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23.02.2010

Deux homélies du 2e dimanche de carême C

Deux Homélies du 2e dimanche de carême C

Gn 15,5-12,17-18 ; Ph 3, 17 - 4, 1 ; Lc 9, 28b-36

Ouvrez le journal, suivez les dernières nouvelles sur l'écran de télévision, et voici qu'on nous offre chaque jour de multiples raisons de désespérer… Des atrocités de tous genres, des accidents en chaîne, d'incroyables injustices, ou la maladie qui nous menace, le chômage qui traumatise, des difficultés personnelles ou familiales, dont on ne voit pas la fin… Et Dieu semble totalement indifférent devant cette montagne de malheurs.

C'est alors que le doute ou l'indifférence s'introduit dans notre cœur et prend racine. Tentation de la méfiance, tentation de laisser tomber les bras.

Mais il y a des exemples contraires. Prenons celui d'Armando Valladares (Cuba), interrogé à l'émission télévisée "Apostrophe" sur ses mémoires de prison… "Comment avez-vous pu supporter toutes ces tortures physiques et psychologiques ? L'espoir de retrouver votre fiancée, votre famille" ? " Ma foi", a répondu l'écrivain. Il aurait pu reprendre le psaume 26 qui nous est proposé aujourd'hui : "Le Seigneur est ma lumière et mon salut. De qui aurais-je crainte ?… Espère le Seigneur, sois fort et prends courage."

Les Hébreux ont connu aussi des heures de découragement et de désespoir. Ils avaient besoin qu'on leur rappelle l'histoire d'Abraham, l'alliance avec Dieu et ses promesses.

Et les apôtres ? Ils avaient laissé familles, maisons, barques et filets pour suivre Jésus. Les voici passés de l'enthousiasme à l'inquiétude, et même au découragement… Pas confortable d'être disciple d'un prophète de plus en plus contesté par l'élite du monde religieux et de la nation. L'avenir, pour eux, était passé du rose éblouissant au noir inquiétant… Et avant d'affronter la dernière étape, la plus surprenante et la plus dure, la plus incompréhensible aussi, ils auront besoin d'un encouragement, de lumière et de force.

Jésus va soulever un coin du voile, leur livrer quelque chose de son secret et leur rendre l'espérance… Et Jésus va prier. Jésus prie, eux, ils dorment. Son message, ses révélations s'appuient sur la prière, sur la communauté, sur la communion avec son Père.

C'est dans la prière que tout prend un sens, même la souffrance et la mort. C'est dans la prière que l'on peut lire la signification de grâce de tout événement, et que l'on devient véritable partenaire de Dieu dans la réalisation de ses projets.

C'est dans cette intimité, dans cette proximité que la prière de demande peut mûrir les projets, les passer au crible de l'Evangile, et se purifier jusqu'à devenir gratitude et disponibilité : "Père, que ta volonté soit faite, non la mienne…". La sérénité en toute circonstance.

C'est à partir d'une certitude profonde et intérieure que Dieu reste Dieu même au-delà de la mort et de l'échec total, que peut se produire une transfiguration intérieure et extérieure, une intense présence de Dieu, un rayonnement inaccoutumé, une extase, une perception de ce qui nous attend au bout du chemin…

Mais il faut passer par la souffrance, veiller et prier pour comprendre le sens de la route. Il y a certes des moments de Paradis, de lumière, de certitude… qu'on ne peut retenir. Des instants, qui sont bonne nouvelle de résurrection et d'espérance, que les chrétiens ne peuvent garder pour eux. Ils ont à tenir bon et à prendre le même chemin que Jésus…

La prière transfigure l'être et l'agir . Elle transfigure la vie, et l'être humain transfiguré est signe du monde nouveau déjà à l'œuvre.

L'ultime recommandation vient du Père… Ecoutez-le ! J'ai mis mon Esprit sur lui. Il apportera au peuple la vérité, dit l'Ecriture.

Ecoutons-le… Il nous dira de prier pour entrer en communion avec le Père et l'Esprit, et en être transfigurés, renvoyés au combat, à l'incertitude de la route, aux obstacles, épreuves et pauvretés qui la jalonnent, pour rayonner la Bonne Nouvelle, et donc faire reculer famine, misère, injustice et violence en s'attaquant aux causes qui ne cessent de les produire.

Prière, dépouillement, partage, les trois inséparables de l'itinéraire spirituel dont le carême est échantillon et modèle.

 

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

Homélie du 2e dimanche de carême C

 

Thème : "Un avant-goût d'ailleurs"

(Prononcée en 1998 en la cathédrale des SS. Michel et Gudule (Bruxelles), l'homélie suivante est marquée par les événements de cette époque. Le thème général de ce carême était " Retrouver le souffle et la liberté de l'Esprit")

Nous aurions tort de ne pas contempler de temps en temps les étoiles. Elles nous font lever la tête. Alors que trop souvent nous avons le nez et les yeux rivés au sol. Ce qui risque de nous faire vivre à courte vue. Par contre, le firmament nous entraîne vers l'infini et son mystère, où se rejoignent l'origine et la fin, l'alpha et l'oméga. Un vide immense, où règne l'Esprit. Un royaume de signes et de silence. Mais un silence habité, comme tous les silences.

Voilà bien un cadre merveilleux pour visualiser une expérience spirituelle et lire en lettres de vie le sens surprenant des événements d'une vie ordinaire. Voire même d'une existence éprouvée, douloureuse et décevante, comme ce fut le cas pour Abraham il y a prés de 4.000 ans.

Abraham ! Un apatride vagabond, et pire que tout, sans enfant. Et voici que durant un exode follement aventureux, ce mendiant d'espérance, ce chercheur de sens a l'intuition d'un Dieu qui non seulement vient à sa rencontre, mais qui le cherche. Non pour le soumettre à la question, mais pour faire alliance avec lui. En faire un fils, un ami, un héritier. Proposition étonnante mais gratuite. Une alliance de cœur et d'esprit... Abraham eut foi dans le Seigneur. Imaginez la transfiguration de cet immigré après une nuit passée au clair des astres.

Jusque-là, c'était l'homme qui, en pataugeant dans le noir et dans une crainte sacrée, était en quête de Dieu. Désormais, la nouvelle religion comprendra que Dieu prend aussi l'initiative de venir à la rencontre des hommes. Pour établir une Alliance. Non de maître à esclave, mais entre partenaires... C'était le début d'un long itinéraire qui est encore le nôtre aujourd'hui. La marche lente de tout un peuple, faite très prosaïquement d'infidélités et de pardons, de chutes et de recommencements. Des zones d'ombre et des zones de lumière. Un itinéraire balisé par des prophètes. Ils viennent très régulièrement claironner les avertissements d'une "Parole sur Dieu", riche de ses conseils et de ses directives. De ses déceptions aussi, de ses encouragements et de ses projets.

Sur les bords du chemin, les pèlerins de la liberté trouvent des publicités alléchantes habilement placées par les idoles et les faux dieux. Saint Paul vient de nous le rappeler en évoquant tous ces gens dont le ventre est devenu leur dieu. "Ils ne tendent que vers les choses de la terre, oubliant que nous sommes tous citoyens des cieux". Citoyens des cieux, oui, vraiment ! Et cependant bien au cœur du monde, mais pas pour s'y installer. Voyez Jean-Claude Barrault dans "L'illusion de l'An 2000", qui met en garde contre la fuite en avant d'un culte aveugle de la modernité et du progrès. Une nouvelle idole parmi les idoles plurielles de l'économie.

Nos 40 jours de carême nous permettent ainsi de découvrir le vrai visage de notre exode. Un pèlerinage de transformation progressive de la chair périssable à la transfiguration définitive de tout l'être. Notre avenir est au-delà de la mort. Mais cet "ailleurs" se construit maintenant au quotidien.

Dans le passé, la connaissance mutuelle des partenaires s'est éclairée. Le peuple des croyants a pris progressivement conscience, et de la présence, et de la proximité de Dieu à notre terre. Et il doit encore aujourd'hui poursuivre sa recherche inlassablement. Jadis, certains ont même compris un jour que Dieu, en Jésus Christ, allait venir habiter lui-même le cœur de chacun et y faire souffler son Esprit qui est l'Amour en Dieu.

Mais si le Verbe s'est fait chair, s'il est venu chez les siens, les siens ne l'ont pas reçu (Jn 1, 11). Le mystère de l'Incarnation, écrit le cardinal Etchegaray, "est, j'ose dire, tout ce qu'il y a de plus brut : c'est un vin sec et non pas un vin doux". C'est vrai ! Tellement sec qu'il râpe notre esprit et notre conscience. D'instinct, nous préférons un Christ purement spirituel, qui pourrait se contenter d'une religion désincarnée. Mais l'Evangile a été annoncé et ne peut être vécu qu'en pleine terre.

Cependant, être disciple d'un Messie applaudi, c'est une chose. Suivre un prophète qui soulève les oppositions, c'en est une autre. Or, les disciples l'entendent avouer qu'il devra beaucoup souffrir, être rejeté, y compris par les prêtres, les théologiens et la hiérarchie religieuse. Jusqu'à être excommunié et même tué. Incroyable ! Et insupportable ! Même si Jésus avait glissé en finale cette explication à première vue inintelligible qu'il ressusciterait le troisième jour.

La même réalité est annoncée, répétée et vécue aujourd'hui. L'Evangile est toujours provoquant et dérangeant. Son incarnation nous heurte de plein fouet. Chacun, en effet, est confronté à l'héroïsme quotidien d'aimer son prochain comme soi-même. De garder aussi confiance et fidélité en Dieu, sachant qu'en définitive, nous sommes destinés à la gloire. Voilà le vrai credo. Un credo incarné. Infiniment plus authentique que celui des formules, même orthodoxes, récitées, proclamées ou chantées.

Nous avons donc besoin de haltes et d'encouragement pour éclairer et nourrir la foi, stimuler l'espérance. Voyez les disciples. Ce jour-là, ce n'était plus l'enthousiasme des barques et filets que l'on abandonne. Des signes étonnants et des succès de foule leur avaient donné des ailes. L'opposition des autorités religieuses et civiles les avait brisées... Et la suite annoncée par Jésus apparaissait comme le désastre d'un échec. Les disciples étaient abattus, déprimés, comme nous pouvons l'être nous-mêmes. Non sans raison.

La transfiguration est venue atténuer leurs inquiétudes, sans pour autant les vacciner contre toute peur et tout découragement. Encore faut-il comprendre que la scène décrite par saint Luc n'a rien d'un reportage. Il s'agit d'une expérience spirituelle, traduite dans le "grand spectacle" traditionnel d'une théophanie. Les mots qui l'habillent sont riches de sens. Mais le code biblique pour les déchiffrer bien souvent nous échappe.

Ici, ce qui importe d'abord, c'est le mystère du Christ et celui de sa prière. Une prière intense. Une prière de cœur. Car c'est "le cœur qui est le vrai lieu de la prière". Le tête-à-tête le plus secret qui soit. Mystère d'une rencontre, d'une harmonie, d'une communion. D'esprit et de volonté. La plénitude d'un instant. Un instant d'accomplissement.

Or, un tel état de feu et de rayonnement intérieur, doit nécessairement transparaître. C'est pourquoi, "le visage de Jésus devint autre", note Luc très discrètement. Ce que traduit très joliment un poème du bréviaire : "Sur son visage un instant passe le reflet d'une gloire inconnue". Ce qui a donné aux disciples un avant-goût d'ailleurs. Ce quelque chose d'inhabituel qui éclaire déjà notre provisoire d'une lueur de définitif.

N'allez pas croire pour autant que les disciples ont compris d'emblée. Ce n'est qu'après la résurrection qu'ils en découvriront le sens. Et encore plus tard sans doute qu'ils prendront conscience eux-mêmes de leur vie déjà transfigurée par la Foi au Christ ressuscité.

Ce qui veut dire que "dans nos vies, marquées par tant d'épreuves et d'échecs, la vraie prière peut nous transformer, nous transfigurer. Tout comme nous transfigure une démarche d'amour, de pardon, de justice et de paix, de solidarité et d'entraide". Car, faut-il le rappeler, la vraie prière, nourrie par la rumination de la Parole est communion à la volonté du Père. Elle l'incarne. C'est ce qui peut donner aux chrétiens "un air sauvé", un "air transfiguré" et donner à leur témoignage l'avant-goût d'un Royaume de Dieu déjà en croissance ici-bas.

C'est ce qui arrive quand des hommes et des femmes de toutes conditions, races et religions, donnent de leur temps, de leurs compétences, de leur expérience et de leurs biens, pour se faire un instrument de l'Amour au service des personnes et des peuples qui sont dans la détresse. Ce qui revient à vêtir le Christ, à l'accueillir, le soigner, le respecter, l'honorer, disait Grégoire de Naziance au 4e siècle. Et comme il avait de l'humour, il ajoutait : Mais pas seulement comme l'avaient fait, du vivant de Jésus, les mages, la femme pécheresse, Joseph d'Arimathie ou Nicodème.

Il y a deux semaines, jour pour jour, un jeune père de famille de retour de l'étranger, me disait presque mot à mot : pendant des mois, j'ai vu dans les bas fonds d'une grande ville de petites équipes d'hommes et de femmes le visage transfiguré par la charité, accomplir des merveilles parmi les sans abri et autres exclus. Ils m'ont donné envie de croire. Je leur dois aujourd'hui ma conversion et mon baptême. Ma vie en a été transfigurée. La nôtre peut l'être aussi. Alors, comme les disciples, nous pourrons poursuivre notre route et nous enfoncer avec confiance dans le brouillard du quotidien.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

 

1925 - 2008

16.02.2010

Deux homélies du 1er dimanche de carême C

Deux Homélies du 1er dimanche de carême, C

Dt 26, 4-10 ; Rm 10, 8-13 ; Lc 4, 1-13

D'un côté : Jésus ; de l'autre : Satan. Un affrontement symbolique entre deux forces radicalement opposées. L'enjeu du combat : la vérité de la Parole de Dieu. C'est la Parole divine que Satan utilise, mais il l'interprète pour la mettre au service de l'être humain et de ses appétits d'avoir et de pouvoir.

 

Jésus, au contraire, se présente comme le révélateur parfait de l'authentique Parole de Dieu. Il ne la détourne pas à son profit. Il évite les trois pièges qui résument, comme le dit Luc, toutes les formes de tentation. Ces tentations qui ont été celles des Hébreux en route vers la Terre Promise, ces tentations qui sont les nôtres. Mais nos réactions et nos réponses n'ont pas toujours la vérité et la qualité de celles de Jésus.

Le carême, c'est un temps favorable, une chance à ne pas manquer pour tester l'authenticité de notre vie chrétienne, la soumettre à l'épreuve et à la critique évangélique.

Pour ceux qui aiment les précisions, il faut savoir que le nombre 40 ne signifie pas 2 x 20. C'est un nombre conventionnel qui, dans l'antiquité, désignait particulièrement le temps nécessaire à la maturité de la vie. Dans l'Ancien Testament, c'est une période assez longue, la durée d'une génération : 40 ans au désert, 40 jours de jeûne, et les apparitions de Jésus ressuscité pendant 40 jours, 40 jours de préparation au baptême, culminant dans l'eucharistie pascale.

Nous avons aussi nos 40 jours de carême. Une période, un temps fort, où nous sommes invités à faire une certaine expérience du désert et à nous détourner de tout ce qui nous masque les véritables biens, une route de purification, de retour vers Dieu, de conversion.

Les tentations de Jésus et ses réponses peuvent nous inspirer bien des réflexions et des résolutions pour aujourd'hui.

Que signifient pour vous, aujourd'hui, les tentations de Jésus ?

Je vous fais partager la méditation et la découverte de quelques personnes qui ont voulu répondre à cette question.

"Ce n'est pas seulement de pain que l'homme doit vivre…". Il est nécessaire, mais il y a des choses aussi essentielles, essentielles pour nous, essentielles pour les autres. L'être humain a besoin de dignité et de respect, de bienveillance et de compréhension. Si nous portons sur les autres non pas le regard intéressé, jaloux ou envieux de Satan, mais le regard de Jésus, qui est l'amour pur, nous serons attentifs aux souffrances d'autrui, souffrances du chômage, souffrances morales, souffrances de la maladie ou de la solitude. Le regard purifié transformera notre action. Notre présence sera réconfort, notre accueil plus chaleureux, notre discrétion encourageante et notre prière authentique.

A la tentation du repli sur soi-même, nous répondrons par notre volonté de partage, autre face du jeûne. Les jeûnes des nourritures du corps, de la variété des plaisirs, de l'abondance des facilités, se convertiront en pain pour les affamés, en nécessaire pour les démunis, en joie pour les accablés. L'aisance matérielle, la richesse et la diversité de nos dons et talents, le capital temps accumulé par les bienfaits de la technique, l'usage des voitures et autres instruments pourront se transformer en services de tous genres.

Ici encore, une tentation nous guette : celle de la vanité, la chasse aux louanges et à la reconnaissance, quand ce n'est pas au pouvoir. Satan risque de brouiller à nouveau notre regard et nos intentions. C'est en contemplant Jésus dans la prière que nous jetterons sur nous-mêmes un regard vrai et purifié, donc humble et réaliste.

Affrontés aux difficultés, à l'avenir menaçant, une troisième tentation nous guette : réclamer, sinon exiger, de Dieu protection, privilège et miracle. C'est tenter Dieu et le mettre à l'épreuve. Jésus n'a jamais fait appel à la protection des légions d'anges. La foi en Dieu nous invite à faire confiance à la vie, et même à l'avenir, à condition de le préparer nous-mêmes, de nous fortifier pour les combats présents et futurs, en nous appuyant sur la force même du Christ, et en le suivant, débarrassés de tout ce qui peut freiner la marche. Nous pouvons compter sur lui, mais il doit pouvoir compter sur nous.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

   1925 - 2008

1er dimanche de carême, C

Dt 26, 4-10 ; Rm 10, 8-13 ; Lc 4, 1-13

Thème : "Une chance à saisir"

 

(Prononcée en 1998 en la cathédrale des SS. Michel et Gudule (Bruxelles), l'homélie suivante est marquée par les événements de cette époque. Le thème général de ce carême était " Retrouver le souffle et la liberté de l'Esprit")

 

Savez-vous que dans cet élégant vaisseau gothique, comme dans la plus modeste des églises, l'Esprit Saint peut, sans le moindre avertissement, "tomber brusquement sur ceux et celles qui écoutent la Parole", nous révèlent les Actes des Apôtres (10, 44). Avec, pour conséquence, des tremblements de cœur et des esprits brusquement enflammés.

Chaque assemblée dominicale peut être vécue comme une Pentecôte. Nous n'en sommes pas pour autant convaincus. C'est donc un rappel. Tout à fait d'actualité, puisque cette année consacrée à l'Esprit Saint nous invite à être attentifs à sa présence et à son action. Voilà une première chance à saisir. Il faut en profiter, car il nous arrive trop souvent de ne pas entendre et de ne pas écouter l'Esprit. Or, il se manifeste, discrètement, par des signes. Et nous passons outre sans même chercher à les comprendre. "Dieu était là et je ne le savais pas", titre Stan Rougier (Presses de la Renaissance, 1998).

Savez-vous ? Croyez-vous ? que nous sommes vraiment habités par l'Esprit ?

Toutes proportions gardées, nous sommes ce matin, comme Jésus au Jourdain. Remplis de l'Esprit Saint. Un Esprit qui veut nous conduire, nous pousser, à travers un désert symbolique durant 40 jours.

Tout désert est "un lieu de recueillement et de retour à l'essentiel" (Jean Paul II). Une occasion providentielle pour vivre aujourd'hui, personnellement et en Eglise, quelque chose de l'expérience du peuple Hébreu durant son exode. Et quelque chose de l'expérience intérieure de Jésus. Car lui aussi, parfaitement homme, a été confronté aux exigences de sa mission et à l'épreuve des tentations.

Cette quarantaine, qui nous prépare à la renaissance pascale, est pour nous l'occasion de prier, de descendre en soi, de nous recueillir en présence de Dieu et de son esprit d'amour qui habite l'intime de nous-même. Encore une chance à saisir pour découvrir ce que nous sommes. Car il y a aussi ce que nous croyons être. Et ce que nous voulons paraître.

Voilà un appel pressant à la conversion. Et donc déjà un espoir de transfiguration. Qui que nous soyons, quel que soit notre âge, notre état de santé, nos obligations de tous genres, ce temps nous est gracieusement offert pour reprendre souffle et acquérir cette merveilleuse liberté de l'Esprit qui délivre. Or, nous avons toujours besoin d'être délivrés de certaines chaînes qui freinent notre marche et même nous paralysent. Chaînes de l'habitude et celles de l'ignorance, les chaînes des certitudes aveugles, et donc orgueilleuses. Chaînes aussi de la peur du changement.

Entreprendre une expérience de carême n'est donc pas un simple exercice de piété. C'est une véritable guerre sainte. Les combats menés par les Hébreux et par Jésus ne sont pas de la figuration. Les nôtres non plus. "L'ascèse chrétienne, estimait Rimbaud, est un combat plus dur que la bataille d'hommes".

Ce que les témoignages bibliques nous révèlent, c'est bien l'expérience des trois grandes tentations auxquelles les humains de tous les temps sont confrontés. Les tentations majeures de tout homme, écrit André Thayse, "la puissance économique, la puissance politique, la puissance idéologique et religieuse..." (Luc, l'Evangile revisité, Ed. Racines/Lumen Vitae 1997, p 59).

La première évoque l'appât des biens matériels, celui des nourritures terrestres. Le culte et l'idolâtrie du Mammon de toujours. Le dieu de l'Avoir, de la consommation et de toutes les gourmandises. A tout prix. Même s'il faut en faire payer le prix fort aux plus faibles et aux plus démunis. Pourquoi, en effet, et partout, le fossé ne cesse-t-il de s'agrandir entre ceux qui ne manquent de rien et ceux qui manquent à peu près de tout ?

Parce que, entre autres choses, il existe aujourd'hui une philosophie de l'homme "programmé" par et pour le marché. "L'homme-marché", traduit un économiste, celui d'une époque "où le travail, à tous les niveaux, se voit livré à une pure logique d'intérêt". La vie d'un homme, avouait le personnage cynique d'un film récent, vaut ce qu'elle vaut sur le marché du travail. Rien de plus.

Mais nous savons que l'on peut être "matériellement rassasié et spirituellement privé de finalité, de sens et d'amour". Il y a d'autres faims. Et en définitive, selon l'expression de Jean-Paul II, il y a une "faim de Dieu qui dévore l'homme".

Autre tentation universelle, celle du pouvoir. La détention de la moindre autorité procure une sorte d'ivresse qui rend aveugle, sourd et impitoyable. Une arme qui conduit à tous les compromis pour qui veut s'imposer, dominer, profiter. Y compris à la plus petite échelle de la vie ordinaire. Un pouvoir qui monte à la tête et qui fait oublier et Dieu, et la personne humaine. Nul d'entre nous n'échappe à ce genre de sollicitations insidieuses et quotidiennes. Elles font des ravages dans tous les secteurs. Ce qui crée des situations d'oppression dans les couples et les familles, à l'école, au travail ou dans les cloîtres, dans l'industrie, la politique ou le commerce, dans les nations et dans les Eglises. Le pouvoir, la réussite, le prestige et la gloire m'appartiennent, susurre à nos oreilles l'esprit du Mal. Il suffit pour les acquérir de se prosterner devant lui, fait dire Luc au Démon tentateur.

Même Jésus, ne craignons pas de le constater, a été tenté par un messianisme terrestre et triomphant, que réclamaient ses partisans. "Jésus, sachant qu'on allait venir l'enlever pour le faire roi, se retira à nouveau seul dans la montagne." (Jean). Tentation encore du prestige que procure l'action d'éclat. Transformer, par exemple une pierre en pain. "N'es-tu pas le Messie ?" Alors ! ... Tout comme nous voudrions quelquefois que Dieu envoie des légions d'anges pour mettre fin au massacre des innocents, aux escalades de la violence et de l'injustice. Mais sans vouloir pour autant changer quoi que ce soit à nos propres comportements. Et cette autre tentation millénaire de vouloir mettre Dieu en demeure d'accomplir un miracle. Comme les Hébreux au désert qui en réclamaient : "Le Seigneur est-il au milieu de nous, oui, ou non ?" (Ex 17, 7). Qu'il le montre ! Perpétuelle tentation toujours actuelle de vouloir chercher preuves et assurances dans les faits merveilleux, les révélations et les apparitions. Recherche bien peu évangélique de l'extraordinaire.

C'est pourquoi, les mystiques nous invitent au "jeûne spirituel". Celui qui nous apprend "à jeûner de l'amour du pouvoir et de la vaine gloire. A ne pas alimenter notre amour propre". A jeûner aussi "de la médisance, de la parole mensongère et peut-être meurtrière", écrit le théologien orthodoxe Olivier Clément. Un jeûne qui "affronte et limite les deux "passions-mères" (que sont) l'avidité et l'orgueil". Invitation pressante enfin à ne pas oublier "la grande tradition du partage, sans lequel le jeûne n'est qu'un pur ritualisme" (La Croix, 24.02.98).

Déjà au 4e siècle, Jean Chrysostome, "la bouche d'or", mettait en garde ses auditeurs : "Vos chiens sont nourris avec soin. Mais, à votre porte, vous laissez mourir de faim Jésus-Christ lui-même." Et que dirait-il aujourd'hui des variétés de menus sélectionnés, offerts aux animaux domestiques. Et il n'y a pas que la porte de nos maisons, il y a celles de nos pays. Sans oublier les multiples faims réelles de l'humanité. "Si la ville est un territoire de crises, il doit être aussi celui des renouveaux, suggère le journal "Sans abri".

Mais il n'y a pas que le temps du carême. Les harcèlements tentateurs que Jésus a eu à subir au début de sa vie publique ont été poursuivis par ses adversaires. Il y aura, comme aujourd'hui encore, les mécontents d'avoir été dérangés dans la quiétude de leurs habitudes et de leurs certitudes définitives. Ils ne cesseront de le critiquer, comme on critique tous les prophètes. D'autres tenteront de le mettre en contradiction avec la Parole de Dieu et les commandements de la Loi. Ils lui opposeront même des paroles de l'Ecriture, exactement comme le Démon au désert. Mais des paroles desséchées par la lettre, rapetissées par l'étroitesse de leur esprit, durcies par l'insensibilité de leur cœur de pierre. C'est toujours d'actualité.

C'est dire qu'aujourd'hui comme hier, une Parole de Dieu, une parole de l'Evangile, une parole du Coran, peut être détournée de sa source et de sa signification, pour être mise au service d'une idéologie religieuse, d'un pouvoir totalitaire.

Jésus, au désert, a été tenté par le Diable. Parfaitement !, disait saint Augustin. "Le Christ a été tenté par le Diable ! Mais c'est toi qui dans le Christ étais tenté. Et c'est en lui que tu es capable de dominer l'esprit du Mal. Reconnais donc que c'est toi qui es vainqueur en lui". Le combat n'est donc pas au-dessus de nos forces. La conversion non plus.

C'est une publicité du moment qui m'inspire cette dernière interpellation synthétique. Cette pub chante les mérites de l'Exposition Batibouw, qui vient de s'ouvrir et qui ambitionne d'être sur le plan matériel ce que nous pouvons dire du Carême sur le plan spirituel : "Le grand rendez-vous annuel de la construction...". Ajoutons-y (du Royaume de Dieu)... "Un secteur particulièrement créatif et novateur" ... Et je complète : quand on se laisse éclairer, conduire, bousculer et pousser par l'Esprit.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

 

1925 - 2008

 

09.02.2010

Homélie du 6e dimanche ordinaire C

Homélie du 6e dimanche ordinaire C

Jr 17, 5-8 ; 1 Co 15, 12-16, 20 ; Lc 6, 17. 20-26

Vous connaissez sans doute l'énorme succès des jeux télévisés, dont les vainqueurs peuvent gagner des millions. Une vraie béatitude. A croire que le bonheur s'achète. Mais au fond de nous-mêmes, nous savons qu'il n'en est rien.

Une émission de télévision sur le thème " Heureux, vous qui êtes pauvres, le Royaume de Dieu est à vous ", n'aurait sans doute pas le même succès. Il est vrai qu'un avenir d'abondance, de réussite et de plaisirs gratuits, est plus mobilisateur que le Royaume de Dieu. Mais ce Royaume de Dieu dès ici-bas, n'est pas un lieu particulier, tel un paradis terrestre. Il s'agit plutôt d'une situation, d'un état, de vraie liberté et de pleine ouverture. Etre libéré de l'esprit d'orgueil et de suffisance. Ne plus être recroquevillé sur soi-même, reconnaître ses limites et ses faiblesses, et donc aussi ses pauvretés. C'est ainsi que l'on acquiert la pauvreté du cœur, qui est une véritable richesse pour l'esprit.

Mais rares, semble-t-il, ceux et celles qui s'abreuvent à la meilleure source. D'instinct, on lorgne vers la puissance, la richesse, les influences, les relations : l'Avoir et le Pouvoir. Alors même qu'il faut chercher ailleurs des appuis et des sécurités, rappelaient déjà les prophètes du premier Testament. Tout comme il est vrai que l'appétit, puis la boulimie d'argent dans la course au bonheur, devient vite violence, détournement et crime. Je songe au commerce de la drogue, celui des armes, les hold-up sanglants, les détournements de l'argent public, et jusqu'au trafic des êtres humains à petite et grande échelle. Mais, sans aller jusqu'à ces extrêmes, nous cherchons trop souvent du mauvais côté.

C'était déjà vrai au temps du prophète Jérémie. Il vit à une époque d'idolâtrie, de corruption et d'aveuglement politique. Les dix paroles de sagesse, les dix commandements, deviennent gênants et l'on s'efforce de les oublier. Commentaire de Jérémie : "Le peuple a abandonné la source vive qu'est le Seigneur, pour se creuser des citernes craquelées, qui ne tiennent pas l'eau" (Jr 2, 13). Or, c'est précisément en se laissant éclairer et guider par cette Loi que l'on peut aboutir à une vie plénière. En effet, loin d'empêcher de vivre heureux, elle est un précieux allié. Les chemins qu'elle indique sont les plus sûrs. La sagesse qu'elle inspire produit la meilleure qualité de vie, la meilleure façon de vivre heureux. Ce qui implique des choix. Notamment, celui de renoncer aux idoles de l'or, du pouvoir, du plaisir à tout prix. L'abondance ne crée pas le bonheur.

L'Evangile est bien une Bonne Nouvelle. Non seulement, il nous invite au bonheur, mais il nous en fait découvrir les vraies sources. En toute vérité et simplicité, sans utiliser les appâts de la publicité, qui embellit jusqu'au mensonge. Vivre les Béatitudes, c'est donc une manière d'être, évangélique. Ce qui n'a rien à voir avec un certain mépris des biens de la terre ni l'exaltation romantique, ou quelque peu fanatique, de la misère ou de la mendicité. De toute manière, une expérience séculaire le prouve, la pauvreté matérielle, même volontaire, ne conduit pas nécessairement à la pauvreté spirituelle. C'est même parfois le contraire. Par contre, ne pas se soucier que de ses intérêts personnels, se vouloir plus solidaire des éprouvés, lutter pour plus de justice, c'est déjà faire œuvre de pauvreté spirituelle.

Un siècle avant François d'Assise, un des Pères de l'Eglise enseignait que la vraie pauvreté de l'esprit, qui donne le bonheur, est plus dans l'humilité du cœur que dans la restriction des biens domestiques. Elle consiste plus à se défaire de son orgueil qu'à mépriser la fortune matérielle. On possède quelquefois sa fortune d'une manière utile, disait-il. Il est même sot et ridicule de se dépouiller de ses richesses et de s'enfoncer dans les défauts des riches. Sa conclusion : "Rien n'est même plus détestable qu'un pauvre orgueilleux".

De toute façon, que l'on soit riche ou pauvre matériellement, personne n'échappe à la pauvreté d'une santé devenue précaire, ni à celle du vieillissement. Autant d'occasions, et d'autres encore, de vivre l'humilité et la solidarité spirituelle avec la foule immense de tous les appauvris et éprouvés de ce monde.

Pour conclure, une question : Connaissez-vous "Les théories du parachute" ? (1) C'est un livre de François Desplats, journaliste de télévision et de radio, marié, père de quatre enfants, qui pendant plus de quatre ans s'est battu contre un cancer révélé brutalement. Il a raconté son combat. C'est la foi chrétienne de cet amoureux de la mer qui lui a permis "d'affronter le gros temps de sa dernière épreuve". Durant cette ultime étape, il a même rêvé de réaliser un film dont le sujet serait… devinez… : "Les Béatitudes" : "Je veux dire merci à Dieu, car je sais que même si la mer se déchaîne, il n'est pas prêt de me lâcher la main".

  1. Ed. Anne Carrière

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

02.02.2010

Homélie du 5e dimanche ordinaire C

Homélie du 5e dimanche ordinaire C

Is 6, 1-8 ; 1 Co, 15, 1-11 ; Lc 5, 1-11

C’est sur sa propre barque, et en plein travail, que Simon, le petit patron pêcheur, s’est fait interpeller par un charpentier, qui n’y connaissait rien dans le repérage des bancs de poissons, ni dans le lancer des filets. Tellement peu qu’il s’est fendu d’un conseil saugrenu et dangereux. Mais Simon-Pierre lui fait confiance jusqu’à prendre le risque d’avancer au large. En réalité, l’objectif de Jésus était tout autre. Il s’agissait de confier à une poignée de pêcheurs une toute autre mission. Celle que recevront plus tard tous les baptisés. Non pas une mission de pouvoir, mais une mission de service. Appelé et envoyé pour annoncer. Une vocation chrétienne générale, et donc pas nécessairement une vocation sacerdotale ni une vocation religieuse.

Je prends d’autres exemples. Ainsi, il y avait une fois... un jeune aristocrate appartenant au milieu distingué de la capitale de son pays. Il fréquentait assidûment les grands de ce monde. Proche du Palais, il connaissait jusqu’aux dessous de la politique. Ardent patriote, il était sans doute voué à une brillante carrière. Un jour, il assiste à une liturgie solennelle, et il est bouleversé d’entendre chanter "Saint, Saint, le Seigneur, Dieu de l’Univers, la terre est remplie de ta gloire...". Or, c’est un royaliste convaincu. Et voilà qu’à 25 ans, il découvre tout d’un coup que finalement c’est Dieu le véritable roi, le roi des rois. C’est donc lui qui mérite parfaite obéissance et total dévouement. Alors, il prend conscience de la vanité de ses choix, de l’orgueil qui le mène et qui aveugle aussi son peuple, plus préoccupé d’argent et de plaisir, que de fidélité à la Parole de Dieu.

Cet homme, au caractère décidé, intrépide, se porte alors volontaire au service de Dieu et de sa Parole. C’est ainsi que cet aristocrate politicien va se faire l’audacieux et infatigable témoin et le porte parole du Seigneur. Il ne se laissera rebuter ni par l’indifférence ni par l’hostilité ni par les oppositions et les moqueries de ses concitoyens. Il ne fut ni prêtre ni religieux, mais tout simplement époux et père de famille. Il fut surnommé le Prince des prophètes. Il s’appelait Isaïe..

Autre exemple, celui d’un intellectuel, spécialiste de la Bible, ultra conservateur, fanatique des "traditions". Un homme intolérant. Il fut en son temps un adversaire et un persécuteur impitoyable des chrétiens. Or, un jour, le temps d’un éclair, il comprend l’horreur de son comportement. Il est retourné comme une crêpe. Devient apôtre de Jésus Christ. Mais il lui faudra du temps pour se faire accepter, car les chrétiens qui le connaissaient en avaient peur. Il est bien connu sous le nom de Paul de Tarse. C’est même une colonne de l’Eglise.

Plus près de nous, connaissez-vous Madeleine Cinquin ? Elle a connu une jeunesse frivole. Cerise sur le gâteau, elle était dotée d’ "un caractère épouvantable, têtue, capricieuse, autoritaire et coléreuse". Ce qui ne l’empêchera pas d’entrer au couvent. Elle sera professeur de Lettres, jusqu’à l’âge de sa pension, mais toujours pour des élèves de la haute bourgeoisie, aussi bien française que turque, tunisienne ou égyptienne. Puis, tout d’un coup, à 60 ans, elle veut consacrer le reste de sa vie aux lépreux. Mais le nonce en Egypte lui propose un bidonville de chiffonniers. Elle y verra un appel et dira oui à l’ "enfer". Madeleine, dite Sœur Emmanuelle, restera toujours aussi têtue.

Dieu n’appelle jamais des "parfaits". Il appelle n’importe qui, n’importe comment et n’importe où.

A notre époque, par exemple, il peut surprendre n’importe qui, interpeller, appeler, sur le quai du métro ou dans une grande surface. Il en est qui l’ont rencontré en soignant des blessés, d’autres durant leur séjour en prison, à la suite d’une épreuve ou d’une lecture d’évangile, d’un service rendu ou reçu, ou encore d’un témoignage découvert sur le petit écran. Celui que l’on a surnommé le grand silencieux n’est jamais muet. Il nous fait signe constamment, en plein travail ou en plein bouchon, au restaurant ou dans la buanderie. Il faut cependant reconnaître que tout appel suscite d’emblée un certain désarroi, peut-être même une belle frayeur. L’interpellé prend brusquement conscience de ses limites et des risques encourus. Isaïe, par exemple, a commencé par trembler et à paniquer. Mais il a pressenti que Yahwé avait besoin des humains pour s’adresser aux humains. Il s’est porté volontaire, pour servir de messager d’une Parole qui invitait à la conversion son propre peuple, empêtré dans toutes sortes de "combines" humaines. Ce qui traduisait un manque de foi en Dieu, et un oubli de l’essentiel.

Au-delà des jugements et des calculs de la prudence humaine, tout relève en définitive du domaine de la confiance. Tout dépend d’elle. Ce sont bien là les risques de la foi. Et l’on n’a rien sans risque !

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

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