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16.12.2009

Homélie du 4e dimanche de l'Avent C

Homélie du 4e dimanche de l'Avent, C

Mi 5, 1-4a ; He 10, 5-10 ; Lc 1, 39-45

Michée, Paul et Luc, même combat. Trois textes, mais un seul message. 

Au temps des prophètes d'hier comme aujourd'hui, les croyants veulent combattre la violence et retrouver la paix, arrêter les divisions et faire l'unité, être délivrés du mal et de tous les maux, sauver le monde et se sauver avec lui. Mais il ne suffit pas pour cela de multiplier les rites extérieurs, de se purifier par des cérémonies, ni de réciter des prières, obéir aux révélations et croire aux apparitions.

Le vrai remède, le seul sacrifice, la source de la sanctification et de la joie, c'est de reproduire à notre tour le "fiat" de Jésus et le "fiat" de Marie… "Père, me voici, je suis venu pour faire ta volonté"… "Heureuse celle qui a cru à l'accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur"… Tout est là. La vraie dévotion mariale y compris.

Ce n'est plus de la magie, c'est de la conversion. Ce n'est plus le frisson sentimental, ni la crainte "janséniste", mais le réalisme de l'obéissance. Ce n'est plus l'illusion des actions symboliques et des faux-semblants, la trêve de Noël ou des confiseurs, mais l'esprit de l'Evangile incarné dans la vie quotidienne et dans la durée.

La liturgie de l'Avent nous a précisé les étapes de ce cheminement qui conduit à l'état de disponibilité jusqu'à l'événement de l'enfantement et de l'incarnation. Le chemin qui conduit de la graine au fruit… Ouvrir les portes de sa maison intérieure, l'aménager avec un cœur nouveau, se laisser envahir par l'Esprit qui vient nous féconder.

Il nous reste alors à porter en nous le Verbe de Dieu, ce fruit venu du ciel, puis à le mettre au monde, pour que nous puissions, par lui et avec lui, porter ces fruits savoureux que l'on appelle charité, paix et joie, patience, bonté, bienveillance, foi, douceur, maîtrise de soi, comme le précisait Paul aux chrétiens de Galatie (5, 22).

Il ne s'agit pas ici d'images ou de construction littéraire, mais de réalité de la foi et des réalités spirituelles.

Pour reprendre les expressions à la fois scientifiques et poétique d'un médecin psychiatre contemporain, et spécialiste en psychosomatique : "Nous sommes habilités, par la grâce du Père et l'activité du Saint Esprit qui nous couvre entièrement, à être en état de grossesse pendant toute notre vie. Une heureuse grossesse, qui nous fait porter Jésus. Et si nous le portons vraiment en nous, nous le sentirons en quelque sorte bouger, remuer dans nos pensées, nos sentiments, nos activités. Nous pourrons même percevoir en nous le battement de son cœur, le cœur d'un amour éternel qui nous lie à Dieu et, par lui, à tous les êtres humains. C'est déjà en nous le Royaume des cieux et la vie éternelle, le sens de notre vie et notre santé profonde".

… Encore faut-il être très attentifs à cette présence qui se meut en nous. Prendre conscience de cet état, c'est aussi trouver le repos et la paix intérieure. Devenir comme Marie de plus en plus disponibles. C'est éveiller notre capacité d'adoration et de gratitude. C'est décupler notre capacité intérieure de foi, de confiance et de contemplation. C'est l'état même de Marie qui lui a permis de proclamer le Magnificat : "Mon âme exalte le Seigneur et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon sauveur".

Porter le Christ, c'est porter la vérité la plus dépouillée d'artifice, la clarté la plus évidente, la simplicité la plus parfaite et l'objectivité totale… Et celui que nous portons désire intensément être actif au plus creux de notre quotidien, pour y susciter les merveilles que sont les fruits de l'Esprit dont parlera Paul.

Heureux sommes-nous, si nous croyons à l'accomplissement des paroles qui nous sont dites de la part du Seigneur.

Ce n'est pas une théorie mystique ni une description poétique, mais la réalité qui se vit dans l'eucharistie. Elle peut nous faire comprendre la différence entre une assistance passive à la messe, où nous attendons des grâces et des effets quasi magiques et automatiques, et la participation pleine et entière où, comme Marie, nous accueillons la Parole, nous proclamons notre "fiat" d'adhésion qui se prolonge et se prouve dans une conversion du cœur et de l'esprit. Une totale disponibilité, un engagement, dans l'amour, qui est aujourd'hui, depuis Jésus et avec lui, le nouveau et seul sacrifice qui purifie, sauve, sanctifie.

Alors, nous pourrons chanter "Magnificat", le Seigneur fit pour moi des merveilles. Mon âme exalte le Seigneur. Exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

08.12.2009

Homélie du 3e dimanche de l'Avent, C

Homélie 3e dimanche de l’Avent, C

So 3, 14-18 ; Ph 4, 4-7 ; Lc 3, 10-18

Ces trois textes bibliques m’ont fait penser à un vieux "tube" de Charles Trenet : "Y’a d’la joie, partout y’a d’la joie...". Ce qui n’est généralement pas le cas. Il suffit de lire les quelques autres pages du petit livre de Sophonie. Il y est surtout question de jours de détresses et d’angoisses, d’orgueil et de manques de justice.

Quant à saint Paul, il semble vivre en dehors du temps et des préoccupations quotidiennes. Il balaye les inquiétudes, nous invite à garder la sérénité et la joie, comme s’il pratiquait la méthode Coué. Il ose même ajouter : "Ne soyez inquiets de rien". Il a beau dire… Cela ne va pas de soi. Mais à l’époque où il écrit cette lettre, Paul est en prison, toutefois il sait qu’il va être libéré.

Cerise sur le gâteau, ce troisième dimanche de l’Avent, est même appelé le dimanche "en rose", puisque la liturgie permet ce jour-là, de remplacer le violet du temps de pénitence par le rose qui se rapproche du blanc de la fête.

Dans l’Evangile, Jean Baptiste nous annonce LA Bonne Nouvelle, mais elle n’est pas sans conditions. Heureusement, il précise ce que l’on doit faire, notamment pour découvrir le sens profond de la joie et ses racines.

Or, la joie évoquée ici n’est pas suscitée par une guérison, ni une promotion, ni une diminution des impôts. La joie naît de la rencontre avec quelqu’un. Une heureuse présence, qui ne supprime pas pour autant les difficultés. Mais il y a quelqu’un pour les porter avec nous, mieux les juger à leur juste valeur, chercher avec nous des remèdes ou des solutions. Ce qui est considérable.

La lettre de Paul, est aussi une véritable épître de la joie. Non pas la joie d’une réussite quelconque, mais celle d’appartenir au Christ. Nous dirions aujourd’hui : Heureux et fiers d’être chrétiens, et de pouvoir épouser le comportement du Christ dans ses relations avec Dieu et avec nos sœurs et nos frères humains.

Ce Verbe de Dieu, "Il est proche", proclame Sophonie. Tellement proche qu’ "il est en toi". Cette proximité du Seigneur, précise Paul, relativise les inquiétudes, nourrit la joie, contribue à la sérénité, et donne la paix de Dieu. C’est vraiment une Bonne Nouvelle.

Mais, explique à sa manière Jean Baptiste, si le don de la sérénité et de la joie vient de Dieu et est gratuit, il ne peut se développer et porter du fruit sans une participation active de notre part. La terre de notre cœur doit être labourée par la conversion. De même, notre agir doit être inspiré et orienté par le Christ "conçu au fond de nous-même", comme l’a écrit saint Augustin. Nous pouvons ainsi le mettre au monde en le manifestant dans nos comportements.

Ce "faire", Jean Baptiste le propose encore aujourd’hui avec des mots simples et directs, que chacun peut transformer dans l’ordinaire quotidien, non pas en vœux pieux, mais en actions concrètes de justice, d’amour et de solidarité. Tous les secteurs de la vie sont concernés et aucune catégorie de personnes n’est exemptée.

Pour suivre Jésus, pour préparer sa manifestation à Noël, il ne suffit donc pas de bâtir une crèche, ni d’organiser d’émouvantes célébrations.

Le Jean Baptiste d’hier se retrouve, par exemple, dans les animateurs et animatrices des Campagnes de l’Avent "Action Vivre Ensemble". Ils nous rappellent aujourd’hui que si les personnes, les familles, les communautés et les nations qui ont deux vêtements et de quoi manger jusqu’à posséder des surplus, les partagent avec ceux et celles qui n’en ont pas… alors, la paix et la joie seront de la partie. Pensons-y spécialement ce dimanche au moment de l’offrande matérielle, qui est un "geste solidaire en Eglise".

Plus largement, Jean nous demande aussi de ne jamais exiger l’impossible, d’éviter la violence en tout et partout. Dont celle des mots qui blessent et qui tuent. Et donc, de mettre notre point d’honneur à ne faire de tort à personne.

C’est par ces exhortations que Jean annonçait au peuple la Bonne Nouvelle. Il l’annonce encore aujourd’hui. Les paroles de l’Ecriture sont toujours neuves. Elles restent d’actualité. Elles sont proclamées dans un monde où l’argent est toujours roi, où le profit immédiat est la règle, où les écarts entre les riches et les pauvres se creusent toujours davantage.

Le Christ attend des chrétiens qu’ils soient des prophètes du comportement... Et les prophètes ne sont pas ceux qui prédisent l’avenir, mais ceux qui s’efforcent de comprendre comment la Parole de Dieu s’applique dans les situations et les problèmes d’aujourd’hui.

Préparer Noël, c’est préparer son cœur pour que le Christ vienne vraiment s’incarner dans notre vie. C’est accepter de mettre ses interpellations sur notre table. Pour accueillir vraiment Jésus, il faut être baptisés dans l’Esprit Saint et dans le feu. Car il y a, sur nos terres intérieures, du bon grain à récolter, mais également, ne l’oublions pas, de la paille à brûler.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

 

1951 - 2008

01.12.2009

Homélie du 2e dimanche de l'Avent, C

Homélie du 2e dimanche de l'Avent, C

Ba 5, 1-9 ; Ph 1, 4-6, 8-11 ; Lc 3, 1-6

Chaque dimanche, nous confessons notre foi en proclamant le credo. Mais avez-vous déjà remarqué que, dans ces textes très vénérables, se niche en très sainte compagnie une authentique fripouille : Ponce Pilate, qui a représenté pendant dix ans le pouvoir occupant romain en Judée. Un gouverneur. Le pays était douloureusement régionalisé en quatre provinces, deux à majorité juive, deux à majorité païenne, administrées par des hommes de paille, l'un étant un indigène, un fils d'Hérode le Grand, assez détaché du judaïsme et qui favorisait même les cultes païens. Parmi les autorités religieuses autochtones, l'ancien grand prêtre Anne est très apprécié en cour de Rome. Il a de solides protections. Mais la Parole de Dieu ne sera pas adressée à la hiérarchie, mais à Jean, un très modeste personnage, un original. Fils d'un prêtre, il a refusé d'être prêtre à son tour, alors que le sacerdoce israëlite était héréditaire et surtout très honorifique. Mais Jean n'avait que faire des honneurs.

Ce jeune gaillard, très peu conformiste, va prendre des initiatives chères à la tradition prophétique. Ce qui va donner du fil à retordre, et aux autorités politiques, et aux autorités religieuses. Il le paiera de sa vie.

Cependant, c'est lui qui réveillera l'espérance du peuple et lui montrera comment préparer la venue du Messie, l'accueillir et le suivre. Non pas n'importe quel messie. Un Messie pleinement humain et donc pleinement spirituel. Et c'est Jésus qui décernera lui-même à Jean l'équivalent du prix Nobel de la prophétie. Un nouvel Elie (Mt 11, 12-14).

Ces précisions historiques ont leur poids d'importance pour mieux pénétrer le mystère de l'incarnation, ses conditions et ses conséquences : "En ce temps-là…", comme nous devons pouvoir le faire "en ce temps-ci…". La tradition biblique nous enseigne en effet que Dieu "parle" et "agit" au cœur de l'histoire humaine. C'est là, et non pas en-dehors d'elle, dans les nuages, ou dans un spiritualisme désincarné, que se tisse l'histoire sainte. Toute la Bible nous montre que les initiatives de l'Esprit précèdent et épousent la mouvance et la variété des conditions sociales et culturelles, scientifiques, économiques, religieuses et politiques. Ce qui veut dire que dans ce monde où nous vivons déjà les balbutiements du règne de Dieu, tout événement est un signe à déchiffrer.

Or, en ce temps-là, qui était Ponce Pilate ? Selon les historiens de l'époque, il était inflexible et impitoyable. Il gouvernait sa province par la vénalité et la terreur. L'évangile raconte qu'il a massacré des Samaritains sur le lieu même de leur pèlerinage. L'histoire profane ajoute même qu'il y eut des milliers de victimes. Tout comme il a fait assassiner des Galiléens dans le Temple, raconte Luc, qui n'était pas un journaliste de Paris Match. Il précise même, comme les médias le feraient aujourd'hui, que "leur sang fut mêlé à celui de leurs sacrifices" (Lc 13, 1). Horrible ! Même sans images ! Un Pilate sans scrupules, qui puisait même dans les trésors sacrés du Temple pour réaliser ses projets d'urbanisme. Et j'en passe…

L'époque décrite par Baruch, des siècles plus tôt, n'était pas plus rassurante pour les Juifs, dispersés loin de leur patrie et dépourvus de tout pouvoir. Et c'est de prison que Paul fait parvenir ses encouragements aux chrétiens de Philippes. Autant de faits divers qui sont loin d'être sans importance, car c'est au cœur de ces temps de violence et de haine, de trafic et de corruption, d'humiliation et d'avenir bouché que Baruch, Paul et Jean le Baptiseur ont appelé à l'espérance, annoncé la croissance d'un monde nouveau et invité à préparer un chemin qui pouvait y conduire.

Violence, corruption, fanatisme et drogue… quatre premiers péchés des temps modernes… Nous en avons des exemples tous les jours. Or, c'est bien dans ce monde-là et non pas dans un autre que l'évangile nous invite à voir des signes d'espérance, même si l'espèce humaine nous apparaît si décourageante. L'espérance est présente au milieu de l'horreur. Si vous regardez bien, y compris dans les journaux et sur les écrans de télévision, vous découvrirez pratiquement chaque jour des signes d'espérance, d'incroyables générosités, des initiatives étonnantes pour rétablir la justice et la paix, assurer plus de solidarité, oser des réconciliations.

Le Royaume de justice et de paix se fait dans la mesure où nous accueillons le Seigneur. Encore faut-il l'écouter et le suivre vraiment.

A chacun de mettre, aujourd'hui encore, la main à la pâte. Une main capable de manier le bulldozer et la pelle mécanique, car il s'agit d'une vaste entreprise de terrassement pour creuser, aplanir, rectifier et combler. En termes spirituels, il s'agit d'un retournement, d'une œuvre de conversion. D'abord, comme le soulignait Paul, pour nous permettre de "discerner ce qui est plus important", pour pouvoir progresser en clairvoyance et en droiture. Notre cœur est toujours en chantier, le cœur du monde aussi. Mais il nous faut redresser les chemins tortueux de nos compromis et abaisser les montagnes de nos divisions.

Nous avons tous les jours des occasions de préparer les chemins du Seigneur, sans attendre des résultats. Il ne faut pas attendre les résultats et les décisions d'une commission quelconque, ni d'une réunion au sommet, qu'elle soit de l'ONU ou de l'Eglise. Nous sommes tous mobilisés pour nous laisser changer et changer le cours de l'histoire. Laissons-nous, comme Jean Baptiste, saisir, empoigner, secouer, par la Parole de Dieu. Alors, l'Avent sera l'heureux temps où chacun sera invité à redresser sa vie et à s'habiller d'espérance et de joie.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

24.11.2009

Homélie du 1er dimanche de l'Avent, année C

Homélie du 1er dimanche de l’Avent C

Jr 33, 14-16 ;

Sainte et heureuse année… liturgique ! Elle s’ouvre en effet ce dimanche, premier jour de la semaine. Durant ce temps de réveil et d’espérance, qui nous conduit à Noël, nous serons mobilisés pour un véritable combat. L’objectif étant de préparer, même modestement, une terre nouvelle, plus juste et plus fraternelle. Autrement dit, la rendre plus humaine, et donc plus respectueuse et plus conforme à la volonté du Créateur, que nous appelons Dieu, notre Père. Nous serons d’ailleurs éclairés et guidés toute l’année par l’évangéliste Luc. Un païen converti, toujours très soucieux de l’actualité, et donc de l’incarnation de la Bonne Nouvelle dans la vie quotidienne. Mais notre marche et notre espérance doivent avoir par le fait même un goût de solidarité, comme nous y invitent chaque année les campagnes d'Avent, dont l'"Action Vivre Ensemble". Excellente occasion d’aider des femmes et des hommes en difficulté, de se remettre debout et de relever la tête.

Aujourd’hui, il n’est vraiment pas nécessaire d’ouvrir la Bible pour découvrir des images et des signes de cataclysmes, que l’on imagine, bien à tort, comme l’expression de la colère de Dieu. Il suffit de voir les nombreux drogués de films d’épouvantes et de catastrophes cosmiques. Pas nécessaire non plus d’évoquer un Dieu vengeur et juge impitoyable. Le vrai danger ne vient pas d'en haut mais d'en bas. Car ce sont des causes humaines qui les provoquent. Les guerres, par exemple. Ou les épidémies, famines, trafics d'êtres humains, et toutes les sortes de pollutions, qui menacent l’avenir de la planète. Nous en sommes peut-être des témoins effrayés et des victimes résignées, mais aussi des acteurs inavoués. Or, il existe des remèdes pour empêcher le pire. Certains dépendent de nous, car il y a des comportements et des habitudes à modifier, toutes sortes d’égoïsmes à convertir.

Luc n'est pas très rassurant. C’est vrai. Cependant, le scénario catastrophe de l’Evangile n’est pas là pour nous faire peur. Il veut d’abord dire la fin du monde comme on le faisait au temps de Jésus, et bien des siècles avant lui. Dans le langage juridique de l’Ancien Testament, il y a une tradition de littérature dite apocalyptique, qui utilise un jeu d’images souvent effrayantes à partir de certains faits réels. Ces clichés stéréotypés sont devenus conventionnels et populaires…

Il y a aussi un côté positif. Ces images sont utilisées pour manifester le triomphe de Dieu du Bien sur le mal. Ce qui est une bonne nouvelle, bien faite pour nourrir l’espérance.

C’est ce que nous apprend le livre de Jérémie. Son peuple était très fidèle aux dix paroles de sagesse que sont les commandements. Et voici que maintenant, ses concitoyens ne jurent plus que par l’or et l’argent, les bénéfices, les propriétés, les plaisirs, les succès. Prophètes et prédicateurs ne sont plus écoutés… le début d’une décadence. Le pays sera envahi par les troupes babyloniennes. Jérusalem réduite en ruines. Jérémie y verra un châtiment de Dieu pour cause de rupture de l’Alliance. Une trahison. Mais Dieu n’a pas besoin d’intervenir, car le règne de l’égoïsme conduit toujours à des drames. Le prophète finira évidemment en prison. Mais il pressent qu’un jour quelqu’un viendra rétablir le droit et la justice… En attendant, chacun doit concrètement y mettre du sien : balayer devant sa porte, rectifier sa conduite, renouveler son alliance avec Dieu, de manière à instaurer un autre genre de vie et faire naître peu à peu un autre monde. Non plus celui d’un égoïsme aveugle, mais un monde d’amour, de justice et de paix. C’est encore vrai aujourd’hui.

Voyez aussi au temps de Paul. Les premières communautés chrétiennes aspiraient avec impatience, mais très passivement et surtout naïvement, au retour imminent du Christ. Chacun étant persuadé qu’il vivrait assez longtemps pour l’accueillir. Paul, comme Jérémie, va les inviter, non pas à rêver, mais plutôt à progresser dans le bien. C’est d’abord à eux de bâtir patiemment un monde nouveau. D’autant plus que rien n’est prédit pour la période finale de l’Histoire.

Par contre, nous n’avons pas à nous étonner d’entendre Jésus utiliser les images populaires de son temps pour évoquer son propre retour. C’est-à-dire, en premier lieu, chaque fois qu’il vient d’une manière ou d’une autre, au cœur de notre quotidien. D’ailleurs, il ne s’agit pas d’une fin du monde ou de la destruction du monde, mais d’abord de la fin d’un certain monde, pour en bâtir un meilleur. Une mission qui est confiée à chaque génération chrétienne. Jésus ne nous invite pas à trembler, mais à l’écouter, à le fréquenter, à rester vigilants. Et donc, à ne pas nous laisser droguer par les tourbillons de la vie ou l’excès de préoccupations matérialistes, égoïstes et purement temporelles. Et surtout, à ne pas faire taire le cri des pauvres, des étrangers, des victimes de nos égoïsmes et de nos violences.

Il ne s’agit pas d’attendre passivement, nous dirait encore Paul aujourd’hui, ni d’imaginer la fin ultime du monde ou des mondes. Faisons d’abord des progrès là où nous sommes, dans notre famille, notre quartier, notre lieu de vie et de travail. Des progrès de quoi ? Le Dieu de Jésus Christ n’est-il pas "tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour" ? Voilà matière à composer un excellent programme pour l’Avent. Car, attendre le Christ, c’est déjà le concevoir dans la fidélité à l’Evangile et l’engendrer dans le dynamisme de la charité, de la solidarité et de la justice. L’urgence et l’essentiel, c’est de bâtir avec le Christ un monde plus humain, et donc plus solidaire. De grâce, n’attendons pas demain !

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

1 Thes 3, 12 – 4, 2 ; Lc 21, 25-36