19.05.2009
Homélie du 7e dimanche de Pâques, B
Homélie du 7e dimanche de Pâques, B
Ac 1, 15-17. 20a.20c-26 ; Jn 17, 11b-19
A lire les lettres de Jean et certains passages de son évangile, on a l'impression d'entendre un disque rayé ou la voix obsédante d'un vieillard fatigué qui radote : "Mes bien-aimés, nous devons nous aimer les uns les autres, nous aimer les uns les autres…". En y regardant de plus près, on constate que la première lettre, par exemple, est comme une sorte de méditation très personnelle et même quelque peu intemporelle sur la vie chrétienne, et plus spécialement sur l'amour fraternel. La pensée de l'auteur s'y développe lentement, en spirale, avec des retours incessants au même thème : la foi au Verbe incarné, l'amour fraternel, la communion des croyants avec Dieu.
Comme nous le disent les exégètes, une lecture plus attentive nous révèle un caractère polémique très accentué. Jean dénonce les anti-Christ, les prophètes de mensonge, les séducteurs qui égarent les vrais croyants. Mais l'apôtre ne réfute pas tellement des doctrines erronées ou hérétiques, il veut affermir la foi des croyants en leur donnant des signes qui leur permettront de reconnaître les vrais chrétiens des faux.
Il y a quatre signes. La foi en Jésus, Fils de Dieu. La fidélité à la prédication des apôtres. Le refus de pactiser avec le mal. Et, très concrètement, l'amour fraternel. C'est le signe le plus authentique : "A ceci, disait Jésus, tous vous reconnaîtront pour mes disciples : à l'amour que vous aurez les uns pour les autres". (Jn 13, 35).
Non seulement c'est un signe d'authenticité chrétienne, de fidélité à Jésus, mais l'amour que nous portons réellement et concrètement à nos frères et sœurs humains est le seul moyen sûr et contrôlable de l'authenticité de notre amour pour Dieu que "personne n'a jamais vu", précise Jean. "Voulez-vous savoir, dit en substance Jean, si Dieu demeure en vous", si vous êtes en état d'amitié avec lui, en état de grâce ? Il nous donne la réponse : Si vous vous aimez les uns les autres.
Matthieu présente d'ailleurs ce nouveau commandement comme le seul critère du jugement dernier.
Ce qui veut dire que les autres signes et preuves extérieures, que nous sommes souvent tentés d'utiliser, ne sont pas du tout des preuves absolues : les dévotions, les adorations, les pratiques sacramentelles, les litanies de prière, ne sont preuves de notre amour pour Dieu que si elles servent de source et de stimulant à l'amour du prochain. Et c'est l'amour du prochain qui nous rend Dieu présent à nous-mêmes et au monde.
Dans un livre sur les faux mystiques chrétiens, l'auteur, parlant de certains visionnaires, écrit : "A chaque fois, nous entendons le même langage : ils disent entendre ou voir la Mère de Dieu, le Christ ou les anges apporter un nouveau message, souvent apocalyptique, et oublient la réalité quotidienne concrète, la capacité d'aimer en tout être humain. Ils négligent la charité".
La principale originalité du christianisme, c'est de présenter Dieu, non pas seulement comme l'Etre suprême, le créateur, le tout-puissant, le juge, mais comme Amour. A tel point que là où se vit un véritable amour, Dieu est présent. Mais de quel amour s'agit-il ? Pas n'importe lequel, mais l'amour tel que nous l'a manifesté Jésus tout au long de sa vie : un amour de Dieu qui s'incarne, un amour de volonté qui s'exprime et se prouve, se rend visible dans l'amour des autres et surtout les plus petits, les plus éprouvés. C'est de cet amour-là qu'il s'agit.
Ce que Jean nous enseigne en peu de mots et avec beaucoup de clarté n'est pas accepté facilement et difficilement traduit dans la vie quotidienne. L'amour du prochain apparaît un peu, sinon beaucoup, comme une concurrence à l'amour de Dieu, jusqu'à laisser cohabiter les manifestations de culte et de dévotion avec le mépris des droits de la personne humaine, l'injustice sociale, le sexisme, l'esprit de vengeance et les coups de langue meurtriers. Nous en sommes encore parfois à opposer, comme des adversaires, le social et le religieux.
C'était déjà vrai du temps de Jean. Dans sa lettre, il multiplie les avertissements et les rappels : "Qui aime son frère demeure dans la lumière ; qui hait son frère se trouve dans les ténèbres, il ne sait pas où il va parce que les ténèbres ont aveuglé ses yeux". Ou encore : "Quiconque hait son frère est un meurtrier et si quelqu'un possède les biens de ce monde et voit son frère dans le besoin et qu'il se ferme à toute compassion, comment l'amour de Dieu demeurerait-il en lui ?"
Il ne faut donc pas s'étonner que l'Eglise, comme l'apôtre Jean, nous rappelle - et je cite le Concile - : "Toute forme de discrimination touchant les droits fondamentaux de la personne, qu'elle soit sociale ou culturelle, qu'elle soit fondée sur le sexe, la race, la couleur de la peau, la condition sociale, la langue ou la religion, doit être dépassée et éliminée comme contraire au dessein de Dieu" (Eccl. 29).
La relation à Dieu et la relation avec les frères et sœurs humains sont tellement liées que l'Ecriture dit que celui qui n'aime pas ne connaît pas Dieu. De même, là où se vit un véritable amour, Dieu est présent. Ce qui rend les croyants soupçonneux et jaloux. Il y a, en effet, des non croyants qui prennent des initiatives et mènent des combats dignes de l'Evangile. Et il en est qui vivent en rayonnant un amour semblable à celui que Jésus a manifesté jusqu'au don de sa vie. La charité peut précéder la foi. C'est aussi un chemin qui conduit à Dieu.
P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
14:28 Publié dans Pâques B | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : amour, foi, verbe, communion, fidélité, refus, mal, volonté, lumière, ténèbres
18.05.2009
Homélie de l'Ascension, B
Homélie de la fête de l'Ascension, B
Ac 1, 1-11 ; Ep 4, 1-13 ; Mc 16, 15-20
Plus qu'une autre fête, l'Ascension invite à une purification de notre imagination. Cet événement n'est pas simplement exceptionnel, mais une vérité de foi, accessible seulement à la Foi, et que chacun peut vérifier par son expérience spirituelle personnelle, comme l'ont fait les apôtres.
Il y a un message évangélique et un langage dans lequel il est enveloppé. Il ne faut pas confondre les deux. Dans le langage évangélique, il y a beaucoup d'images et de symboles. Pour traduire l'intraduisible, les auteurs font volontiers appel au merveilleux. Ce n'est pas de la naïveté, c'est un procédé oriental. Notre formation d'esprit nous fait attacher beaucoup plus d'importance à un fait qu'à son sens. Pour les auteurs évangéliques, c'est exactement le contraire, et c'est pour cela qu'ils n'hésitent pas à assouplir les faits pour qu'ils soient plus vrais que l'histoire, pour que leur signification religieuse éclate aux yeux du lecteur.
Quand, à la mort du Christ, on parle de tremblement de terre, d'éclipse, de morts qui se promènent à Jérusalem, c'est d'abord la façon de traduire la grande importance d'un événement, plutôt qu'une relation objective des faits qui auraient pu être enregistrés par une caméra. Les images peuvent d'ailleurs être déformantes, quand on les prend trop à la lettre.
A première vue, l'Ascension paraît un départ, un éloignement du Christ, comme si la lumière du Christ ne brillait plus parmi nous, comme s'il nous laissait orphelins, comme si Jésus était absent, alors qu'il a dit et promis exactement le contraire.
Or, si nous dépassons le langage pour découvrir le message, nous constatons que l'Ascension n'est pas un départ mais, au contraire, une intensification de présence, d'une autre manière. Il disparaît physiquement d'un endroit bien limité et bien déterminé pour que nous puissions retrouver partout sa présence spirituelle.
C'est à partir de ce départ, de cette disparition physique, que les apôtres s'en allèrent prêcher partout et, ajoute Marc, le Seigneur travaillait avec eux et appuyait leur prédication par des signes souvent merveilleux qui l'accompagnaient.
Saint Augustin traduisait ainsi l'Ascension : Le Christ parvenu là-haut reste encore avec nous, tout en restant ici-bas, nous sommes déjà avec lui.
Mais quand on parle de "là-haut" et d'"ici-bas", il ne s'agit pas tellement de lieu, mais de manière d'être et de manière de vivre. Là-haut, c'est la façon d'être et de vivre selon les mœurs de Dieu. Ici-bas, c'est notre façon charnelle d'être et de vivre. C'est dans ce sens que le ciel désigne le séjour de Dieu et la terre désignera toujours le séjour de l'être humain.
Quand on dit que Jésus est descendu du ciel sur la terre, puis a quitté la terre pour monter au ciel, c'est pour supprimer une distance. Autrement dit, le Christ a inauguré sur la terre une manière divine de se conduire.
Célébrer l'Ascension, c'est dire en une image qu'il est assis à la droite du Père, c'est affirmer qu'il est toujours vivant et qu'il participe à la vie même de Dieu, qu'il est glorifié en Dieu et que nous sommes, nous aussi, appelés à être glorifiés par le créateur et à participer à la vie de Dieu.
Il ne s'agit donc pas de rester à regarder vers le ciel en attendant qu'il revienne. Il faut poursuivre son œuvre.
Imaginez les apôtres, désemparés, prêts à reprendre leur vie d'avant la rencontre, et qui découvrent enfin que Jésus reste avec eux, avec un autre mode de vie, qui les rend, eux, beaucoup plus responsables de la mission de Jésus. Elle n'est pas finie, elle doit être poursuivie. C'est le temps de l'Eglise, celui de la mission… Nous sommes aussi tentés d'attendre. Il faut montrer le chemin.
P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
14:21 Publié dans Pâques B | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : ascension, foi, image, symbole, sens, présence, départ, là-haut, ici-bas, terre
12.05.2009
Homélie du 6e dimanche de Pâques B
Homélie du 6e dimanche de Pâques B
Act 10, 25-48 ; 1 J 4, 7-10 ; Jn 15, 9-17
L'évangéliste nous a plongé d'emblée dans une atmosphère de deuil. Nous sommes à l'heure où Jésus passait de ce monde à son Père. Mais ses paroles testamentaires constituent un réel chant d'amour. Un amour évoqué neuf fois. Neuf fois aussi dans la lettre de Jean, proclamée il y a quelques instants. Il ne s'agit pas pour autant d'une rengaine fredonnée, car ces deux textes "résument ce qui est une véritable révolution dans la conception que les hommes pouvaient se faire de Dieu". Quelle Bonne Nouvelle dès lors, de pouvoir enfin connaître Dieu tel qu'Il est ! Voici la tristesse changée en joie, ce dimanche, que l'on pourrait déclarer "fête de l'amour chrétien". Même si "chrétien" et "aimer" sont en principe d'authentiques synonymes. (A. Sève)
Cette Bonne Nouvelle, nous sommes tous appelés à la diffuser. Elle nous est rappelée et répétée dans tous les textes liturgiques de ce jour. Et s'il nous faut chanter et même chanter un chant nouveau, confirme le psalmiste, c'est que le Seigneur a fait et ne cesse d'accomplir des merveilles. Notamment en nous rappelant son amour et sa fidélité.
Mais de quel Dieu et de quel amour s'agit-il ? Les humains que nous sommes ont toujours été et restent tentés d'imaginer un Dieu à LEUR ressemblance. Nous sommes ainsi enclins à faire de Dieu un maître tatillon, un juge impitoyable, un souverain jaloux de sa puissance et de ses pouvoirs. Un Dieu qui aurait même des comptes à régler avec l'humanité pécheresse. Une divinité qu'il faudrait dès lors apaiser par des sacrifices agréables. Ce fut donc une vraie révolution quand Jésus de Nazareth est venu révéler par sa parole et par ses actes que "DIEU EST AMOUR", il n'est rien qu'amour. Il EST l'absolu de l'Amour. Et donc aussi la miséricorde et le pardon. Une nouvelle surprenante, qui allait engendrer un bouleversement radical des rapports humains. Elle avait cependant été pressentie et préparée durant des siècles. Le psaume 103 en témoigne : "Yahweh est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d'amour". Et, contrairement à ce que nous sommes trop souvent, "il n'est pas pour toujours en procès, ne maintient pas sans fin ses reproches. Il n'agit pas envers nous selon nos fautes, ne nous rend pas selon nos offenses"... Déjà, le poète des cantiques sacrés d'Israël chantait dans les liturgies du Temple la louange d'un Dieu qui prend soin du plus pauvre et du plus démuni. A tel point qu' "il relève l'indigent de la poussière, il retire le pauvre de son taudis pour le faire asseoir parmi les princes" (Ps 112).
Aujourd'hui, nous redit le Christ, qui est la Parole, le Verbe même de Dieu, "Mon commandement, LE voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés". Aimer chrétiennement, c'est donc aimer comme Jésus nous a aimés. Aimer jusqu'à se faire humble et serviteur, jusqu'à donner sa vie. Mais cette perle du commandement nouveau, LA parole essentielle, peut se scléroser en une litanie de mots fades et usés, qui ne conduit nulle part si l'on ne dépasse pas les aspects sentimentaux épidermiques et possessifs de l'amour. C'est pourquoi dimanche dernier, Jean précisait à nouveau : Aimer, certes, mais "pas avec des paroles ou des discours, mais par des actes et en vérité". Car l'amour demande une volonté d'aimer, un inlassable effort pour aimer, un travail d'amour. C'est tellement vrai que Jean a remplacé le récit de l'institution de l'eucharistie à la Dernière Cène par celui du lavement des pieds, car "LE commandement, le voici : lavez-vous les pieds mutuellement. C'est à cela que tous vous reconnaîtront pour mes disciples". Aimer, en effet, est une attitude d'ouverture, de don et de gratuit‚. Etre capable de se mettre au service les uns des autres. Ainsi, l'amour de Dieu peut s'incarner, se matérialiser, en utilisant nos paroles, nos bras, nos initiatives. "Il est mis entre nos mains" (A. Sève). C'est pourquoi les disciples du Christ sont envoyés pour aider, pardonner, guérir, rassurer, sauver, libérer, nourrir, encourager, élever.
En définitive, c'est grâce à l'amour incarné dans un éventail de services, que nos prières et nos rites seront en harmonie avec la volonté de Dieu qui n'est qu'amour. Encore faut-il pouvoir assumer l'amour dans la banalité quotidienne. Or, le plus difficile à aimer, estime Marie-Noëlle dans son œuvre poétique (Stock 1956), "C'est ton frère celui qui dérange la paix de tous les jours au seuil de ton petit ménage. Et c'est celui le plus proche et le plus familier dont constamment le dard entre et te mortifie au même endroit comme la pointe d'un soulier qu'on ne peut plus ôter, jusqu'au bout de la vie".
Si l'esprit de service et de gratuit‚ constituent le label d'un amour authentique, Luc, dans le livre des Actes, nous a montré comment cet amour gratuit fait littéralement éclater les frontières. Mêmes religieuses. Hier comme aujourd'hui, les interventions familières de l'Esprit sont toujours surprenantes et dérangeantes. Autant de surprises qui se heurtent à la résistance de nos fausses certitudes, à certaines pratiques et habitudes exsangues de sève, donc sclérosées et sans vie. Voyez Pierre, resté scrupuleusement fidèle aux traditions de ses pères. Le voici troublé par une intuition ou une vision intérieure. Il se sent poussé à désobéir à cette vieille loi séculaire et sacrée qui réglementait l'usage des nourritures, pures ou impures. Pire encore, il est confronté à une invitation à se rendre dans la maison d'un païen, appartenant de surcroît à l'armée d'occupation. Une visite qui lui est rigoureusement interdite. Et de nouveau, pour raison d'impureté légale. En réalité, Dieu l'invitait ainsi à s'affranchir de l'interdit alimentaire, à le dépasser, tout comme à laisser tomber l'interdit de fréquenter des étrangers. L'amour vrai est réaliste, inventif, incarné. A problème nouveau, solution nouvelle. Manifestement, "tous nos scrupules ne sont pas toujours inspirés par l'Esprit Saint". Ainsi, Pierre, juif et pleinement chrétien, a été stupéfait, avec tous ceux qui l'entouraient, de voir que même des païens, c'est-à-dire incirconcis et ignorant tout du baptême, "avaient reçu à profusion le don de l'Esprit Saint". Ce n'était pas dans l'ordre des choses réglementées. Mais ce n'est pas à répéter indéfiniment et littéralement des manières d'agir, de penser et de parler de nos pères dans la foi, qui nous apprendra à être fidèles. Or, l'Esprit n'est pas moins actif, pas moins surprenant, pas moins audacieux, aujourd'hui, que dans ces premiers temps de l'Eglise. Et c'est lui et lui seul qui nous "mènera vers la vérité tout entière". Encore faut-il oser et vouloir le suivre au-delà de nos barricades et au-delà des frontières construites par des hommes et des femmes. Et, puisque nous avons été invités au repas festif de la Parole et du Pain, n'en perdons pas une miette.
P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
14:13 Publié dans Pâques B | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : testament, amour, tendresse, commandement, incarner, aider, guérir, encourager, actes, vérité
05.05.2009
Homélie du 5e dimanche de Pâques B
Homélie du 5e dimanche de Pâques B
Ac 9, 26-31 ; 1 Jn 3, 18-24 ; Jn 15, 1-8
Lorsqu'il s'agit d'être bien de son temps, d'être moderne, mais pas seulement dans le domaine vestimentaire, on dira aujourd'hui "être ou ne pas être tendance". Jadis on disait "être branché", mais l'expression est encore utilisée. On parle ainsi d'un bar branché, d'une jeunesse branchée ou d'un look branché. Cette expression souligne aussi le grand intérêt. "Aujourd'hui, écrivait un fan de musique, je suis branché concerts". Et nous sommes de plus en plus nombreux à être branchés sur internet.
L'Evangile, lui aussi, nous invite instamment à être branchés, non pas sur une mode ou sur la dernière technologie, mais sur le Christ. Exactement comme un sarment est branché sur la vigne, pour qu'il puisse être nourri de la sève et être dès lors capable de porter du fruit. "Moi, je suis la vraie vigne et mon Père est le vigneron", disait Jésus avant de mourir. Une parole testamentaire. Donc doublement sacrée. "De même, moi je suis la vigne et vous, les sarments". Pas besoin d'être viticulteur ni œnologue patenté pour comprendre ces symboles, d'autant plus que Jésus en fait lui-même le commentaire. Jean y ajoute le grain de sel de sa propre expérience et Luc, dans les Actes des Apôtres, nous a fourni une sorte d'application concrète, puisée dans l'actualité de l'Eglise naissante.
Avec l'évangile, nous sommes à la dernière Cène, après ce lavement des pieds que Jean est seul à raconter. Un lavement des pieds qui s'est bien passé au cours d'un repas, mais il ne dit pas un mot du repas lui-même. Il ne raconte pas l'institution de l'eucharistie. Il utilise d'autres signes, familiers aux gens de l'époque. La vigne, c'est le peuple d'Israël. Et Dieu est le vigneron. C'est lui qui l'entoure de soins, qui la protège, qui l'arrose, qui la garde, qui la taille. Et il en espère du fruit, des raisins de qualité et donc aussi du bon vin. La vigne étant l'image privilégiée de l'alliance entre Dieu et Israël. Mais le vigneron a souvent des occasions de se plaindre. Comme l'écrit Isaïe : "Il en attendait la justice et il ne trouve que le cri des malheureux." Le peuple n'a pas eu confiance, il s'est laissé entraîner sur de fausses pistes. D'où, au cours des siècles, la promesse d'une alliance renouvelée, purifiée. Voilà ce que Jésus annonce. "Je suis la vraie vigne et mon Père est le vigneron. Si vous demeurez en moi et que mes paroles demeurent en vous...". Pour être branché, il faut donc constamment être imprégné de ses paroles, de la Parole. Pour croître et porter du fruit, il est indispensable de rester attaché à la vigne.
Car il y a un cycle de la sève, un cycle de l'amour. Et sans sève, les branches deviennent du bois mort. Le cycle va du Père au Fils, du Fils aux êtres humains, puis des humains entre eux. Le mot clé est bien "être branché", "demeurer", s'accrocher solidement, quelles que soient les circonstances , les fluctuations, les situations, les difficultés. C'est-à-dire persévérer, ne jamais perdre le contact. L'essentiel étant de s'aimer les uns les autres, ce qui résume tous les commandements. Mais Jean précise bien dans sa lettre :"Non pas avec des paroles et des discours, mais par des actes et en vérité". C'est ainsi que l'on appartient à La Vérité, c'est-à-dire cette vérité unique et essentielle que Dieu est Amour.
Et si Jean a remplacé le récit de l'institution de l'eucharistie par celui du lavement des pieds, c'est parce que "Le commandement de Dieu, le voici : lavez-vous les pieds mutuellement. C'est à cela que tous vous reconnaîtront pour mes disciples." Ce qui est finalement plus expressif, plus concret que la formule très générale : "Aimez-vous les uns les autres…".
Car Dieu ne nous demande pas de ressentir de l'affection, de l'amitié, de l'amour pour tout le monde, mais bien d'agir, c'est-à-dire être capables de nous mettre au service les uns des autres, selon le don que chacun a reçu. Pour qu'ainsi l'amour de Dieu puisse se servir de nos paroles, de nos bras, de nos initiatives. C'est alors et alors seulement, que nos prières et nos rites seront en harmonie avec la volonté de Dieu, qui, lui, n'est qu'Amour… Et chacun sait qu'un témoignage vaut mieux que tous les discours. En définitive, si pas de service des frères et sœurs humains, alors pas de foi en Christ non plus.
De plus, pour que le sarment branché puisse donner du fruit, il doit être également nettoyé, émondé, débarrassé des rejets nuisibles et des plantes parasites. Tout ce qui peut gêner la montée de la sève. Or, pour les sarments que nous sommes, les parasites peuvent être, par exemple, l'ignorance religieuse qu'on ne cherche pas à dissiper, à éclairer, et qui risque de nous maintenir prisonniers de fausses certitudes. Il y a aussi la peur de tout ce qui bouge, de tout ce qui change, qui s'ouvre, se transforme et se développe. Ainsi Paul, le persécuteur converti, a choqué et troublé les Juifs devenus chrétiens, quand il a voulu ouvrir la jeune Eglise au monde païen et même baptiser des incirconcis. Ce qui était tout à fait contraire aux traditions de leur enfance. Mais, hier comme aujourd'hui, lorsque la plus belle et la plus sainte des traditions n'est pas entretenue et nourrie par une sève constamment nouvelle et fraîche, qui lui assure un ressourcement permanent, elle se sclérose, elle ne porte pas de fruits, elle devient une branche stérile et morte, qu'il faut finalement couper sous peine de mettre en péril et la récolte et l'arbre tout entier.
Pas de sève sans être branché sur le tronc. Pas de fruit si les sarments ne sont pas taillés. Or, l'Evangile est une rude école d'émondage, il nous désencombre de tous les superflus paralysants. "Déjà, disait Jésus à ses disciples, vous êtes émondés par la Parole que je vous ai dite". Et nous devons être émondés pour que notre vie devienne vraiment eucharistie.
En bref, la question est donc bien de savoir si nous sommes branchés… sur le Christ.
P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
17:45 Publié dans Pâques B | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : branché, vigne, sarment, sève, fruit, alliance, demeurer, service, don
28.04.2009
Homélie du 4e dimanche de Pâques B
Homélie 4e dimanche de Pâques, B
Ac 4, 8-12 ; 1 Jn 3, 1-2 ; Jn 10, 11-18
Si l’Eglise est présentée comme Corps du Christ, nous comprenons avec Paul que les chrétiens en sont les membres vivants. Si on la compare à une vaste maison accueillante, nous acceptons volontiers d’en être les pierres ou les moellons, qu’ils soient bruts ou bien taillés. Jean ne nous étonne pas quand il nous qualifie d’enfants de Dieu. Ce qui nous rend frères ou sœurs de Jésus, le Christ. Mais dans nos pays hyper industrialisés, les bergers se font rares, et nous n’aimons pas être traités de moutons ni de constituer un troupeau, qu’il soit social, politique ou religieux. Cependant, si ces comparaisons varient suivant les temps et les circonstances, la révélation fondamentale demeure, qu’il faut traduire et incarner selon les évolutions de l’histoire.
Ainsi, durant environ 15 siècles, les vocations sacerdotales et religieuses ont été pratiquement considérées comme les seules voies d’accès à la perfection évangélique. Par contre, Vatican II a rappelé que la première vocation à la vie chrétienne est celle de la foi et du baptême, qui rendent déjà participants à l’unique sacerdoce du Christ. Or, il y a dans l’Eglise diversité de dons, de tâches et de fonctions. Même si, pendant des siècles, les clercs avaient acquis le monopole quasi absolu des services et des responsabilités ecclésiales.
C’est ainsi qu’au 12e siècle, un certain Pierre le Chantre écrivait : "Il faudrait qu’il y ait moins d’églises, moins d’autels, moins de prêtres, et qu’ils soient plus sévèrement choisis". Et cependant, entre le Moyen Age et la Révolution française, bien des paroisses de nos régions chrétiennes comptaient de 20 à 50 prêtres, ordonnés uniquement pour célébrer des messes, surtout pour les défunts. A l’exclusion de tout autre type de pastorale. On les appelait les altaristes. A la cathédrale de Strasbourg, en 1521, ils étaient 120. Trois siècles plus tard, dans le Royaume de Naples, la capitale comptait, paraît-il, 2.000 prêtres diocésains, 3.000 prêtres marginaux sans fonction précise, 104 couvents, avec 4.500 moines et 10.000 moniales, c’est-à-dire 4 % de la population. Imaginez aujourd’hui, à Bruxelles, ils seraient 40.000 !
Avec Vatican II, on a retrouvé une vaste palette de tâches et de responsabilités qui, dans l’Eglise, peuvent, sinon doivent revenir à des laïcs. Après la foi confirmée par le baptême, il y a pour chacun de nouveaux appels possibles, et donc des vocations particulières à prendre certains engagements de service et de responsabilité. En fonction des aptitudes personnelles, des besoins de l’Eglise, d’un appel intérieur, ou celui de la communauté.
Si les chrétiens du monde entier sont aujourd’hui invités à prier pour les "vocations", il ne s’agit plus uniquement, comme jadis, de prier pour les vocations sacerdotales et religieuses, mais d’abord pour que le peuple de Dieu, et par conséquent chacun de ses membres, réponde à sa vocation chrétienne. Nous sommes tous et chacun interpellés. Qu’as-tu fait de ton baptême ? de ton mariage ? de tes responsabilités et engagements chrétiens ? Qu’as-tu fait de ton sacerdoce et de ta consécration religieuse ? … Et toi dans la foule, es-tu disposé(e) à répondre à un appel particulier, plus radical, de ce Christ qui te murmure peut-être : "Viens et suis-moi" ?… Quel engagement es-tu prêt(e) à prendre au service de l’Eglise et du monde ? Il y a tant de tâches à remplir, de responsabilités, de missions à assumer, de témoignages à rendre… Ne crains pas, je suis même prêt à te porter sur mes épaules.
Ceci dit, nous devons éviter de tomber dans le piège de la nostalgie d’un certain passé. Sachez que l’Eglise, dans sa dimension universelle d’aujourd’hui, et dans le déroulement de son histoire millénaire, ne connaît pas et n’a jamais connu ce luxe d’avoir un pasteur dans chaque paroisse, un rassemblement eucharistique chaque dimanche, un prêtre pour chaque enterrement… Mais, ce qui peut nous apparaître comme une grave pénurie vis-à-vis de l’abondance exceptionnelle connue en Occident pourrait, aujourd’hui, être une occasion providentielle pour redécouvrir, tant la valeur essentielle du sacerdoce ministériel et de la vie religieuse que celle du sacerdoce des fidèles. Et rendre ainsi aux chrétiens un sens aigu de leurs véritables responsabilités ecclésiale et missionnaire qui vont de pair. D’ailleurs, à chaque époque, et la nôtre ne fait pas exception, l’Esprit ne cesse de susciter de nouvelles manières de vivre l’Evangile, de nouveaux types de vocation sacerdotale, de nouvelles familles religieuses. Ainsi, il existe même en Italie, depuis 1965, une communauté monastique œcuménique qui compte aujourd’hui près de 80 personnes, hommes et femmes (1).
A toute époque, et en toute circonstance, le Christ appelle, le Christ embauche. Pour tous ses chantiers. Encore faut-il reconnaître sa voix et l’écouter. Car il est le Verbe, la Parole même de Dieu… Si crise il y a, c’est d’abord ici une crise de la Foi.
"Le problème des vocations n’est pas d’abord celui des prêtres, disait le futur cardinal Lustiger, mais celui du peuple chrétien, car ces vocations sont dépendantes de l’état d’un peuple, et non l’inverse". Que Dieu nous préserve donc du péché d’inertie ! ou de nostalgie désincarnée !
P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
- Monastero di Bose, 13887 Magnano (BI), Italie.
Cette communauté est née le 8 décembre 1963, le jour même de la clôture du concile Vatican II.
17:40 Publié dans Pâques B | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : vocation, corps, eglise, prêtre, responsabilité, appel, laïc, besoin, communauté, membre
21.04.2009
Homélie du 3e dimanche de Pâques B
Homélie du 3e dimanche de Pâques, B
Ac 3, 13-15, 17-19 ; 1 Jn 2, 1-5 ; Lc 24, 35-48
La culture biblique crie famine. C'est ce que révèle un sondage fait auprès de 1250 jeunes italiens de 13 à 19 ans. Quels sont les noms des quatre évangélistes ? 64 % de mauvaises réponses. Que signifie "évangile" ? 31 % des étudiants l'ignoraient. Tout comme 52 % ignoraient qui étaient Abraham et Noé. Vous avez sans doute entendu parler de la Genèse ("Genesi" en italien) ? Tous ont répondu "oui", mais pour 36 % il s'agissait du groupe rock anglais "Genesis".
Pourquoi vous raconter ces petits faits ? Parce que deux mots m'ont particulièrement frappé dans la méditation des textes liturgiques de ce dimanche : "ignorance" et "connaissance". Un véritable péché d'ignorance qui va jusqu'au crime (1e lecture) et une connaissance dans laquelle il n'y a pas une once de vérité (2e lecture).
D'où cette prière d'accueil à la proclamation de l'évangile : Seigneur Jésus, fais-nous comprendre les Ecritures ! Que notre cœur devienne brûlant tandis que tu nous parles. Et la réponse donnée par Jésus en saint Luc : "Alors, il ouvrit l'esprit de ses disciples à l'intelligence des Ecritures", eux qui, cependant, croyaient bien les connaître. Ce qui n'est pas notre cas puisque, en général, nous les connaissons peu et très mal.
Ce que Luc veut nous faire comprendre entre autres choses, c'est que les Ecritures (c'est-à-dire, à l'époque, l'Ancien Testament) ne peuvent bien se comprendre qu'à partir de la résurrection de Jésus. D'une certaine manière, la Bible se lit à l'envers, en commençant par la dernière partie, c'est-à-dire le Nouveau Testament. Pour nous, Jésus est l'interprète parfait de toutes les Ecritures, non seulement par son enseignement et ses commentaires, mais parce qu'il les a réalisées par sa vie, le don de sa vie et sa résurrection. En Jésus, la Loi, les Prophètes, les Psaumes, le vrai culte, ont été parfaitement accomplis.
Les apôtres savaient ce qui avait été écrit sur le Messie dans la Loi, les Prophètes et les Psaumes, mais ils n'avaient pas réussi à mettre un lien entre le Messie décrit et annoncé, et Jésus de Nazareth. Ils n'avaient pas compris. C'est lorsqu'ils auront fait l'expérience du Christ ressuscité que ces "lents à croire" vont non seulement comprendre et connaître, mais vivre autrement.
Ils ne se contenteront pas d'une connaissance de tête, d'intelligence et de mémoire, mais, par leur vie, ils deviendront des témoins du Messie mort et ressuscité.. D'où, l'importance de la lettre de Jean, qui nous explique que la vraie connaissance n'est pas d'ordre cérébral, elle est incarnation dans la vie quotidienne, une réalité visible, palpable.
Qui prétend connaître le Christ uniquement en brandissant un examen sans faute est un menteur. Seuls peuvent dire "Je le connais" ceux et celles qui gardent fidèlement sa Parole. Alors, ils rendent visible et rayonnante la vérité, c'est-à-dire l'amour de Dieu. La connaissance est expérience. Elle met en œuvre l'intelligence, le cœur, la volonté, et même le corps. Expérience de Dieu par la Parole écoutée et appliquée, les signes perçus dans le culte, dans les sacrements, dans le jardin de la nature, le témoignage et les événements, signes des temps.
Connaître quelqu'un, c'est créer des liens et des liens qui engagent. C'est s'aventurer sur le chemin de la communion, de l'harmonie des cœurs et des esprits, mais aussi de l'action commune.
Connaître le Seigneur, c'est l'aimer, reconnaître ses plans, ses projets, ses volontés, s'y soumettre et les vouloir. C'est se mettre en état permanent d'accueil et de conversion.
C'est pourquoi la Parole de Dieu ne doit pas seulement être écoutée, mais méditée et priée, pour qu'elle puisse être traduite en comportements de vie ou imitation du modèle. "En n'oubliant jamais, écrivait en substance un spirituel du Xe siècle, que le Christ, qui est la paix céleste, a été traité comme un révolté et un brigand. Il a exposé l'évangile, et on en a fait un blasphémateur de la Loi. Il a accompli les Prophètes et fut jugé comme un transgresseur des Ecritures".
Vous avez écouté l'évangile. Cela se passait il y a plus de deux mille ans. Cela se passe aujourd'hui ici, chez nous. Le Christ est présent dans nos assemblées d'hommes et de femmes de peu de foi. C'est pour nos esprits lents à croire qu'il proclame d'abord la Parole et nous ouvre l'esprit à l'intelligence des Ecritures. C'est lui encore qui, tout à l'heure, nous dira 'La Paix soit avec vous", avant de partager le Pain qui fait l'unité de son Corps-Eglise. Puis, il nous dispersera dans le monde en mission de service et de témoignage. Aujourd'hui encore, comme à Jérusalem à ses disciples, il nous dit : "C'est vous qui êtes mes témoins".
P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
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14.04.2009
Homélie du 2e dimanche de Pâques B
Homélie 2e dimanche de Pâques B
Ac 4, 32-35 ; 1 J 5, 1-6 ; Jn 20, 19-31
Le week-end dernier, nous avons vécu en Eglise le Saint Jour de Pâques, la fête des fêtes. La fête de la foi. Nous avons proclamé d’un même cœur et d’une seule voix : Je crois en Jésus le Christ, ressuscité des morts. Je crois à la résurrection de la chair et à la vie éternelle. Avant cela, le Verbe, qui est l’"exégète de Dieu", avait ouvert nos esprits à l’intelligence des Ecritures, depuis la Genèse jusqu’au sépulcre vide. Exactement comme les disciples d’Emmaüs avant d’arriver à destination.
Mais l’adhésion au Christ ne peut pas se contenter d’une foi proclamée et d’une foi célébrée dans des expressions et des attitudes liturgiques et donc rituelles. Il lui reste encore à descendre au plus profond de notre conscience et à se concrétiser dans le pas à pas quotidien pour devenir foi vécue. Incarnée. C’est-à-dire rayonner un amour sans frontières, en réconciliation et en victoire de la paix. Croire et servir. Croire et aimer, c’est tout un. Même si nous sommes des témoins fragiles, souvent hésitants ou peureux.
Aujourd’hui, nous voici à nouveau faisant corps dans la foi, convoqués par le Christ pour faire communauté, pour faire Eglise. Probablement comme Thomas et ses compagnons, un certain premier jour de la semaine, c’est-à-dire un dimanche. Ici, cependant, les portes de la pièce ne sont pas fermées. Par contre, celles de nos esprits et de nos cœurs sont peut-être verrouillées. Et bien, malgré cela, Jésus est là au milieu de nous, puisque nous sommes rassemblés en son nom. De toute manière, nous savons qu’il est présent dans sa Parole, car, nous a rappelé le Concile, c’est Lui qui parle tandis qu’on lit dans l’Eglise les Saintes Ecritures. Encore faut-il y croire. Y croire vraiment. Et croire n’est pas facile. Pour personne. Voyez les réactions de Thomas.
Plus fort encore : Lorsque les apôtres auront pris conscience de l’authenticité de leur expérience spirituelle : ils n’osaient pas encore y croire, et restaient "saisis d’étonnement". Même après la résurrection, la foi des apôtres est restée difficile. Car elle était tout autre chose qu’une assurance donnée par une vision sensible, charnelle, de Jésus ressuscité. Or, nous sommes appelés à croire sans preuves. Si ce n’est la preuve de témoignages et de signes.
Pour les apôtres d’hier, Pierre en tête, comme pour ceux et celles d’aujourd’hui, toute vie chrétienne est faite de foi et d’incertitude, d’hésitation, de questions et de doutes. Il n’y a qu’une solution, tant pour les savants que pour les simples : donner foi aux paroles du Christ comme paroles provenant de Dieu.
Cependant, la parole n’est rien tant qu’elle n’est pas traduite, incarnée, en capacité d’aimer. Tant qu’elle n’a pas pris corps. Et elle prend corps dans des comportements, des actions et des réactions qui deviennent autant de signes de la résurrection. C’est-à-dire des "actions parlantes".
C’est ainsi que les apôtres portaient témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus, nous disent les Actes. Partage de la Parole et du Pain eucharistique. Partage des services et partage des biens "pour que personne ne soit dans la misère". C’est alors que les yeux s’ouvrent et que, sans voir Jésus, on reconnaît qu’il est vivant. Ce n’est pas pour rien que la liturgie d’aujourd’hui fait précéder l’évangile d’un flash sur la vie des premières communautés chrétiennes. Il s’agit certes d’un récit partiel, idéalisé, mais qui sert d’exemple, qui indique le chemin à poursuivre et le signe à donner.
Que nous disent concrètement les Actes ? Que des hommes et des femmes ordinaires, c’est-à-dire quelle que soit leur origine ethnique, religieuse ou sociale, leur culture ou leur fortune, se comportaient en frères et sœurs, pour le meilleur et pour le pire. Ils vivaient ou s’efforçaient de vivre en ressuscités. Avec, cela va de soi, des conséquences directes sur la façon de comprendre et d’exercer l’autorité, par exemple, et le pouvoir. Une certaine manière de se comporter dans tout ce qui touche à l’usage des biens matériels, à la possession gourmande, à l’idolâtrie de la propriété et des droits acquis.
Il en va de même aujourd’hui. Le Christ ressuscité et sa Bonne Nouvelle seront reconnus à des signes qui ne trompent pas : ceux des chrétiens et de communautés qui "vivent en ressuscités", ici, aujourd’hui, d’une manière visible et convaincante. Et comment ? Par une solidarité effective, une manière de partager, de mettre en commun, adaptées aux situations, aux problèmes, aux lois et aux aspirations d’aujourd’hui. Les exigences des lois sociales, par exemple, constituent une forme de partage et de solidarité. Sommes-nous des modèles de justice et d’équité en ce domaine ?
C’est ainsi que la foi se nourrit et se prouve par l’écoute de la Parole et le témoignage de ces "actions parlantes" de notre agir quotidien. C’est tout cela qui témoigne et qui donne envie de croire.
P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
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