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28.07.2009

Homélie du 18e dimanche ordinaire B

Homélie du 18e dimanche ordinaire B

Ex 16, 2-4, 12-15 ; Ep 4, 17, 20-24 ; Jn 6, 24-35

 

Aujourd'hui et les trois dimanches suivants, la liturgie propose, en quatre parties, le discours de Jésus appelé discours du Pain de Vie, qui suit immédiatement le récit de la multiplication des pains. Non pas un reportage, mais une catéchèse biblique sur l'eucharistie, c'est-à-dire sur la Parole et sur le Pain.

 

Première partie : Les auditeurs de Jésus n'ont rien compris au signe du partage des poissons et du pain. A la foule qui le poursuit, Jésus adresse une mise au point. Il n'est pas un faiseur de miracles. Considérer Jésus comme tel, le prendre pour un généreux bienfaiteur, un leader social ou politique, c'est à coup sûr ne pas le comprendre, ne pas être vraiment un disciple.

Et malgré plus de 2000 ans de christianisme, nous sommes toujours plus ou moins dans le cas de la foule qui préfère un repas gratuit plutôt qu'un enseignement de vie, quelque chose plutôt que quelqu'un. Nous parlons "avoir", "posséder", "recevoir", "manger", "réaliser". Et voici que Jésus avertit : Ne travaillez pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui se garde jusque dans la vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l'Homme.

Un premier avertissement qu'il nous faut méditer : quelles sont nos priorités ?, quelle est notre échelle des valeurs ?, quelles sont pour nous les choses essentielles ?, que faire concrètement ?, quel travail accomplir, quel service rendre, pour obtenir cette nourriture impérissable ?

Les auditeurs veulent des preuves bien tangibles, irréfutables, des certitudes apaisantes, des faits merveilleux, des assurances contre le doute. Un miracle ou des apparitions viendraient bien à point. Pour appuyer leurs revendications, ils citent l'Ecriture, l'épisode de la manne dans le désert : N'est-ce pas cela le pain venu du ciel ?

Mais Jésus veut les entraîner sur un tout autre plan : celui de l'attachement total, inconditionnel : croire en quelqu'un, croire en lui. C'est lui qui est la véritable nourriture pour la véritable vie. Et Jésus n'a d'autre preuve à donner que lui-même. Il est Parole de Dieu : "Ma nourriture, c'est de faire la volonté de mon Père". Il s'agit bien de cette nourriture-là.

Moïse avait déjà le sens de cette nourriture, dont la manne n'était qu'un symbole. Il disait à ses contemporains : "Dieu vous a donné à manger la manne, il voulait vous apprendre ainsi que l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche du Seigneur" (Dt 8,3).

Je suis cette Parole, je suis cette Nourriture, dira Jésus.. Et il ajoute, dans l'évangile de Jean : "Mais à vous je l'ai dit : Vous me voyez et cependant vous ne croyez pas."

Même en nous réclamant de Jésus Christ, nous avons peine à comprendre les signes qu'il nous donne. Il nous arrive aussi, consciemment ou non, de réclamer des miracles et de solliciter des preuves : Pourquoi ne guérit-il pas les malades ? Pourquoi ne fait-il pas pleuvoir du pain sur les régions affamées ?

Mais nous nous trompons de terrain. Ce qu'il nous donne, c'est la Parole de Dieu qui fait vivre, qui peut opérer en nous une transformation. Le pain qui apaise la faim et la soif est d'abord parole reçue dans la foi et parole vécue dans l'amour.

Comme l'écrit Paul : Cette nourriture spirituelle nous permet de nous défaire de notre conduite d'autrefois, de l'homme ancien qui est en nous, corrompu par ses désirs trompeurs. C'est cette parole nourriture qui nous fait adopter le comportement de l'homme nouveau, qui se laisse guider intérieurement par l'Esprit.

Et c'est à cause de cet Esprit que nous sommes capables de nous soucier de nos frères et sœurs en humanité, de partager nous aussi nos pains et nos poissons et faire en sorte que des miracles s'accomplissent.

Quand Jésus nous affirme "Moi je suis le Pain de Vie, celui qui vient à moi n'aura plus jamais faim, celui qui croit en moi n'aura plus jamais soif", nous croyons peut-être avoir compris : La manne céleste c'est aujourd'hui le pain consacré, le pain du ciel qui donne la vie. C'est un peu court. Et nous risquons même de tomber dans l'erreur des foules qui suivaient Jésus sans bien saisir le sens des signes. Il faut du temps, beaucoup de purifications et de conversions pour bien comprendre ce qu'est le Pain de vie et s'en nourrir. Elle est longue la route de la foi. Il n'est ni facile, ni tranquille, le chemin qui conduit à ce "Pain de la Vie" et qui permet de croire en Lui.

"Ce que le Christ nous donne est une qualité, une valeur ineffable et impalpable, une tendre lumière qui adoucit et rend lumineux cet univers de boue et de sang, de détritus et de cendres. Sans nous aveugler un seul instant sur la boue, le sang et les cendres, il opère une étrange transmutation de toutes choses. Elles restent les mêmes et pourtant elles sont tout à coup "sauvées", "rédimées", "rachetées"… Il ne me donne rien sauf sa personne, sa vie, son agonie sur la croix, ce livre imprimé et ce tombeau vide au petit matin de printemps. Il ne me donne rien sauf le salut qui est tout" (Petru Dumitriu, dans "Comment ne pas L'aimer ?", Cerf, p 9).

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

21.07.2009

Homélie du 17e dimanche ordinaire B

Homélie 17e dimanche ordinaire B,

2 R 4, 42-44 ; Eph 4, 1-6 ; Jn 6, 1-15

(Dans l’actualité de 2003 : Une dépêche, reprise par les quotidiens, annonce "la famine menace 23 pays sub-sahariens"... dont l’Ethiopie, le Libéria, le Zimbabwé. En cause ? Les guerres, la sécheresse, les déplacements de population.)

Deux prophètes viennent de nous être présentés : Elisée et Jésus, qui distribuent des pains d’orge à des affamés. Une scène que l’on pourraient intituler "Un pain à double sens". Soulignons que Jean est le spécialiste des signes, des symboles. Il ne faut donc pas succomber à la tentation de lire ces événements au temps d’Elisée comme au temps de Jésus, ou encore au temps de Moïse avec la manne dans le désert, d’une manière trop exclusivement matérialiste, en criant au miracle. L’important, en effet, c’est d’atteindre la vérité profonde, l’enseignement, la vraie richesse offerte, bien au-delà de l’image et du signe.

Evidemment, ce qui intéresse la foule, "c’est la tartine" et non celui qui veut se révéler comme Messie, à la fois donateur et nourriture. "Vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé du pain et que vous avez été rassasiés" (Jn 6, 26). Il faut bien préciser que nous ne sommes pas en présence d’un reportage, ni du compte rendu fidèle réalisé par un témoin. Jean, par exemple, nous dit que c’est Jésus lui-même qui a distribué le pain. Et les autres évangélistes, au contraire, affirment que ce sont les apôtres. Mais l’essentiel n’est pas là. Ce récit catéchétique doit être relu et médité à la lumière d’un autre récit, celui de la Dernière Cène, et en fonction de la pratique du repas eucharistique des premières communautés chrétiennes, dont celle de Jean. Et donc, en n’oubliant jamais que les évangiles n’ont été publiés que des dizaines d’années après la mort de Jésus. C’est ainsi que le langage de cet évangile est celui que les chrétiens de cette communauté avaient coutume d’entendre au cours des célébrations eucharistiques.

Remarquez également que Jean, qui est d’ailleurs le seul à en parler, fait ici écho aux réactions des auditeurs de Jésus aux signes qu’il leur donne. Les gens applaudissent et sont prêts à le porter en triomphe. Mais Jésus s’enfuit, car il n’est pas prophète comme le souhaite le peuple en attente d’un messie terrestre qui lui garantisse le boire et le manger, le confort, la sécurité et l’abondance.

On peut ainsi découvrir davantage toute la réalité symbolique du message, sa réalité sacramentelle et liturgique, et les implications sociales du partage du pain, dans tous les sens du terme. Dans le désert, par exemple, la manne était un symbole de la véracité de la Loi : L’épreuve de la faim et la découverte de la manne signifiaient que "l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute Parole qui sort de la bouche du Seigneur" (Dt 8, 3b).

Mais le signe n’est pas prisonnier d’un instant ni d’une époque. Il poursuit son témoignage et sa provocation à travers les siècles et les cultures. Les signes bibliques ou évangéliques sont perpétuellement actuels. La manne et les pains d’orge (ceux qui étaient prévus pour les offrandes au Temple) étaient déjà au désert le signe de la Parole de Dieu, nourriture essentielle, seule capable de combler à satiété l’être humain constamment tiraillé par une faim de perfection et de plénitude. On peut dire que la Parole est comestible. D’où, les expressions bibliques telles que "manger la Parole", "ruminer la Parole", "se nourrir de la Parole". Une Parole qui, dans le Nouveau Testament, se traduira aussi en Verbe, "Le Verbe de Dieu", la Parole de Dieu, le Christ.

Le Pain eucharistique rassemble donc les convives au festin du partage pour cimenter dans l’unité une famille, un corps, capables à leur tour de multiplier la Parole et les pains. Il ne faut pas désincarner l’eucharistie, et donc la trahir, en oubliant que Jésus a voulu nourrir le corps pour signifier le don de sa propre vie, son commandement d’amour et le Royaume nouveau.

Ce qui veut dire que toute communion à la Parole et au Pain, comme aujourd’hui nous sommes invités à le faire, nous pousse, nous presse à bâtir le partage et l’unité, pour susciter des multiplications qui procurent du pain à ceux et celles qui n’en ont pas. L’eucharistie a des dimensions sociales qui engendrent des responsabilités, des conversions, des engagements. Quand nous rompons le Pain eucharistique, il faut nous souvenir des millions d’hommes, de femmes et d’enfants qui ne reçoivent ni le minimum de nourriture matérielle ni le minimum de nourriture spirituelle, et pour qui nos miettes constitueraient déjà une abondance. C’est à nous d’accomplir le miracle, ou du moins d’y participer.

… Dans le récit de Matthieu, Jésus dit aux disciples : "Donnez-leur vous-mêmes à manger". A nous de prendre des initiatives. C'est d'ailleurs ce qui arrive. Le peu que nous possédons, lorsqu'il est partagé et offert, suscite de vrais miracles, même s'ils n'en portent pas toujours le nom. La foi aussi se partage. Elle est amour, et l'amour est créateur.

Il y a tous les jours des miracles de la multiplication des pains. L’un des schismes les plus ruineux de l’histoire du christianisme, disait le grand théologien orthodoxe Olivier Clément, c’est d’opposer ou de séparer le social et le spirituel, le sacrement du frère et le sacrement de l’autel, comme si l’eucharistie n’était qu’un rite liturgique de portée individualiste et désincarnée. Or, elle a une ampleur éthique, sociale, faute de quoi on la réduit à un signe magique. Ce qu’elle n’est pas.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2008

14.07.2009

Homélie du 16e dimanche ordinaire B

Homélie du 16e dimanche ordinaire B

Jr 23, 1-6 ; Ps 22, 1-6 ; Ep 2, 13-18 ; Mc 6, 30-34

Point n'est besoin d'être né dans une ferme, ni même d'avoir vu un pâtre, son chien et ses moutons, pour comprendre le style bucolique de l'enseignement biblique, qui évoque constamment le pasteur et son troupeau, le berger et ses brebis. Aujourd'hui aussi, les peuples ont leurs pasteurs, leaders ou autres grands timoniers, qu'ils soient religieux ou politiques.

Le livre de Jérémie fait allusion à de misérables bergers, à des autorités royales et religieuses qui ont trahi leur mission et trompé le peuple, qui se trouve maintenant plongé dans l'inquiétude et l'insécurité. C'est alors que le prophète confie à ses auditeurs l'espérance que Dieu les prendra lui-même en charge et leur accordera comme pasteur un nouveau David. Un pasteur selon le cœur de Dieu. Il en révèle le nom et le programme : "Le Seigneur est notre justice".

Le psaume 22 reprend ce thème du Dieu-berger, qui mène son peuple au repos pour y refaire son âme, pour lui apprêter une table. Comme dans les livres de la Sagesse, où il est aussi souvent question de repos et de nourriture.

Nous le retrouvons dans l'épisode raconté par Marc. Jésus, LE vrai pasteur, manifeste une infinie sollicitude pour les foules, mais aussi pour ses premiers collaborateurs, les apôtres. Ici, nous ne sommes plus dans la prière ou dans la poésie, mais dans la vie concrète. Envoyés par Jésus, les apôtres ont enseigné, prêché la conversion, chassé les esprits mauvais, expérimenté la force de la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu, et aussi toutes les résistances qu'on lui oppose… Ils ont connu la fatigue, l'enthousiasme, le découragement… Leur vie, en effet, n'est pas de tout repos, ni leur mission tâche aisée… Ne les voit-on pas accablés de fatigue et empêchés de se nourrir ?

Et Jésus les entraîne dans un endroit désert, là où ils seront en tête-à-tête avec lui et loin de la foule. Le repos, la détente, ce n'est pas seulement arrêter le travail, dormir et se distraire. C'est surtout le fait d'être avec lui, de vivre dans son intimité, de partager ses préoccupations, ses sentiments de pasteur et notamment sa sollicitude pour les brebis sans berger. Une sorte de week-end spirituel, des vacances qui non seulement brisent le rythme agité du quotidien, mais qui permettent de boire à la source, refaire ses forces, recharger les accus, surmonter les découragements, mieux saisir, grâce à Jésus, la générosité et l'exigence de cet amour avec lequel, d'une part, il accueille ceux qui le cherchent, et, d'autre part, qui lui permet d'échapper à leur curiosité, leur gourmandise ou leurs projets trop humains, pour les amener toujours plus loin. Et communier à son souci affectueux pour les foules, comme à son enseignement et son œuvre de libération.

Le repos des disciples, c'est d'habiter en quelque sorte la tendresse de Dieu pour son peuple. C'est ainsi que se fait l'apprentissage de l'apôtre. Un recyclage… Un exemple pour nos vacances.

Jésus leur donne d'ailleurs aussitôt un premier exemple de responsabilité pastorale, puisqu'il commence par enseigner et instruire longuement les gens qui le recherchent, ému jusqu'aux entrailles par leur famine spirituelle.

Paul, s'adressant aux Ephésiens, présente une autre caractéristique du pasteur parfait qu'est Jésus Christ… Un homme de paix, qui veut rassembler dans l'unité, réunis en un même corps, ceux-là mêmes qui sont séparés non seulement par la différence mais par la haine. Non pas la paix pour quelques privilégiés, mais comme bonne et grande nouvelle pour ceux et celles qui sont loin ou proches. Une mission toujours à reprendre, une unité toujours à refaire, pour que tombent les murs qui souvent séparent les êtres humains.

L'épisode évangélique n'est pas seulement du passé. Nous avons la chance de pouvoir être rassemblés par l'Eucharistie, pour nous reposer un peu, c'est-à-dire nous laisser instruire par celui qui nous invite à mieux le connaître et à pénétrer davantage dans son intimité. Nous sommes rassemblés comme les disciples pour lui présenter notre rapport, nous laisser nourrir et envoyer. L'Eucharistie est bien autre chose qu'une simple cérémonie.

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925-2008

07.07.2009

Homélie du 15e dimanche ordinaire B

Homélie du 15e dimanche ordinaire B

Am 7, 12-15 ;Ep 1, 3- 14 ; Mc 6, 7-13

Tout d’abord, une question : Pourquoi les chrétiens sont-ils appelés à se rassembler chaque dimanche ? Il ne faut surtout pas prendre nos églises comme des sortes de supermarchés pour denrées spirituelles, où chacun viendrait faire ses provisions pour la semaine. Cela serait consternant, disait un expert bibliste.

D’où, mon interrogation, à laquelle j’invite chacun à répondre à l’aise, en prolongement de la célébration eucharistique. Comme activité spirituelle personnelle, par exemple, ou sous forme de discussion familiale, très décontractée, "cool", comme disent les plus jeunes. Tout en sachant qu’il y a plusieurs réponses possibles, mais pas toutes égales en importance ou en exactitude.

Pourquoi cette question aujourd’hui ? Parce que l’évangile du jour nous dit que Jésus a rassemblé les Douze pour les envoyer en mission, et que le mot "envoyé" est le mot-clé de cette page de l’évangile de Marc. Mais il n’y a pas que les Douze. Luc parle aussi de Septante-deux, parmi lesquels des femmes. Or, Douze, dans la symbolique biblique, c’est le nombre des tribus d’Israël. Ce qui, dans l’évangile, représente ici l’embryon du peuple de Dieu, renouvelé par l’enseignement de Jésus. C’est l’avant-garde. Tandis que Septante-deux, c’est le nombre des autres nations de la terre (les nations non juives - les nations païennes).

Sans entrer dans plus de détails, on peut dire que Jésus convoque tous ses disciples le dimanche (le jour pascal - la Pâque hebdomadaire) pour un rassemblement (ekklesia), c’est-à-dire faire corps, faire Eglise. Et cela, notamment, pour les associer étroitement à sa mission et les envoyer pour accomplir les mêmes tâches que lui. Pas nécessairement au bout du monde, mais au moins dans nos milieux de vie : la famille, le quartier, le lieu de travail, le club sportif, les vacances.

Nous sommes envoyés comme les Douze ou les Septante-deux pour proclamer le message de Jésus, qui est un appel à la conversion, à un changement de mentalité, qui sera celle d’un royaume de justice et de paix. Le Royaume des Béatitudes. Il ne suffit pas pour autant de proclamer. Il s’agit de donner suite à la mission du Christ, assurer sa continuité, en sachant qu’il n’est pas venu pour juger mais pour délivrer, pour sauver.

Ici, les paroles attribuées à Jésus nous laissent un peu perplexes. Car il s’agit d’abord et surtout de chasser les démons, d’accomplir des gestes de délivrance et de guérison. En ce temps-là, c’est aux démons que l’on attribuait tous les malheurs, toutes les maladies incurables, celles du corps et celles de l’âme. Ces démons sont qualifiés d’esprits "impurs". Ce qui, dans le langage biblique, signifie "incompatibles avec Dieu".

Aujourd’hui, diables et démons ont changé de nom et de visage. Mais les esprits "incompatibles avec Dieu" sont toujours bien là, sous d’autres masques, plutôt séduisants. Ils symbolisent cependant toutes les forces d’asservissement. Tout ce qui enferme, qui enchaîne ou aveugle et trompe les humains.

Ces forces diaboliques, vêtues de respectabilité et toujours parfaitement à la mode, peuvent être culturelles, économiques, politiques et même religieuses. Autrement dit encore : tout ce qui est incompatible avec l’esprit du message évangélique... C’est donc un véritable défi, très concret, actuel, et même quotidien, que les disciples de Jésus que nous sommes, ont à relever. Dans tous les domaines. Sans utiliser pour autant des méthodes violentes.

Marc ajoute quelques directives précises, que l’on dirait sorties d’un petit manuel du parfait missionnaire de l’époque. Il ne s’agit pas de les prendre à la lettre, naïvement ou stupidement, au risque d’en tuer l’esprit, comme cela arrive malheureusement trop souvent.

Je m’arrête un instant à la première. Pourquoi aller deux par deux  ? Parce que, dans la Loi de Moïse, qui était celle du ministère de la justice de l’époque, deux témoins étaient nécessaires pour qu’un témoignage soit crédible. Plus essentiellement, et donc qui vaut pour tous les temps, "deux", symbolise une responsabilité à partager. Les "envoyés" doivent œuvrer en collaboration, en équipe. La mission n’est pas un problème d’exploit individuel à accomplir, mais une entreprise menée en commun. Chacun a besoin du soutien des autres, de leurs expériences, de leurs lumières, leurs suggestions, leurs critiques positives. Tout envoyé re-présente une communauté, constituée par Jésus et les siens. Evangéliser n’est donc pas l’affaire de quelques spécialistes, mais bien de chacun et de tous les disciples de Jésus. Deux, c’est le symbole de la communauté.

C’est la raison pour laquelle on dit que les communautés chrétiennes sont le terreau qui permet ou favorise la naissance et l’éclosion de toutes les vocations de témoins et de messagers de l’Evangile. D’où, une responsabilité collective (Cf aussi la responsabilité matérielle - la collecte, budget et contribution paroissiale). Et sans oublier pour autant que le témoignage de chacun fait partie intégrante de la mission.

Ce qui nous rappelle l’existence des prophètes, hommes ou femmes. C’est-à-dire des personnes, inspirées, possédées par l’Esprit, et qui perçoivent le message évangélique avec d'autant plus d’acuité qu’il est déformé, oublié ou même méprisé. Donc, les prophètes dérangent. Ils apparaissent comme des casse-pieds. Voyez Amos. Il n’a cessé de dénoncer le formalisme d’une religion ritualiste toute extérieure et réclamé plus de justice sociale... (C’est l’occasion de faire plus ample connaissance : ce sont 10 pages, dans la Bible).

Un dernier point que je livre à votre réflexion : Savez-vous quand Marc situe l’épisode de l’envoi en mission ? Au lendemain de l’échec de Jésus à la synagogue de Nazareth, son village, où personne ne l’a cru. Il est venu parmi les siens, et les siens ne l’ont pas reçu. Ses concitoyens les plus proches l’ont même foutu dehors... Or, le lendemain, il reprend le combat, il poursuit sa mission, il envoie des disciples. Matthieu ajoute même : "Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups".

Pourquoi dès lors s’étonner d’être un jour ou l’autre confronté à des oppositions ou à l’échec !

P. Fabien Deleclos, franciscain (T)

1925 - 2009

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