pas la date ni les dégâts causés par ce tremblement de terre. Sur l’échelle de Richter, dirions-nous aujourd’hui, la magnitude est de zéro. Il s’agit, en effet, d’une figure littéraire, avec tous les ingrédients que l’on trouve dans les scènes d’annonciations bibliques. Cela fait partie du langage apocalyptique qui utilise un langage codé, tout à fait traditionnel et familier aux juifs de l’époque. Ainsi, dessiner un ange sur la pierre d’un tombeau signifie : la mort est vaincue.
Mais pourquoi un tel langage ? Il est tout simplement indispensable, car la résurrection est un fait qui échappe à toute représentation sensible. Elle signifie la victoire de Dieu sur toutes les forces de mort, et non pas la réanimation d’un corps. La résurrection est un objet de foi. Et la foi répond à une révélation de Dieu qui, dans le récit, est exprimé par une formule que confesse l’Eglise : " Jésus, le crucifié, est ressuscité ".
Et que dit Matthieu ? Il nous explique que des femmes sont les premières à avoir reçu une mission. Celle d’annoncer la résurrection aux disciples découragés, dégonflés et sceptiques. Elles doivent même faire vite. Aussi, elles courent, joyeuses, comme les mages qui retrouvent l’étoile. Comme l’homme de la parabole qui découvre le trésor. Elles ont hâte de pouvoir partager leur foi.
Et c’est grâce à ces femmes, qui ne font pas partie des Douze choisis et appelés par Jésus, que les plus importants de ces Douze vont retrouver le chemin de leur propre foi. Comme le précisera l’évangile du jour de Pâques. Ce qui a fait écrire au regretté Jean Debruyne : "A qui veut des preuves, Dieu n’a proposé que le témoignage d’une fille de joie. Juste derrière le Ressuscité, en tête du peuple, marche une femme venue du trottoir. C’est une femme qui reçoit la fonction d’apôtre, à qui est confiée la mission d’annoncer la résurrection aux hommes sceptiques. Cela voudrait donc dire que la foi de l’Eglise repose sur la parole d’une femme." Il est vrai que la résurrection est une nouvelle création. Il s’agit donc d’un accouchement, d’une naissance. La victoire de la vie sur la mort. Comme en témoignent aussi, à leur manière, les visages de ces huit femmes africaines qui s'affichent actuellement sur les murs de Bruxelles (1).
Marie-Madeleine et l’autre Marie ont vu Jésus venir à leur rencontre, l’entendre dire " Je vous salue ". Elles ont saisi ses pieds et se sont prosternées devant lui. C’est une façon de parler. Car le Christ est aussi présent dans sa Parole. Il est dans l'assemblée eucharistique qui fait l'Eglise, ce corps que nous formons. Il est dans le pain rompu et la coupe partagée. Y croyons-nous sans le voir ? Car la foi, c’est voir ce que tout le monde voit, mais autrement. La résurrection fait appel à la foi. Elle ne fournit pas de preuves. Et c’est précisément parce que nous sommes des hommes et des femmes de peu de foi que nous risquons même inconsciemment d’être à la recherche fébrile, mais vaine, de preuves indiscutables, scientifiques et rassurantes de la résurrection du Christ.
C’est ce qui explique parfois le goût immodéré des miracles, la course aux apparitions qui, croyons-nous, pourraient nous délivrer du doute et nous fournir des certitudes. Même l’engouement de beaucoup pour le Saint-Suaire de Turin a quelque chose d’ambigu et même d’inquiétant, si l’on veut y trouver des preuves matérielles de la résurrection de Jésus. Lui-même n’a-t-il pas crié aux croyants de son temps : " Générations mauvaises et adultères qui réclamez des signes... " ? ... Or, les vrais signes, les véritables preuves, ce sont les suites, les conséquences et les fruits de ceux et celles qui croient en la victoire de la vie sur la mort. Apôtres et disciples, hommes et femmes, sont passés du découragement à une confiance dynamique. Ils ont été transformés, jusqu’à oser proclamer le Christ vivant, au risque même de leur vie. Et ils vont même commencer à vivre comme Jésus. Comme nous pouvons le faire aujourd’hui, c’est-à-dire mourir constamment à nous-mêmes, à nos étroitesses, nos jalousies, nos gourmandises, nos paresses, nos égoïsmes de tous genres, et donner notre vie pour nos frères et nos sœurs humains.
Il y a dans la prière du matin de ce jour, proposée par le bréviaire, un texte qui dit bien en termes poétiques comment nous pouvons témoigner aujourd’hui de la résurrection du Christ : " Quand sur nos chemins on nous dit : Où est votre Christ aujourd’hui et son miracle ? Nous répondons : D’où vient l’Esprit qui nous ramène vers sa Pâque, sur son chemin, sinon de lui ? Et si l’on nous dit : maintenant, montrez-nous un signe éclatant, hors de vous-même ! Le signe est là qu’à son retour nous devons faire ce qu’il aime, pour témoigner qu’il est amour. "
P. Fabien Deleclos, franciscain
- Cf LLB 8-9/03/08, www.womenareheroes.be, Exposition à l'initiative de Médecins Sans Frontières (MSF) et l'artiviste JR.
12:20 Publié dans Pâques | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Pâques, résurrection, vie, témoin, femme, joie, ressuscité



