26.01.2010
Homélie du 4e dimanche ordinaire C
Homélie du 4e dimanche ordinaire C
Jr 1, 4-5, 17-19 ; 1 Co 12, 31 - 13, 13 ; Lc 4, 21-30
Il est bien agréable et enrichissant de pouvoir savourer discours, conférences ou homélies d'un orateur de talent quand son art est mis au service de ses compétences. Connaissance ou témoignage bien et clairement exprimé est régal pour l'oreille, réconfort pour le cœur, nourriture pour l'esprit. Le commentaire qu'a fait Jésus du livre d'Isaïe dans la synagogue de Nazareth a séduit son auditoire. "Tous exprimaient leur admiration à l'égard de Jésus et s'étonnaient des paroles merveilleuses qu'il prononçait".
Accueil bien chaleureux, mais de courte durée. Le charme fut rompu par ce refus borné de recevoir une leçon de ce simple "fils de Joseph", charpentier du village. Jugement superficiel et mesquin, orgueilleuse résistance à tout changement et conversion. Jalousie aussi et déception d'avoir moins reçu que ceux de Capharnaüm, le village voisin.
Comble de l'intolérable, voici que ces pieux croyants et pratiquants sont comparés aux plus fidèles de leurs ancêtres dans la foi ! Le lieu de prière devint aussitôt foire d'empoigne… Explosion de colère, cri de fureur, mouvement de protestation. Jésus est conspué, empoigné, chassé de la synagogue et menacé de mort. Il s'en est fallu de bien peu pour qu'on le retrouve le crâne fracassé au fond du ravin. Un classique dans l'histoire des prophètes.
Ceux qui accueillent le Christ et ses messagers sont souvent aussi ceux qui les rejettent et les condamnent. Applaudissement pour la "vedette", la grandeur et la beauté de l'idéal proclamé. Mais indifférence, sinon opposition d'inertie ou de violence aux exigences présentées.
Le prophète est celui ou celle qui a reçu de Dieu le don ou charisme de la parole, non pour flatter ou détruire, mais pour dénoncer et encourager, critiquer et bâtir. Ils se doivent d'être témoins de Dieu, passionnés d'amour et de vérité, et capables de "faire face à tout le pays, à ses chefs, à ses prêtres et à tout le peuple". Ils sont faits pour combattre et sont combattus, même par ceux de leur famille, de leur patrie, de leur religion. Comme une "ville fortifiée, une colonne de fer, un rempart de bronze", ils ont mission de secouer, de guérir et d'éclairer ceux qui sont aveuglés par leurs préjugés, leurs étroitesses et leur péché, au risque d'être incompris, marginalisés, persécutés par ceux-là mêmes qu'ils viennent guérir et sauver.
Chose étrange, nous supportons mal la fonction critique des prophètes. Elle nous irrite et nous scandalise. Il est vrai que ce mot de sagesse et d'amour est barbouillé de méchancetés, défiguré par la jalousie, suspect sinon odieux à beaucoup. La critique n'est-elle pas devenue synonyme de jugement sévère, défavorable et souvent méchant à l'image de nos critiques hypocrites "de salon", où l'on se délecte de calomnies et de médisances sur le dos des absents ?
La critique ordinaire ou vulgaire est fruit de la jalousie ou de la rancune, une façon vaniteuse et infantile de vouloir se grandir en abaissant les autres.
La véritable critique, au contraire, est un art qui exige beaucoup d'humilité et de confiance. Un art d'aimer. Ce merveilleux don de Dieu, décrit par Paul, qui n'entretient ni jalousie, ni rancune, ne cherche pas son intérêt, trouve sa joie dans ce qui est vrai et refuse de se réjouir de ce qui est mal.
Qui a reçu le charisme de la parole et "cherche à obtenir ce qu'il y a de meilleur", c'est-à-dire la charité, ose aimer dans la vérité. C'est ainsi qu'un saint Bernard a bravé la colère des courtisans et défié la béate admiration des foules en faisant entendre haut et fort ses critiques et ses mises en garde au pape Eugène III. Et que dire de Catherine de Sienne harcelant Grégoire IX pour qu'il abandonne Avignon et rentre à Rome !
Qui n'aime pas en toute vérité applaudit aveuglément, encense, flatte, ment et se tait, au risque de voir la vedette, le guide ou le proche, répéter des erreurs, se tromper de chemin ou tomber dans un piège. Heureuse critique, au contraire, exprimée dans l'amour, reçue dans la confiance, et qui permet à l'autre de corriger sa trajectoire, rectifier sa route, purifier ses pensées, voir un peu plus clair et progresser dans le bien.
A tous les niveaux, et jusque dans la vie quotidienne, la parole d'amour et de vérité "est une chose extraordinaire quand on accepte d'être parfois blessé pour mieux communier".
P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 - 2008
13:30 Publié dans temps ordinaire C | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : prophète, fils de joseph, vedette, charisme, mission, témoignage, critique, charité, communier
19.01.2010
Homélie du 3e dimanche ordinaire C
Homélie du 3e dimanche ordinaire C
Ne 8, 1-10 ; Ps 18 ; 1 Co 12, 12-30 ; Lc 1, 1-4 ; 4, 14-21
Contrairement à ce que nous a expliqué la première lecture, nous ne sommes pas aujourd’hui rassemblés sur la place, devant la Porte des eaux, ni dans la synagogue de Nazareth, mais dans notre église paroissiale. Aucun de ceux et celles qui ont ouvert le Livre et proclamé la Parole ne s’appelle Esdras. Ni Jésus. Et même si vous avez été attentifs à cette Parole, puis au commentaire qui va suivre, il n’est pas dit pour autant que vous allez tous fondre en larmes.
Cependant, il y a entre les diverses époques des éléments communs : un jour particulier, un rassemblement de croyants, le Livre saint, la Bonne Nouvelle proclamée, suivie d’un commentaire... L’assemblée est à l’écoute de la Parole, une Parole sur Dieu, que nous appelons "Parole de Dieu". Les auditeurs vont pouvoir ainsi prendre conscience de l’écart qui existe entre l’Ecriture et la pratique concrète dans la vie de la communauté, dans celle de chacun, et dans la vie de la société et du monde. C’est pourquoi le livre de Néhémie évoque des cris, des pleurs, pour exprimer à la fois la prise de conscience, l’accablement, mais aussi le repentir des fidèles.
Vous aurez remarqué, dans la première célébration, une véritable vénération de la Parole, exprimée par des signes et des attitudes de respect. Elle est aussi acclamée, suivie d’une action de grâce, puis d’un repas de fête. Il en fut ainsi depuis environ 4 siècles avant Jésus Christ. Et ce déroulement liturgique a été repris par l’Eglise chrétienne, avec quelques nuances, évidemment. Aujourd’hui, et depuis longtemps, de telles célébrations ne durent pas, habituellement, du lever du jour jusqu’à midi.
Mais il y a surtout un élément essentiel, identique, difficile à comprendre, et surtout à accepter : "Cette Parole de l’Ecriture que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit".
De quoi s’agit-il ? D’une Bonne Nouvelle aux pauvres, l’annonce d’une libération pour les prisonniers et les opprimés. Et même, pour les aveugles, le retour à la lumière. Or, d’une certaine manière, nous sommes tous des pauvres, des prisonniers et des aveugles. Chacun peut être prisonnier, et même esclave, de l’argent, du confort, du mensonge, de la chair, de la haine, du plaisir, de la boisson, de l’appétit de pouvoir, etc. Et donc, être également aveugle ou aveuglé dans ces différents domaines. Nous avons tous besoin d’être libérés de quelque chose. Il faut savoir le reconnaître.
Il y a également les défavorisés économiques ou sociaux. Tous ceux et celles qui, dans un domaine ou l’autre, sont sans appuis, sans repères, sans boussole ni gouvernail. Ou tout simplement à la merci des puissants. La Bonne Nouvelle d’une délivrance peut donc avoir des aspects physiques, politiques, spirituels et matériels. L’être humain est un, et tout se tient.
Faut-il attendre un miracle aujourd’hui plutôt qu’hier ou demain, avant ou après les élections, avant ou après les expéditions dans la Lune ? Non, c’est toujours pour aujourd’hui. C’est aujourd’hui que cette Bonne Nouvelle est annoncée et proposée à notre foi, à notre initiative. Nous bénéficions nous aussi de la puissance de l’Esprit. Nous aussi, nous sommes envoyés pour porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, aux opprimés, aux enchaînés, aux aveugles. Nous recevons, en effet, mission, pouvoir et moyens, pour participer, modestement peut-être, mais réellement, aux semailles, à l’incarnation de l’Evangile dans l’aujourd’hui de notre temps. Cette actualisation, nous pouvons même la découvrir dans les informations quotidiennes de la planète. Pas seulement parmi les chrétiens, ni uniquement parmi les croyants affichés. Voyez la somme des dévouements parfois héroïques lors des inondations ou des tremblements de terre. Des gestes courageux de pardon et de réconciliation.
Dieu compte sur nous pour faire des miracles. Nous ne pouvons pas donner la foi à qui ne l’a pas. Mais il est en notre pouvoir d’offrir notre propre témoignage. Nous ne pouvons pas arrêter seul toutes les guerres ni toutes les injustices. Par contre, là où nous sommes, nous pouvons toujours être ou ne pas être un artisan de paix, un semeur ou un destructeur d’unité. Il y a tant de choses possibles à notre portée, et que nous ne faisons pas. Que ce soit sur le plan personnel ou familial, professionnel ou ecclésial, politique ou social.
Nous clôturons la semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Quel pas allons-nous faire pour améliorer tant soit peu l’unité du corps du Christ qui n’en finit pas d’être déchiré.
L’une de nos tentations habituelles est de renvoyer l’Evangile en arrière, il y a vingt siècles, d’en admirer l’annonce et la fécondité passées, alors qu’il nous appartient de prendre nous-mêmes aujourd’hui les risques de sa proclamation et de son témoignage.
Mais il faut bien reconnaître, comme la suite de l’évangile nous le prouve, que la Parole de Dieu ne cesse d’étonner et de faire peur. A Nazareth, et après son homélie, Jésus s’est fait agresser et même menacer de mort. Il est vrai que la Parole Vivante dérange toujours. Elle secoue. Elle conteste la sécurité des habitudes et des certitudes abusives. Et chacun doit reconnaître qu’il est plus facile de communier paisiblement au corps sacramentel du Christ que de communier vraiment au Christ Parole. Or, ce qui est premier et essentiel dans l’eucharistie, c’est la communion de cœur, d’esprit et de volonté, au Christ, Verbe de Dieu et Pain partagé. C’est elle qui donne en définitive sens et efficacité à la communion sacramentelle, au Pain de Vie, à condition qu’il soit partagé.
P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 - 2008
13:36 Publié dans temps ordinaire C | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : livre, parole, célébration, aujourd'hui, unité, corps, témoignage, pauvre, aveugle, prisonnier
12.01.2010
Homélie du 2e dimanche ordinaire C
Homélie du 2e dimanche ordinaire, C
Is 62, 1-5 ; 1 Co 12, 4-11 ; Jn 2, 1-11
Il y a quelques années, je me souviens avoir été surpris par une phrase d'un petit article paru dans l'une des lettres des Equipes Notre-Dame, en Belgique : "Voyage de noces au travers des Ecritures Saintes". Ce qui, dans un certain sens, pourrait très bien convenir pour les textes de l'Ecriture présentés dans la liturgie de ce dimanche. Il est question, en effet, d'épousailles et de noces, de fêtes, de cadeau et de bon vin. Il est vrai que dans ce que nous appelons l'"Histoire du Salut", on découvre un Dieu littéralement passionné pour les êtres humains. Et, comme le rappelle Simon Faivre dans son ouvrage intitulé : "Au fil des dimanches, à l'école des Ecritures" (1), "Dieu cherche inlassablement à rencontrer l'humain, à lui parler, à faire Alliance avec lui. C'est toute la Bible qui est une longue histoire d'Amour, qui prépare le jour des Noces. Des Noces éternelles".
La première lecture nous a mis de plein pied dans cette symbolique nuptiale. L'amoureux transi, c'est le Seigneur lui-même. Quant à la bien-aimée, objet de ses rêves, c'est la belle Jérusalem, qui symbolise tout le peuple d'Israël. Et au-delà de lui, l'humanité tout entière, celle de tous les temps. Et donc, celle d'aujourd'hui, dont nous sommes.
Dans un premier temps, l'alliance a été conclue, mais le contrat n'a pas été très bien respecté. Les infidélités se sont multipliées et aggravées, jusqu'au divorce. Et cependant, des retrouvailles sont toujours possibles. Le pardon n'est pas une utopie, et la conversion non plus. Car Dieu est toujours follement amoureux de son peuple. Que sa fiancée revienne à lui et il l'épousera. Ce qui vaut pour le peuple d'Israël, pour l'Eglise et pour chacun de nous.
Même symbolique avec la communauté des chrétiens de Corinthe, c'est-à-dire une Eglise en qui le Seigneur met sa préférence, sa fiancée, son épouse ! C'est du moins l'idéal présenté par Paul aux baptisés qui ont fait alliance avec le Christ par la foi. Mais les paroissiens de Paul lui donnent du fil à retordre. L'unité et la communion des membres pour faire corps est déjà menacée. On constate une sorte de concurrence entre les différents charismes, des jalousies et des disputes à propos de certaines manifestations spirituelles et responsabilités confiées aux uns et aux autres.
Que les dons soient très diversifiés, que les fonctions et les services soient variés, c'est normal et même nécessaire. Ceux et celles qui sont doués pour le chant, ne le sont pas nécessairement pour l'enseignement ou la prédication. Et l'inverse est tout aussi vrai. Cependant, à la source, c'est le même Esprit. Tout doit contribuer au bien commun, à l'unité, à l'harmonie, à l'édification du corps, d'une famille. Un seul corps. Or, un corps a de nombreux organes qui ont des fonctions très diverses. Mais toutes sont utiles et nécessaires à l'ensemble. C'est précisément le critère d'authenticité : cela sert-il au bien commun ?
Avec Jean, nous entrons dans l'évangile des signes, où l'enseignement à communiquer est traduit en images et en symboles. Symboles, qui servent de support à une autre réalité qui ne se révèle qu'au regard de la foi Le récit de Cana, raconté 50 ans après la mort et la résurrection de Jésus, n'est donc pas du tout un reportage filmé au cours d'une noce villageoise de l'époque. Mais bien l'occasion d'une catéchèse imagée qui, au-delà de l'anecdote, nous livre une signification cachée, mais fondamentale.
Jésus est venu en quelque sorte inaugurer la religion de l'Esprit. Très vite, il s'est heurté à des chefs religieux et à de nombreux fidèles, prisonniers d'une religion de la lettre. Ce qui n'a pas tout à fait disparu à l'époque de Jean. Il s'agit donc de redresser la barre, corriger des déviations, reconnaître les erreurs et les fautes, pour en revenir à l'authenticité de la source. Autrement dit, retrouver la fidélité à l'esprit d'amour qui est celui de l'Alliance. Celle des noces entre Dieu et son peuple. Pour cela, il ne suffit pas d'obéir littéralement à des lois juridiques, rituelles ou dévotionnelles. Par contre, il s'agit de vivre un amour partagé. C'est pourquoi Dieu, en Jésus, devient même l'un d'entre nous. Il faut donc faire place aux joies de la noce et au vin nouveau de l'Esprit. Ce qui s'exprime, se nourrit, s'entretient par le repas de la Parole et du Pain. C'est-à-dire l'eucharistie.
Au-delà du signe sacramentel, ce renouveau dans l'Esprit vient bouleverser des habitudes et dénoncer des conformismes. Le temps est donc venu d'abandonner les vieilles outres. C'est-à-dire tout ce qui est désormais périmé. Ce qui est symbolisé par les jarres dont le chiffre 6 souligne l'imperfection. Quant à l'eau qu'elles contiennent, c'est un liquide inodore, incolore et sans saveur, qui peut représenter l'eau de nos vies. Mais elle va être transformée en bon vin par la Bonne Nouvelle de l'Evangile. La joie doit donc l'emporter sur les inquiétudes, les peurs et les étroitesses. L'Esprit de Jésus entraîne une transformation profonde de l'ensemble de l'existence humaine. Nous entrons dans le régime du don gratuit. On peut dire également que les jarres vides évoquent les responsables religieux imprévoyants. Par conséquent, le maître du repas peut être l'image d'Israël, celle aussi de notre communauté de foi, ou tout simplement la nôtre, quand nous nous révélons incapables d'accueillir l'Esprit de Jésus et le renouvellement qu'il apporte dans le temps présent.
Marie, elle, avait bien compris. Elle s'en remet au Christ en toute confiance et suggère à tout le monde de lui obéir : "Faites tout ce qu'il vous dira". Ce qui est d'ailleurs la conclusion de Jean lui-même : "Ses disciples crurent en lui". Un éloge de la foi.
C'est ainsi que l'eucharistie nous permet, à l'écoute de la Parole, de clarifier et renouveler nos engagements, c'est-à-dire notre alliance de foi, dans un climat de fête. L'eucharistie est comme une célébration des noces entre Jésus et son peuple. Un peuple dont nous sommes.
(1) Ed. Soceval,2000
P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 - 2008
11:42 Publié dans temps ordinaire C | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : noces, vin, alliance, contrat, divorce, amoureux, fiancée, cana, symbole, eucharistie
05.01.2010
Homélie du Baptême du Seigneur, C
Homélie du Baptême du Seigneur, C
Is 40, 1-5, 9-11 ; Tt 2, 11-14 ; 3, 4-7 ; Lc 3, 15-16, 21-22Le peuple était en attente. Il attendait un messie. Non pas "dans un fauteuil", mais en cherchant parmi les hommes de Dieu une parole, un signe, une présence.
Le portrait du libérateur avait été esquissé bien des fois au cours de l'histoire d'Israël. Tous les portraits cependant n'étaient pas parfaitement ressemblants. Dans la riche collection passée, il fallait pouvoir choisir et discerner. Et chacun sait que l'on cherche, même inconsciemment, ce que l'on espère, au risque de ne retenir que ce qui nous convient… Les spécialistes n'étaient même pas d'accord… En période d'occupation et de tensions diverses, on mêle aisément les espoirs de la chair et les espérances de l'esprit, les rêves politiques et les réformes du cœur, les ambitions terrestres et l'idéal du royaume éternel.
Les experts et les puissants, les plus compétents et les mieux informés, mais aussi les plus attachés à leurs certitudes et privilèges, n'avaient guère apprécié la révélation faite, par les mages, d'un roi naissant dans la discrétion. Ne se présentait-il pas comme concurrence déloyale et danger pour l'ordre établi ?
Les gens simples avaient sans doute moins d'obstacles à franchir, moins d'a priori à combattre, plus à gagner et moins à perdre. Le non-conformisme de Jean Baptiste, ses références au Livre Saint, ses appels à la conversion très concrète, devenaient pour la foule troublantes prophéties, séduction et Bonne Nouvelle… La foule est prête à écouter le baptiseur et même à le suivre… Mais Jean Baptiste désigne le Messie, Lui baptisera dans l'eau et le feu. Le libérateur tant attendu est là, proche, accessible. Un homme perdu dans la masse, discret jusqu'à l'incognito, solidaire du peuple dont il épouse la démarche et les rites.
Mais dans l'Evangile, véritable langage codé, truffé d'allusions à la mémoire du peuple d'Israël, les symboles tiennent une place prépondérante. Les cieux qui s'ouvrent expriment chez Isaïe l'intervention de Dieu, qui promet une nouvelle intimité entre lui et les êtres humains. L'Esprit qui descend comme une colombe se retrouve déjà dans la Genèse quand l'Esprit de Dieu planait sur les eaux. Et c'est une colombe que Noé libère après le déluge pour s'assurer que la terre est sèche et que Dieu a refait un monde nouveau. Il en est de même pour la voix, la parole, voix de Dieu lors de la première création, parole de Dieu qui crée Adam, parole de Dieu qui présente en Jésus une création nouvelle : "C'est toi mon Fils : moi, aujourd'hui, je t'ai engendré". Le baptême de Jésus apparaît donc comme une investiture. Il est proclamé et reconnu Fils.
Le baptême des chrétiens n'est pas autre chose. Il n'est pas simple rite, mais une invitation au dialogue avec ce Dieu qui nous aime. Il est signe d'une alliance d'amour, la réponse à une invitation. Une vocation. Il est également une mission, celle de créer un monde de justice, de beauté et d'amour.
Ainsi, baptême et foi vont ensemble. Le baptême est comme la conséquence de la foi et il s'accomplit dans la foi. "Qu'est-ce qui empêche que je reçoive le baptême ?", disait l'Ethiopien païen au diacre Philippe, qui lui répondit : "Si tu crois de tout ton cœur, cela peut se faire". Autrement dit encore, le sacrement constitue le sceau de la foi, il ne saurait la remplacer.
On a souvent baptisé de manière inconsidérée et même à tour de bras. Au point que, par la suite, il a fallu transformer ces baptisés en chrétiens. On avait souvent oublié en effet que l'évangélisation, c'est-à-dire l'annonce et la présentation de la Bonne Nouvelle à la liberté de l'être humain ont priorité absolue sur le sacrement, car c'est seulement lorsque la prédication de Jésus Christ rencontre la foi de la personne qu'il peut y avoir baptême. Comme le déclarait, par exemple, Paul aux Corinthiens : "Le Christ ne m'a pas envoyé baptiser, mais prêcher l'Evangile".
Reste que l'humble signe du baptême est celui du passage d'une vie à une autre, à la rencontre de quelqu'un que l'on apprend à connaître et à suivre par une conversion du cœur. Il nous fait entrer dans une vie nouvelle par un engagement à suivre celui qui est Parole, Vérité, Chemin et Vie. Il est accueil d'un esprit de renouveau, l'entrée dans la famille de ceux qui ont rencontré le Seigneur et en vivent. Il est geste d'un jour et permanente conversion, engagement personnel et manière de vivre ensemble.
Il nous fait devenir fils et filles du Père, en nous laissant pénétrer par son esprit et en acceptant de rayonner l'amour dans toute notre vie.
Il nous faut redécouvrir le sens réel de ce premier sacrement de l'initiation chrétienne, sa dynamique de "passage", ses exigences de continuelle transformation.
Chaque eucharistie prolonge et renouvelle notre première rencontre avec le Messie. Elle nous interpelle aussi : Qu'avons-nous fait de notre baptême ? Qu'avons-nous fait de cette alliance avec notre Dieu ?
P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 - 2008
13:10 Publié dans Noël | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : messie, baptême, parole, signe, présence, libérateur, rite, symbole, jean baptiste, esprit



