29.09.2009
Homélie du 27e dimanche ordinaire B
Homélie du 27e dimanche ordinaire B
Gn 2, 18-24 ; He 2, 9-11 ; Mc 10, 2-16
Est-il permis ?… Est-ce défendu ?… Est-ce obligatoire ou facultatif ?… En posant des questions de ce genre, nous nous situons sur un plan juridique et relativement étroit et, avec l'arrière-pensée peut-être même inconsciente de connaître les limites du devoir, pour ne pas en faire plus qu'il ne faut strictement, et surtout ne pas en faire trop.
Par contre, Jésus se situe toujours à un autre plan, celui de l'idéal, et d'un idéal de charité, c'est-à-dire l'amour dans le sens le plus parfait du mot. Et là, il n'est plus question de limites, ni de frontières, ni d'observances précises que l'on peut calculer et comptabiliser. Les interlocuteurs de Jésus discutent règlement et lui les renvoie aux principes fondateurs et au parfait idéal.
La perfection de l'amour entre un homme et une femme se situe au niveau de la communion, comme l'alliance de Dieu avec son peuple. Et les exigences de cette alliance ne dépendent pas du droit. Elles ne sont pas réalisées ni garanties par la simple observance d'un règlement précis. Et elles ne sont même pas menacées par un droit juridique à la rupture.
L'alliance idéale, qu'elle soit entre l'être humain et Dieu, entre l'homme et la femme, entre membres d'une communauté, est faite de dialogues et de marches communes, de partages de joies et de franchissements d'obstacles. Elle est dynamique, capable de recommencements et de développements.
L'indissolubilité n'est pas une sécurité juridique, ni une assurance tous risques. C'est une responsabilité à assumer pour maintenir et poursuivre ce dialogue et cette alliance d'amour. Ce n'est pas une loi difficile, c'est un programme donné. Nous ne devons pas nous cacher les difficultés ni les échecs. Mais il est nécessaire dans ce domaine comme en d'autres, de rappeler l'idéal et les moyens qui permettent vraiment d'y tendre. Il nous fait constamment apprendre et réapprendre à aimer. Et l'on ne peut pas aimer vraiment sans se nourrir à la source même de l'amour.
Il est vrai que les ambitions de Dieu sur ceux et celles qui sont "à son image et à sa ressemblance" sont éblouissantes, mais vertigineuses. Ne sommes-nous pas tous appelés à l'amour parfait, la fidélité indissoluble, le pardon sans frontières, la justice sans parenthèses, une fraternité et une solidarité qui frisent l'héroïsme ?
Malgré les faillites et les échecs, ou plutôt à cause d'eux, l'Eglise ne cesse de répéter à temps et à contretemps la doctrine de l'indissolubilité du mariage. Un principe d'autant plus logique et profondément humain que d'instinct l'amour se veut éternel et que la fidélité assure sa stabilité.
Aux hommes et aux femmes de l'ère atomique et de l'ordinateur, le Christ répète le message des origines. "Ce que Dieu a uni, que l'homme ne le sépare pas !"… Et nous voici renvoyés à l'ère du potier qui façonne la glaise informe pour créer des merveilles. Aujourd'hui encore, c'est l'émouvant mythe biblique de la création qui nous révèle par l'image le mystère même de Dieu et de l'humain, créé comme à sa ressemblance… Dans ce récit naïf d'un vieux prêtre hébreu du VIe siècle avant Jésus Christ, tout est dit sur la réalité profonde de ce qu'est l'humain, homme et femme, et de ce qu'est le couple.
Hélas ! les esprits forts et désespérément superficiels s'inspireront de la "côte d'Adam" pour nourrir leurs gaudrioles. Le démon de l'antiféminisme fera même mentir les textes jusqu'à piéger des esprits éclairés, comme il le fit jadis pour Augustin et Bossuet. Le premier estimant que "l'homme seul est pleinement image de Dieu (1). Et le second n'hésitant pas à inviter les femmes de son temps "à songer après tout qu'elles viennent d'un os surnuméraire" (1).
Il faut retourner au programme du commencement avec la pureté et la simplicité d'un cœur d'enfant pour découvrir avec émerveillement ce qu'est l'amour vrai qui fonde le couple… Et travailler tous les jours avec tendresse et respect, foi et courage, pour créer chaque jour le mariage et le rendre patiemment indissoluble.
Dieu est présent au milieu du combat pour que ne soit pas ternie son image.
P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 - 2008
(1) "La vie quotidienne des femmes au grand siècle", Claude Dulong, Ed. Hachette, pp. 15-16.
12:07 Publié dans temps ordinaire B | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : permis, défendu, alliance, amour, indissolubilité, rupture, adam, échec, fidélité, couple
22.09.2009
Homélie du 26e dimanche ordinaire B
Homélie du 26e dimanche ordinaire B
Nb 11, 25-29 ; Jc 5, 1-6 ; Mc 9, 38-43, 45, 47-48
Pas facile ce Jean, l’un des "Douze" ! Une vraie soupe au lait ! Ce n’est certes pas sans raison que Jésus lui avait imposé, ainsi qu’à son frère Jacques, le nom de Boanergès, c’est-à-dire "fils du tonnerre" (Mc 3.17). Pas content du tout ce petit préféré de Jésus à son retour de mission. Vexé et mécontent, ne voilà-t-il pas qu’il pique une crise de jalousie ! Et pour cause ! Triés sur le volet, choisis comme disciples dûment mandatés et personnellement envoyés, ils avaient reçu "pouvoir sur les esprits impurs". Un admirable service, mais un privilège enivrant.
Ces engagés d’élite, assurés et fiers de leur monopole, ont cependant rencontré de la concurrence. Ils étaient partis accomplir des miracles au nom de Jésus, et les voici témoins de miracles accomplis sans eux au nom de Jésus par un homme sans ordination ni mandat. Un parfait inconnu. Scandale ! Le sang des vrais apôtres n’a fait qu’un tour. "Nous avons voulu l’en empêcher, explique le fils du tonnerre, car il n’est pas de ceux qui nous suivent… ". Peut-être même, dirions-nous aujourd’hui, un non-pratiquant, un exclu, un marginal, un immigré… Si ces gens-là se mettent à libérer les premiers venus de leurs fardeaux, les aider et les guérir, où sont donc nos privilèges ? N’est-ce pas le monde à l’envers ?
Même chose au temps de Moïse, Eldad et Medad n’avaient pas non plus été choisis par Moïse, comme les 70 anciens, pour partager son pouvoir… Et voici que ces deux "laissés pour compte" se mettent à prophétiser sans consécration, ni ordre, ni autorisation de Moïse. L’Esprit de Dieu est passé au-dessus de la tête de son "délégué" pour confier son message à des "hors cadres".
Moïse aurait pu lui aussi piquer une crise de jalousie, faire sentir et respecter son autorité. Mais c’est Josué, son très fidèle serviteur, qui fut jaloux à sa place en suppliant son maître de mettre fin à ces sortes de manifestations charismatiques, vues comme des menaces pour l’institution. Moïse, le grand Moïse tolérant et singulièrement ouvert, lui, avait perçu d’emblée la divine indépendance de l’Esprit qui "refuse de limiter son action à ceux et celles qu’il investit pourtant d’autorité". Loin d’être vexé, jaloux, de cette apparente rivalité et de crier à l’usurpation de son pouvoir, Moïse, au contraire, discerne et reconnaît la présence de l’Esprit et s’en réjouit jusqu’à ébaucher un rêve. Pourvu que ça continue afin que le peuple des croyants devienne tout entier un vrai peuple de prophètes !
La réaction de Jésus est de la même veine. Elle confirme et amplifie le jugement de Moïse. Pas de panique, réplique-t-il à son disciple à la susceptibilité ombrageuse. "Celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas aussitôt après mal parler de moi ; celui qui n’est pas contre nous est pour nous" D’ailleurs, la simple charité d’un verre d’eau ne restera pas sans récompense. Par contre, tout qui fait trébucher le moindre des croyants, tout qui empêche même un "petit" d’être fidèle à Dieu, celui-là n’échappera pas à la punition.
Jésus est plus grand que l’Eglise, son corps mystique. Et ceux et celles qui sont de fait avec lui, sont plus nombreux que ses disciples dûment reconnus et enregistrés. Où sont les citoyens du royaume nouveau ? Sinon partout où un véritable amour est à l’œuvre comme un écho de l’Evangile. Pour faire des miracles et chasser les esprits mauvais, il faut combattre le mal avec ardeur et patience, cesser d’exploiter les faibles, se laisser amputer de la main rapace d’Harpagon, de l’œil intolérant et jaloux, du pied qui écrase les pauvres et patauge dans "le plaisir et le luxe"… "pendant qu’on massacre les gens", comme l’écrit Jacques avec quelque virulence (2e lecture).
Le rassemblement eucharistique n’est pas non plus celui des bons et des purs, jaloux de leurs privilèges, de leurs pouvoirs à défendre bec et ongles contre ceux qui ne seraient pas de la même chapelle. Le rassemblement eucharistique du Christ est un appel à croître dans un amour et une justice aux frontières grandes ouvertes. Une invitation à éliminer ce qui constitue aux yeux de bien des gens la contradiction qui pourrait exister entre notre pratique religieuse et l’ensemble de notre vie sociale journalière.
En fait, personne n’a le monopole de l’amour authentique, ni de la prophétie, ni de la justice... Tout comme le Samaritain, dont Jésus, un jour, a fait l’éloge. Et qui, lui non plus, n’était pas des nôtres… Voilà bien matière à réflexion.
P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 - 2008
13:33 Publié dans temps ordinaire B | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mandat, exclu, privilège, pouvoir, autorité, jalousie, fidèle, disciple, monopole, bon
15.09.2009
Homélie du 25e dimanche ordinaire B
Homélie du 25e dimanche ordinaire B
Sg 2, 12, 17-20 ; Jc 3, 16 - 4,3 ; Mc 9, 30-37
Il nous arrive probablement de temps en temps de rêver à la situation des premiers disciples, à leur chance extraordinaire de côtoyer chaque jour celui que l'on attendait depuis des siècles comme le libérateur et le restaurateur d'Israël. Prier ensemble à la synagogue, partager le petit déjeuner, se promener au bord du lac. Nous imaginons la richesse des conversations, l'éblouissement des découvertes, l'expérience enivrante des succès de foule. Ils sont les premiers témoins d'une révolution en marche. Ils bénéficient d'expériences spirituelles inouïes. Songez à la transfiguration de Jésus dont ils ont été les seuls témoins.
C'est d'ailleurs après cet événement que se situe le récit évangélique d'aujourd'hui. Or, cet évangile de Marc, que l'on dit être l'écho direct de la voix de Pierre et de sa catéchèse, nous apprend que la première préoccupation de ces jeunes gens, à ce moment-là, n'était pas d'ordre mystique, ni spirituel, ni pastoral, mais un "plan de carrière", oui. Ils ont été choisis par Jésus, ils ont répondu "oui" à cette surprenante vocation, et ils étaient encore tenaillés par l'ambition du pouvoir, la convoitise des privilèges et des préséances.
Ils se voyaient déjà occupant des places de ministres et de conseillers du nouveau roi. Les deux frères Jacques et Jean, plus gourmands encore que les autres, n'ont d'ailleurs pas hésité à mettre cartes sur table en s'adressant à Jésus lui-même. Directement, raconte Marc. Par l'intermédiaire de leur maman, dit Matthieu. Mais, dans les deux cas, il s'agissait d'obtenir, dans le futur gouvernement, les deux places les plus enviées. Ils sont prêts à se battre pour se partager le gâteau. Un vrai panier de crabes. Ce qui entraîne nécessairement des jalousies, envies et rivalités, comme on en voit encore des exemples aujourd'hui. Or, parmi les trois évangélistes qui racontent ces empoignades et ces prises de bec très nature, mais fort peu évangéliques, deux en sont des témoins directs et même des acteurs.
Ces apôtres reconnaissent donc très franchement qu'à cette époque ils n'avaient encore rien compris à leur rôle, ni au sens exact que Jésus voulait donner à l'autorité et au pouvoir. C'est-à-dire une autorité de service, car le Messie n'était pas venu pour être servi, mais pour servir. Un Jésus qui refuse également le calcul des mérites ou les exigences aveugles des droits acquis. Jésus a toujours dénoncé la course au pouvoir, la course aux honneurs, la course aux privilèges, l'obsession des préséances et toutes les jalousies et rivalités qui les provoquent.
Intimes de Jésus, les apôtres n'étaient pas des anges. Nous non plus. Et les premières communautés chrétiennes n'avaient rien d'idyllique, comme on l'imagine un peu légèrement. Elles ont été aussi déchirées par des conflits internes dont Jacques a dénoncé les causes et les ravages. A commencer par le mauvais usage de la langue. "Ce petit membre qui se vante de grands effets (…) et que personne ne peut dompter", alors qu'il est "plein d'un poison mortel". Avec la langue, nous bénissons le Seigneur et Père et, avec elle aussi, nous maudissons les hommes et les femmes qui sont à l'image de Dieu. C'est de la même bouche que sortent prières et méchancetés, bénédictions et malédictions. Conclusion de Jacques : "Si quelqu'un se croit religieux sans tenir sa langue en bride, sa religion est vaine" (Jc 1, 26).
La lettre de Jacques évoque aussi d'autres responsabilités, personnelles et collectives. D'où viennent les guerres, d'où viennent les conflits entre vous, sinon de l'envie et la jalousie, la volonté de puissance, un désir insatiable et lancinant de posséder richesses et pouvoir. Il arrive même chez les croyants, et c'est Jacques qui le dit, que l'envie se transforme en prière : on se sert de Dieu pour obtenir autant sinon plus et mieux que le voisin. Il décrit précisément le mécanisme de la naissance et du développement de l'enrichissement coupable. Ce qui relève de l'adoration du veau d'or. L'idole de tous les temps, le dieu dollar, à qui l'on sacrifie tous les jours des vies humaines.
Or, dans l'esprit de la Bible, s'enrichir en "dépouillant les démunis, les faibles, les désarmés, est considéré comme une insulte faite à Dieu lui-même". Les conflits collectifs s'enracinent toujours dans la convoitise des individus. Il faut donc commencer à faire le ménage chez soi. D'autant plus que nous sommes tous plus ou moins sollicités par des tentations dont les racines sont en nous.
Ces enseignements ont été traduits dans l'Evangile en paraboles et gestes, en images. Aujourd'hui, en photos, ils auraient fait la Une de tous les journaux. On a vu Sr Teresa embrassant un handicapé, la princesse Diana prenant un petit sidéen dans ses bras, le pape soulevant un enfant malade ou embrassant un jeune blessé. Tout comme on a pu voir jadis Hitler et Staline se faire photographier avec un enfant dans les bras. Mais la même scène touchante n'a pas nécessairement le même sens ni le même témoignage à donner.
Au temps de Jésus, les enfants ne comptaient pour rien. Ils étaient les premiers parmi les dédaignés. Ils ne font l'objet d'aucune considération, mais bien de mépris. Dans la tradition biblique, ils sont un symbole de faiblesse plutôt que d'innocence. Ils représentaient donc tous ceux et celles qui ne comptent pas dans la société, qui n'ont ni pouvoir, ni argent, ni parole.
L'enfant que Jésus accueille n'est pas notre "enfant roi", mais le représentant des pauvres, des gosses des rues, des marginaux, des exclus, des plus vulnérables. Et Jésus nous dit que les personnes, les familles, les groupes, les communautés qui accueillent et se mettent au service des plus fragiles, des plus éprouvés de ce monde, accueillent non seulement le Christ, mais Dieu qui l'a envoyé. La vraie grandeur est celle du serviteur. Chercher à servir et non à être servi.
P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 - 2008
13:38 Publié dans temps ordinaire B | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : carrière, vocation, pouvoir, préséance, privilège, autorité, honneur, rivalité, langue, poison
08.09.2009
Homélie du 24e dimanche ordinaire B
Homélie du 24e dimanche ordinaire B
Is 50, 5-9a ; Jc 2, 14-18 ; Mc 8, 27-35
Nous ne possédons qu'une seule lettre de l'apôtre Jacques. En réalité, il s'agit plutôt d'une collection de sentences mises bout à bout et parfois sans lien logique, mais qui toutes concernent la vie et la manière de la régler conformément aux exigences bibliques et évangéliques.
Vous aurez remarqué combien Jacques était direct et extrêmement concret. Il appelle un chat un chat, et une foi sans actes une foi morte. Un cadavre !
En plusieurs tableaux successifs, l'apôtre nous a rappelé que la foi ne peut pas se contenter de paroles. La foi a besoin de s'exprimer en signes et en rites, mais cela ne suffit pas. Aujourd'hui, il nous dit que la foi doit s'incarner, se prouver dans l'action concrète et ne pas rester au niveau des déclarations de principes et de bonnes intentions. "Montre-moi donc ta foi qui n'agit pas : moi c'est par mes actes que je te montrerai ma foi…". Un peu plus loin, il ajoute : "Veux-tu savoir, tête creuse, que la foi sans les œuvres est stérile ?" et il reprend quelques exemples du premier Testament pour conclure : "Bref, comme le corps sans souffle est un corps mort, ainsi la foi sans les œuvres est une foi morte".
La foi, en effet, n'est pas seulement une adhésion intellectuelle à des principes, à des idées, à une liste de vérités soigneusement classées. Elle n'est pas non plus la soumission à un programme proposé. La foi relève du domaine de la relation avec quelqu'un, puisque la foi est un autre nom de l'amour et, comme tout amour, elle va s'exprimer en paroles, en signes, en gestes, en comportements concrets. Pour être authentique, la foi doit s'incarner en disponibilité et en service.
D'ailleurs, le Christ s'est toujours présenté comme serviteur de Dieu et des personnes. Et c'est ici que nous trouvons le malentendu fondamental qui a divisé les Juifs et qui nous divise encore aujourd'hui.
D'instinct, nous croyons qu'un chef, un libérateur, un sauveur, est nécessairement puissant aux yeux du monde, qu'il a le pouvoir, une forte influence, qu'il est entouré d'admiration et comblé d'honneurs.
Pour la majorité des contemporains de Jésus, le messie devait être un grand politicien, un libérateur militaire, un chef de guérilla de grand format, un prophète unanimement écouté, coqueluche des foules et futur roi d'un royaume où il saurait récompenser et "placer" ses amis. Des portefeuilles et des promotions en perspective !… Jésus ne correspondait guère à ces portraits-robots. "Pour les gens, qui suis-je ?", dit Jésus. Et les gens ne trouvent pas la bonne réponse. "Et pour vous, qui suis-je ?", ajoute Jésus. "Le messie", dit Pierre. D'accord, mais quel genre de messie ? Alors, Jésus donne la bonne réponse… Un messie rejeté par les anciens, les chefs des prêtres, les théologiens, un messie qui sera condamné et tué…". Jésus renvoie au portrait esquissé par Isaïe, celui du serviteur souffrant. Un portrait que l'on avait bien soin de garder enfoui dans la bibliothèque biblique.
Et quelle est la réaction de Pierre ? Le malaise, l'incrédulité, le scandale et les reproches. Etre disciple et intime d'un homme puissant, d'une vedette, cela peut aller. Mais disciple d'un serviteur, d'un incompris, d'un non conformiste qui risque des coups, des injures, la prison et la mort, c'est évidemment tout autre chose. Tout, mais pas cela ! C'est la réaction de Pierre. D'instinct, c'est la nôtre. Mais ce sont précisément des pensées mondaines. Ce ne sont pas des pensées de Dieu.
Avoir foi au Christ, se réclamer de lui, ce n'est pas seulement croire au Christ crucifié, c'est porter notre propre croix et prendre le risque de le suivre là où il est passé : et cela ne plaît à personne.
Les premiers chrétiens de Rome croyaient aussi que la foi devait être socialement payante, que leurs vertus seraient reconnues et récompensées… et les voici soumis brutalement à la persécution. Ils sont surpris et scandalisés.
C'est à leur intention que l'apôtre Marc rappelle l'épisode de cet évangile, leur disant aussi : Quelle idée avez-vous donc du Fils de Dieu ? C'est une question qui nous est posée aujourd'hui : Qui est donc MON Christ ? Qui est donc votre Christ ?
P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925- 2008
13:45 Publié dans temps ordinaire B | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : foi, principe, acte, stérile, relation, amour, service, messie, portrait, croix
01.09.2009
Homélie du 23e dimanche ordinaire B
Homélie du 23e dimanche ordinaire B
Is 35, 4-7 ; Jc 2, 1-5 ; Mc 7, 31-37
Mais où est donc ce Royaume nouveau annoncé par Isaïe et inauguré par Jésus Christ, où l'on ne trouve ni aveugles, ni sourds, ni boiteux ? Ce n'est pas encore demain la veille !
Cependant, Isaïe ne se trompe pas, et Marc ne nous fait pas prendre des vessies pour des lanternes. Mieux encore, ce qu'ils annoncent et ce qu'ils affirment est toujours d'actualité. Et c'est à l'actualité qu'il faut recourir pour mieux comprendre l'expérience et le langage bibliques, qui ne séparent pas, comme nous le faisons trop souvent, l'histoire profane et l'histoire sainte, les évènements quotidiens et la Parole de Dieu. Dans les faits que nous qualifions spontanément de "réels", les auteurs bibliques savent discerner, infiniment plus que nous, des "signes" qui révèlent la face cachée des évènements et nous font découvrir la place occupée par Dieu dans l'histoire des êtres humains.
Les évènements auxquels fait allusion Isaïe présentent beaucoup de similitudes avec les évènements du monde actuel : libération de peuples opprimés, liberté retrouvée mais difficile à gérer, rêve d'un monde nouveau où règnera l'abondance. Et quand Isaïe met son espoir dans le païen Cyrus et qu'il prédit aux exilés et aux opprimés le retour à leur patrie, il a vu juste. Mais quand il décrit ce nouveau paradis terrestre, il joue en même temps sur le registre symbolique, où la libération, les guérisons et l'abondance transcendent les réalités politiques et le bien-être physique et matériel.
Sa lecture des évènements et ses analyses ne sont pas celles d'un historien ni d'un politologue ou d'un observateur matérialiste, il lit avec le cœur et l'esprit d'un poète et d'un croyant. Et il découvre une face cachée où Dieu est présent et agissant.
Premier message d'incarnation : Quand le peuple de Dieu multiplie les initiatives de paix et cherche à triompher de la guerre, de la haine, de la vengeance… quand il lutte contre la famine, les injustices et les oppressions, les esclavages et les servitudes de tous genres, les ravages de la maladie, il pose des jalons sur la route qui conduit l'humanité à la réalisation d'un monde selon le cœur de Dieu. Il fait progresser le Royaume de Dieu.
Deuxième message : Quand les auteurs bibliques du premier ou du second Testament précisent même que le Royaume de Dieu sera arrivé quand les aveugles, les sourds, les boiteux et les muets seront guéris, il s'agit aussi d'une réalité symbolique qui ne nie pas, mais dépasse largement la réalité physique.
Décrivant le bon vieux temps d'une époque de paix et de prospérité, l'auteur du livre de l'Exode affirme qu' "il n'y avait pas de sourds, puisque tous entendaient la Parole du Seigneur ; pas de muets non plus, puisque tout le peuple répondait à Moïse"… Tout comme Isaïe explique par ailleurs : "Les péchés ont fait en sorte que les Israëlites sont devenus aveugles envers la Loi. Dès lors, ils sont sourds, puisqu'ils n'apprennent pas la Torah, et leurs yeux sont fermés, puisqu'ils ne voient pas la Présence. Mais qu'adviendra-t-il quand viendra le Messie ? Il leur ouvrira les yeux et les oreilles. Alors, ils entendront la Parole du Seigneur."
C'est dans ce même sens que les apôtres et les disciples ont plus d'une fois mérité les reproches de Jésus et que nous les méritons encore aujourd'hui : "Vous avez des yeux, ne voyez-vous pas ? Vous avez des oreilles, n'entendez-vous pas ?"
Aujourd'hui encore, nous sommes vraiment sourds quand notre cœur est fermé à la Parole ou que nous l'entendons sans l'accueillir et la mettre en pratique. C'est la même surdité réelle qui nous atteint quand nous restons insensibles aux appels des déshérités, des affamés, des sans abris…
Et muets, nous le sommes, quand nous refusons de prononcer des paroles de paix et de pardon, de bienveillance et d'encouragement. Muets encore, quand nous craignons ou négligeons de faire écho à la Parole ou de rendre grâce à Dieu pour tant de merveilles qu'il accomplit. Nous avons donc tous besoin d'être guéris pour pouvoir voir, entendre, parler et marcher correctement, d'une manière évangélique.
Pour faire progresser l'humanité vers le Royaume de Dieu, nous avons aussi, selon nos compétences, les circonstances, à venir en aide aux aveugles, aux sourds et aux muets, aux boiteux et aux affamés, aux handicapés et aux opprimés… Comme nous le rappelle souvent l'actualité de nos journaux écrits, parlés ou télévisés, ou la Une du journal tout à fait profane de "Médecins sans frontières", aussi Parole de Dieu qui résonne dans nos cœurs : "Sommes-nous devenus sourds ? Le murmure des enfants, qui par milliers agonisent dans les pays d'Afrique à la dérive, ne parvient plus à nos oreilles… Silence… On meurt… Jusqu'où ira notre aveuglement ? De grands chocs Nord-Sud s'annoncent… Et nous ne voulons pas les voir. Des hommes et des femmes hurlent leur misère sur le pas de nos portes… Nous refusons de les entendre…" (1991).Que dire ? Sinon prier le Seigneur : "Seigneur, guéris-nous, mets tes doigts dans nos oreilles et touche notre langue". … Laissons-nous soigner, laissons-nous guérir.
P. Fabien Deleclos, franciscain (T)
1925 - 2008
09:50 Publié dans temps ordinaire B | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : aveugle, sourd, boiteux, actualité, langage, signe, evènement, pratique, voir, entendre



